EXHORTATIONS, CONSEILS ET ESPOIRS
non à exciter, mais à appuyer la révolte par des arguments ; il renferme un examen comparé du français et de l'allemand '. C'est une œuvre de philologue, un peu terne, un peu dogmatique, mais où les réflexions justes et fondées ne manquent pas.
Tout d'abord il excuse la langue allemande par les quatre révolutions qu'elle a subies : le purisme de Gottsched, les contournements et les dislocations à la Klopstock, le gallicisme de Wieland, le provincialisme vulgaire de Hans Sachs, et il conclut, non sans regret, par une phrase française : chacun manie notre langue selon son caprice.
Les défauts de l'allemand sont : I. Rudesse du son. — Mais d'abord une langue douce ne s'accorderait pas avec le caractère allemand. A cause de cela on n'a introduit qu'un adoucissement de certaines rudesses, mais on n'a pas pris de mesures de contrainte. La langue allemande est surchargée de consonnes, les voyelles ont été négligées. C'est là peut-être une imperfection. Mais dans les mots français aussi se heurtent souvent de malheureuses combinaisons de consonnes ; et il manque à cette langue — c'est là un grave défaut — une alternance de syllabes longues et brèves. Des diphtongues désagréables se trouvent dans l'une ou l'autre langue. La langue française surpasse l'allemande en sonorités oratoires. L'allemande possède en revanche l'avantage dans la bonne formation de ses mots.
II. Manque de fixité. — « Il n'y a rien de fixe ». C'est la plainte des Français sur notre langue. Il est bien vrai que la place des mots n'y est pas aussi bien réglée qu'en français. Nous, nous ordonnons les parties du discours d'après leur importance proportionnelle et nous les soutenons par l'accent de pensée ; le français n'a en échange que la misérable formule : c'est que.
Dans la correspondance des temps, les Français nous dépassent en bonnes règles. De plus, la limitation des acceptions des mots est telle qu'elles s'étendent souvent trop loin en allemand. Mais c'est pour cela que notre langue est la langue des philosophes; en revanche, nous ne pouvons pas assez envier les Français au sujet de termes comme esprit, goût, sentiment, air, etc. En somme, le manque de fixité n'est pas imputable seulement à la langue. En outre, il faut reconnaître que ce n'est pas toujours un défaut.