‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 494 sur 595 · Voy., t. I, p · texte numérisé non relu

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3. 76., Le procès qui leur fut fait après la mort de Frédéric II mit les haines en pleine lumière.

connoître, et nous exigeons que dans leurs pays ils nous fêtent plus que personne » '. Comment ne pas croire à ces manques de tact, quand un Voltaire lui-même, sacrifiant toute convenance à un mot d'esprit, disait qu'il n'apprenait de la langue tudesque que ce qu'il en fallait pour parler à ses gens et à ses chevaux^, ou que, jugeant sommairement les écrivains d'Allemagne, il leur souhaitait un peu plus d'esprit et un peu moins de consonnes?^ En réalité, loin de s'en tenir à ces rires d'une inconvenance provoquante, les Français avaient prêté grande attention au développement tout récent de la littérature allemande, ils l'avaient même fait connaître \ c'est chose qu'on sait aujourd'hui, mais qu'on ignorait alors, et on en éprouvait un dépit bien naturel.

Le génie allemand prend conscience de lui-même. — Pourtant c'est ailleurs qu'il faut chercher les causes profondes qui amenèrent la libération de l'Allemagne. La race avait un juste instinct de sa valeur. Elle avait travaillé, elle le savait, avec un complet succès, et avait l'honneur de grandes découvertes. Elle s'enorgueillissait d'un Gutenberg, et plus encore d'un Luther. Or ce génie allemand, qui longtemps s'était exprimé en latin, n'avait-il pas une autre forme, naturelle celle-là? La Bible du grand Réformateur en donnait l'assurance. Les Français eux-mêmes accordaient que d'autres domaines pouvaient ne pas être fermés à sa langue. Qu'on lise avec attention ce qu'en pensait un Boyer d'Argens. Après avoir rappelé le mot de Charles-Quint, il ajoutait : « C'est-là encore un fâcheux Préjugé pour l'Harmonie et la Douceur des Vers Allemands. Les Muses fuient une Langue, dont la Rudesse les épouvante ». Toutefois la suite corrigeait singulièrement : a il n'est point de Langue qui ne devienne douce et agréable, lorsqu'elle est bien parlée, je croirois que le Défaut [absence] des Poëmes Allemands provient encore plus des Poètes que du Langage ». Et la conclusion est des plus aimables : « Il est des Nations, qui excellent les unes plus que les autres dans certaines Sciences. Les Allemands ont pour leur Partage, le Droit public, la Politique, la Littérature, et la Philosophie : et le seul Philosophe Leibnifz leur doit tenir lieu de cent Poètes dans la République des Lettres » \

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