‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 496 sur 595 · Fragmente, S., t. I, p · texte numérisé non relu

Fragmente, S., t. I, p

4. VoirDanzol, Gottsched wid seine Zeit, ch. xi. Die Franzosen ; Grûcker, Hist. des doctrines litl. et csthél. en Allemagne, 1. 1. Cf. Lévy-Bruhl, l'Allemagne depuis Leibnitz, p. 74.

Leibnitz, il sait à quel prix les Français ont obtenu pour leur langue l'estime et l'admiration, avec quel soin ils l'ont cultivée, et il voudrait les battre avec leurs armes. Il a appris le français au point de pouvoir l'écrire', il a suivi à Dresde les représentations françaises^, il traduit ou édite Fléchier et le Dictionnaire entier de Bayle ; il vulgarise la Poétique de l'abbé d'Aubignac et VArt poétique de Boileau, les œuvres de Corneille, de Racine, de Molière, de Lagrange-Chancel, de La Motte, de Voltaire, tout cela à l'efTet de civiliser son pays d'un seul coup par le contact des chefs-d'œuvre, comme Corneille a civilisé la France avec Le Ciel ^ Gottsched propage la littérature française pour libérer son pays de notre ascendant \

Le marquis d'Argens a noté avec quelque indignation ces révoltes contre des autorités jusque-là incontestées : « Les Ecrivains Allemands, dit-il, sont plus sujets que les autres à se prévenir contre ceux d'une autre nation. Un srand nombre d'entre eux se déchaînent journellement contre les gens de Lettres qui sont aujourd'hui non seulement l'admiration de la France, mais de toute l'Europe. Un professeur de l'Université de Tubinge nommé Weisman, a maltraité l'auteur des [injimitables Lettres Persannes" ; il s'est déchaîné avec la dernière indécence contre le Comte de Boulainvilliers. Monsieur et Madame Gottsches, qu'on regarde en Allemagne comme deux époux qui renouvellent ce qu'on a vu en France chez Monsieur et Madame Dacier, employent une partie de leurs Ouvrages à vouloir prouver qu'il n'y a plus aujourd'hui en France que des gens d'un génie médiocre ^. Pour démontrer la vérité de leur opinion, ils soutiennent que Monsieur de Voltaire est un mauvais Poëte, Monsieur de Maupertuis un Philosophe médiocre; ils veulent que nos meilleurs Orateurs ne soient que des écoliers de Rhétorique. Jugez de la capacité de Monsieur et Madame Gottsches par des décisions aussi ridicules, on les prendroit pour des imbécilles ou des insensés » '. En IToT, malgré son âge, Gottsched lutte, sans que

1. Nous avons de lui six lettres françaises à Baculard J'Arnauld. Voir Zeilschrift filr vergleichende Literatur-Geschichte, t. I, 1886.

2. Voir Herrn Prof essor Gottsched's Gedanken von Opern, in Lorenz Mitzlers Musikal, Bibliotek, I, 39, dans Furstenau, o. c, t. Il, p. lo6.

3. Au poème de Voltaire sur Fontenoy, il répond en s'adressant à l'Allemagne : « Jetzt schlâgt sich Frankreich bloss durch Helde deiner Zucht... liât Scliomberg Frankreich nicht mit deutscher Faust erhoben » ?

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