‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 526 sur 595 · Mirabeau, Œuvres, t. III, p · texte numérisé non relu

Mirabeau, Œuvres, t. III, p

lieu de s'elTorcer d'élever sa nation parce que sa vue ne porte pas plus loin ».

On pourrait croire, d'après cette note, que Mirabeau voyait tout du point de vue français, non. A propos du congé, donné à Launay, il ne ménage pas son approbation : « les régisseurs français doivent avoir depuis vingt-cinq ans formé des sujets allemands, ou ils n'en formeront jamais; et n'est-ce pas sur des Allemands, que le Roi de Prusse doit régner » ' ? Quand on oblige les danseurs italiens et français d'aller danser au théâtre allemand, ce n'est pas la mesure qu'il désapprouve, c'est l'astuce qu'on emploie pour les forcer ainsi par un détour à s'en aller".

Toutefois il juge, cela est incontestable, que le Roi se diminue en allant goûter « les plaisirs de l'esprit au spectacle allemand » \ Ce qui est le plus intéressant pour nous dans cette nouveauté, c'est que le Roi, enchanté d'un compliment dramatique qui lui avait été adressé, fait des présents et que « des sarcasmes sans nombre sur le théâtre français ont accompagné cette générosité ». Est-ce le Roi ou son entourage qui les lançaient, peu importe au fond. L'arbre longtemps ployé de la fierté allemande, pour parler figurément, comme tous ces romantiques, se redresse violemment. C'est aussi la morale allemande qui, avec pas mal d'hypocrisie, prend ou croit prendre sa revanche. On disait au Roi que la comédie allemande, qu'il protégeait beaucoup, n'était pas bonne. « D'accord, a-t-il répondu, mais cela vaut mieux qu'un spectacle français, qui remplirait Rerlin de coquines, et corromprait les mœurs ». « Vous conclurez de là sans doute, ajoute Mirabeau, que les comédiennes allemandes sont des Lucrèces, et surtout vous admirerez la morale du protecteur des mœurs, qui va souper dans la maison de son ancienne maîtresse, avec trois femmes, et fait de sa fille une complaisante » *.

A l'Académie Royale qui, en 178i, venait de couronner le célèbre Mémoire de Rivarol, la mort de Frédéric fut le signal d'une petite révolution intérieure. A l'instigation de Hertzberg, nommé curateur, seize jours après l'avènement de Frédéric-Guillaume II, le premier acte officiel de la Compagnie fut d'admettre l'emploi de l'allemand, à côté du français, à rang égal, dans les travaux. Le contresens d'une Académie française en pays allemand, comme disait Herzberg, était corrigé. Vainementde Suisse iNIérian, lui, avait

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