‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 513 sur 595 · Baldensp.jÊL, t. I, p. 21, n · texte numérisé non relu

Baldensp.jÊL, t. I, p. 21, n

et il lui arriverait ce qui est arrivé au vieillard qui interdisait à ses garçons de sauter parce qu'il ne pouvait pas sauter lui-même ; on ne voit pas comment on s'y prendrait pour lui donner le sentiment de la distinction des brèves et des longues, si subtile que trois signes différents seraient nécessaires, outre ~ et "'. En 1768, il reprendra à peu près à son compte la phrase même sur laquelle il avait fait des réserves : « La langue allemande, avec ses amas de consonnes, a quelque chose de barbare ». Non, répond Herder, c'est là le reproche des voisins « mous et qui se targuent de leur articulation glissante ». Leur langue, à cause « des nombreuses élisions, du grand nombre de mots inutiles, qui sont presque avalés, à cause du déplacement des toniques qui donne une impression de glissement, n'a pas une démarche assurée... L'allemand ne sautille pas, « il marche avec dignité, comme un Allemand » "-. C'est là, à ne pas en douter, l'impression définitive de Herder. 11 la maintiendra dans Adrastea. Le français n'est pas une langue musicale ^

Un autre défaut du français, terrible pour le poète, c'est que la langue est pauvre en images. Avec la belle intrépidité des linguistes philosophes, qui cherchaient et croyaient connaître les origines du langage, il montre que les poètes français modernes n'ont pas pu s'aventurer à la recherche de la métaphore poétique, parce que les anciens créateurs de la langue ne l'avaient pas fait, qu' « elle n'a eu à son origine à peu près aucun mot propre au poète»*.

Le français et l'éloquence. — - Reste l'art oratoire. Là Herder serait tenté par une comparaison entre les Anciens et les Français, Démosthène contre Bossuet, Cicéron contre Fléchier. La comparaison serait décisive, mais il ne l'a pas faite, et ce qu'il dit des imperfections de notre langue est extrêmement superficiel. 11 s'en tient à considérer les inversions sur lesquelles Batteux, Diderot et Clément ont une opinion si différente, et à dire que sans doute le français en a beaucoup, mais que ce sont des tours de convenance, non des inversions pour l'imagination, comme celles des Latins et des Grecs ^\

Terminons par une remarque que beaucoup de contemporains auraient pu faire, c'est que les productions françaises proprement littéraires d'autour de 1765-1770 étaient médiocres, comparées aux

\. Frarjmenle, \" Sammlung, S., t. I, p. 198.

"2. (Jeber die neucre d. Litteratur, Fragmente (1768) S., t. II. p. 31 ; cf. p. 32.

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