‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 491 sur 595 · VOYAGES ET SÉJOURS EN FRANCE · texte numérisé non relu

VOYAGES ET SÉJOURS EN FRANCE

bien résumé l'attrait qui les amenait dans la capitale : « Les Allemands regardent cette grande ville avec admiration et respect, ils adoptent ses mœurs comme des lois, ses vices comme des leçons de bienséance et sa langue comme la science la plus essentielle pour distinguer l'homme de la brute » '. Certains s'y fixèrent, ainsi Bitaubé, le célèbre traducteur d'Homère, qui fut l'ami de Ducis ; on connaît assez Grimm (de Ratisbonne) et d'Holbach (de Heidelsheim, Bade). L'accueil empressé qu'on faisait aux voyageurs leur donnait une impression ineffaçable. « Dès que vous êtes étranger, dit Jordan, le futur académicien de Frédéric, on vous reçoit partout ; soyez ministre, soyez protestant, on ne s'en embarrasse point ». Et il décrit l'empressement avec lequel les savants de toutes les congrégations lui ont ouvert leurs trésors '.

Dans les provinces. — Cependant un grand nombre de jeunes gens restaient sur les frontières, en Alsace % ou même dans l'évêché de Bâle, à Porrentruy^, à Genève ou à Lausanne. Pœllnitz est du reste très sceptique sur les résultats que les jeunes Allemands pouvaient attendre d'un séjour à Strasbourg^ : [Ils] viennent ici, dit-il, pour y apprendre le François... on le parle très mal dans cette ville. Les Habitans parlent Allemand ; et nos jeunes gens, charmés d'entendre

qu'il avoit vus à Paris, et des heureux momens qu'il avoit passés avec eux. Ce fut-là qu'il me dit que l'idée affligeante qui lui étoit restée de notre commerce, étoit qu'il falloit renoncer à l'espérance de nous attirer hors de notre patrie, et qu'aucun souverain de l'Europe n'étoit assez riche, assez puissant pour nous dédommager du bonheur de vivre entre nous (Id., ib., p. 78).

1. y oir Lettres sur la Fr., l'Angl. e/ /7<a/. (lett. II, p. 15), par le comte de F. de H., l'Autrichien Fr. Ant. de Hartig (1758-1797), ambassadeur d'Autriche à Dresde de 1787 à 1790- Il écrivit en français la plupart de ses ouvrages. Il avait été trois mois à Paris en 1773.

'2. 1733. Voir tout son récit dans Sayous, o. c, t. II, p. 313 et suiv.

3. Nous pouvons invoquer ici les témoignages des Conseils ou des Préfets d'après la Révolution qui réclament le rétablissement des collèges, en donnant pour motif qu'ils attiraient les étrangers : Le préfet du Bas-Rhin voudrait que les collèges de Strasbourg et de IMolsheim fussent rétablis, car ils attiraient grand nombre d'élèves étrangers. Dans les trois basses classes des deux collèges on enseignait le latin, le français et l'allemand u par principes », dans les classes supérieures la littérature latine, française et allemande, et on y donnait des notions de différentes espèces de poésies latines, françaises et allemandes. « Les règles, tant pour le style que pour le goût, devaient être expliquées par des exemples tirés des meilleurs auteurs tant latins que français et allemands ». On suivait les modèles donnés par RoUinet Batteux.

4. Adoptant en cela l'avis du conseijl d'arrondissement, le préfet du Haut-Rhin insiste sur la nécessité sinon de conserver l'Ecole Centrale, au moins de rétablir l'ancien collège de PorrentruY, oi!i avant la Révolution, « indépendamment des élèves du pays, la réputation dont il jouissait à juste titre attirait un grand concours d'étrangers ».

« Au sortir du Collège de Porrentruy, ces deux langues, le français et l'allemand étaient famillières aux élèves ; cette facilité d'apprendre sans peine, et pour ainsi dire sans s'en appercevolr, avec le latin, les deux langues les plus usitées dans nos contrées et chez nos voisins, étant sans contredit une des causes principales de l'affluence des élèves en ce collège » (29 flor. an IX. Arch. Nat. F'^ 1317* dos. 16).

Page 1