‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 508 sur 595 · Journal de Voyage, S., t. IV, p · texte numérisé non relu

Journal de Voyage, S., t. IV, p

philosophique et dont hi grammaire philosophique faisait grand cas : la rigidité de l'ordre des mots. Après avoir comparé des phrases allemandes aux phrases françaises correspondantes, il prend pour exemple la phrase : « puisque f^ous ne nous en avez pas aujourd'hui voulu faire la grâce, nous vous la ferons ». C'est, semble-t-il, l'ordre métaphysique dans toute sa pureté. Mais il arrête ceux qui seraient tentés de conclure trop vite et surtout d'imiter, et, dans une longue dissertation, où nous ne pouvons le suivre, il entreprend de montrer que l'ordre allemand peut aussi se justifier philosophiquement'.

Appréciations gémérales. — En somme, par quels artifices les Français sont-ils arrives à ce qu'on nomme leur langue la langue de la raison? Herder croit pouvoir signaler trois causes. La langue, grâce à sa culture, à quelques causes qu'on puisse l'attribuer, s'est imprimé une certaine régularité, que l'allemand ne possède pas. Comme son ordre de construction est bien déterminé, on court moins de risque de s'y exprimer de façon louche. Deuxièmement, dans les temps du moyen âge, on a appliqué au français une telle polissure, que peu de langues [vivantes] en ont reçu une semblable ; à une époque où l'Allemagne écrivait encore ou en barbare ou en latin, on limait déjà beaucoup la langue française, parce que les Français ont toujours préféré écrire pour le public et le beau public, alors que l'Allemand écrivait pour des cabinets d'étude ou des chaires. De même que les anciens Gaulois ont eu pour autorité suprême un Conseil de femmes, de même le beau sexe a toujours été en France le centre du cercle cultivé ; on a toujours considéré plus les livres comme des conversations écrites, et des entretiens de bon ton, et on s'est ainsi donné l'air de conversation d'un raisonneur. En troisième lieu, sans tenir compte de tous les établissements publics qui ont aidé la langue à s'élever, il ajoute simplement que la langue française ne serait rien, si elle n'avait pas acquis ce mérite.

Bref, « pour la musique misérable, fluente ; manquant de nerf et d'harmonie pour la poésie ; trop peu déterminée pour la haute philosophie, elle doit son succès à une médiocrité qui n'atteint ni en philosophie, ni en poésie un niveau élevé. Prémontval la juge non sans justesse. Et voici son appréciation d'ensemble : « Moins douce que l'italienne; moins majestueuse que l'espagnole; moins serrée que l'anglaise ; bien au-dessous de l'allemande pour l'éner-

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