EXHORTATIONS, CONSEILS ET ESPOIRS
Eberhardt. Espoirs semblables, argumentation moins passionnée. —
A ces noms je n'en voudrais plus ajouter qu'un, celui d'Eberhardt. Nous aurons à reparler de lui à propos du Concours de Berlin. Il considère dans son Mémoire', comme nous le verrons, la siluation du français en tant que langue internationale, avec beaucoup de sagesse et de modération.
Mais c'était une tout autre question que celle de savoir si le français pouvait et devait être la langue de l'Allemagne cultivée. L'auteur explique sobrement, mais fortement, comment une culture fondée exclusivement sur des études en langue étrangère, ne peut être complète ni porter un savant au point où ses connaissances et son goût l'auraient élevé dans sa langue maternelle. 11 est par là, pour ainsi dire, éloigné de la vie pratique ; il ignore les choses les plus connues dans les affaires usuelles de la vie humaine, il a des mœurs rudes et éloignées des convenances, son goût ne peut participer au goût fin, pénétrant, qui règne parmi les personnes des deux sexes versées dans le monde. On ne semble pas jusqu'ici avoir suffisamment reconnu cette vérité, et pourtant l'expérience, comme le raisonnement, la démontre. 11 faut que l'homme instruit puisse enrichir ses observations des expériences de l'homme du commun : 11 faut aussi qu'il soit en état de créer, en se fondant sur 1' « énorme masse des connaissances nationales, dont une si grande part est précisément conservée dans la langue », c'est l'usage de cette langue qui va être la grande voie par où se communiqueront les connaissances de l'homme instruit à l'homme ignorant, et réciproquement.
Il y a plus. Cette action et cette réaction des deux classes est la seule qui puisse amener le goût à un haut point de perfection. L'étude de la nature dans les peuples de l'antiquité reposera toujours sur des livres morts; elle sera toujours incomplète et morte, si on ne la contrôle pas à l'aide de l'examen de la nature vivante dans les hommes qui pensent, sentent et agissent autour de nous... « Les sensations ne peuvent rester fortes et garder le degré de chaleur qu'a le soleil que si elles sont réfléchies par les planètes qu'il éclaire ».
La culture étrangère peut donc donner le premier choc, mais, quand on l'a reçue, il faut continuer par sa propre force, aller son chemin, suivant son propre esprit de vie, et donner à son effort la direction déterminée par ses sentiments personnels et les circonstances où l'on vit.
Depuis quand la France elle-même a-t-elle commencé à avoir une