Journal de Voyage. S., t. IV, p
vaut le français pour la pensée philosophique? Herder s'est prononcé plusieurs fois. Il dit dans son Journal de Voyage : « La philosophie des Français, qui se trouve dans la langue, sa richesse en abstractions, c'est quelque chose d'appris. Aussi n'est-ce déterminé qu'obscurément et employé par à peu près, donc ce n'est plus de la philosophie ! On écrit aussi toujours seulement l'à-peu-près de la vérité, il faudrait faire attention à chaque expression, chaque concept, chaque désignation, la trouver d'abord soi-même, or elle est déjà trouvée, on l'a apprise, on la sait prxter propiev (tant bien que mal), on l'emploie de même, comme les autres la comprennent et s'en servent, au petit bonheur, on n'écrit donc jamais avec économie, exactitude, plénitude de vérité. La philosophie de la langue française est un obstacle à la philosophie de la pensée... ». Et encore une fois l'auteur prend pour exemple Montesquieu : « Quelle peine il s'est donnée là-dessus, comme il doit souvent déGnir, se tenir fermement à un terme, le créer souvent tout neuf pour l'assurer ; comme il doit être bref, sec, haché, avare, pour être pleinement vrai, et il ne l'est pas toujours, c'est la faute de sa langue ! Souvent il n'est pas précis, faute de sa langue ! Il est illisible aux Français, concis, et naturellement, comme on tombe toujours dans l'extrême, trop concis ». Helvetius et Rousseau confirment encore mieux ce que je viens de dire, chacun à sa manière.
Après cela on peut juger si la langue française est une langue philosophique, elle peut l'être, mais alors il faudrait que les Français ne l'écrivissent pas et qu'on ne l'écrivit pas pour les Français, qu'on s'en servît comme d'une langue métaphysique morte. En ce cas qu'on choisisse plutôt, au lieu de cette langue barbare, qu'elle deviendrait alors, une langue encore plus barbare, que les Français n'ont pas inventée, qui ne change pas comme la française, qui est morte, métaphysique et définie, à savoir le latin.
Il est vrai que, dans les choses de conversation courante, qui comportent une teinture de philosophie, il n'y a pas de meilleure langue que la française, elle a une richesse en abstractions fines et délicates dans ses substantifs, une grande masse d'adjectifs pour la caractérisation, surtout des choses de goût, une uniformité dans les constructions qui préserve des équivoques, une plus grande brièveté dans les mots que l'allemand; pour la philosophie vivante c'est la meilleure \
Ici Herder devait se heurter à l'idée alors généralement reçue qu'il y a dans le français une chose au moins qui a une valeur