‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 521 sur 595 · Dissertations du Concours, pp. 78-Sl · texte numérisé non relu

Dissertations du Concours, pp. 78-Sl

belle littérature? C'est depuis que les écrivains ont développé leur force propre, qu'ils ont fondé leurs œuvres, non plus sur les imitations de l'étranger, sur des modèles italiens, espagnols, grecs ou latins, mais qu'ils ont travaillé leur propre langue, qu'ils ont créé de la beauté et de la force en la tirant de leur âme propre. Une suite naturelle de cette révolution a été la généralisation des connaissances et du goût jusque-là enfermés dans certains cercles. En même temps qu'elles sont devenues de plus en plus communes, en même temps qu'elles ont été communiquées toujours davantage et piovignées au moyen de la langue du pays universellement connue, en même temps cette langue, par l'usage qu'en faisaient les gens les plus distingués est elle-même devenue toujours plus parfaite.

Eberhardt ne manque pas de soumettre à la réflexion de ses compatriotes les idées que lui a inspirées l'élude qu'il a faite des causes par lesquelles le succès du français en Europe a été assuré. A l'imitation des Français, les Allemands se sont mis en roule. Il reste encore un pas à faire, si l'amélioration de la littérature doit agir pour le perfectionnement de la masse. Ce progrès, hélas! ne dépend pas des écrivains seuls, mais des mille obstacles qu'ils rencontrent sur leur chemin. Toutefois ce serait un crime contre la patrie de douter.

Le pas décisif consiste à donner à la langue allemande les avantages qui pourraient la recommander à toute la société allemande, or, elle ne peut les acquérir qu'en étant pendant un certain temps dans la bouche des gens les plus distingués. Peut-on espérer raisonnablement que cela viendra ? il serait diflîcile d'être affirmatif, mais l'analogie de ce qui s'est passé ailleurs fournit des vraisemblances. Et l'auteur se met à examiner, dans un développement oîi nous ne pouvons le suivre, les réformes nécessaires. Ce qu'il nous importe de retenir ici, c'est que le développement qu'il conçoit est proprement indigène ; il ne s'agit pas d'empêcher les écrivains de regarder au dehors, il s'agit de mettre chaque homme de goût en état d'enrichir son idiome, non pas en empruntant, mais en lui fournissant des tours, des images qui ne soient pas contraires au génie de sa propre langue '.

\. Pp. 86 et suiv.

L'émancipation ne pouvait être brusque. On a montré *, très en détail, ce que même les écrivains qui ont contribué à l'émancipation : Klopstock ^ ou Lessing^, les Schlegel ^, Ramlov '% Ebert Straube ", doivent h la France et aux Français.

Comment eût-il pu en être autrement ? Les Allemands de marque avaient reçu une si profonde empreinte ! Goetz avait été aumônier dans un régiment français ; Knebel avait séjourné deux fois à Paris, et y avait pris l'amour de la France '. De grands événements eussent pu amener des ruptures brusques, ils ne survinrent que plus tard. On se dégagea, on ne rompit pas, et, si l'on veut bien regarder les faits en fermant l'oreille aux coups de trompette, cette période fut celle d'une pénétration féconde et d'autant plus heureuse qu'elle commençait à être mutuelle^.

Schiller. — Rien ne marque avec plus d'exactitude le point où l'on était parvenu en Allemagne que l'attitude des deux grands hommes qui domineront bientôt la littérature allemande : Schiller et le jeune Gœlhe.

Schiller a su le français. Il ne l'a jamais possédé, ni cherché à le

1. Voir le livre si substantiel, quoique un peu tendancieux, de Reynaud.

2. Il a lu et mis à profit non seulement Milton, mais nos poètes. La prose de Voltaire lui agréait mieux, chose singulière, que celle de Buffon. Voir le récit de la visite que lui fit M"« de Genlis (Méin., p. 325).

3. Ce grand adversaire est en partie de formation française, et le volume de ses Plagiats renvoie à une foule de morceaux français, sans compter ses traductions avouées.

4. Voir sur Auguste Wilhelm Schlegel et sa connaissance <lu français Tronchon, La fort, iiilell. de Herder en France, p. 269, n.

o. 11 traduit Baltcux.

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