‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 528 sur 595 · Dans Texte, 76., p · texte numérisé non relu

Dans Texte, 76., p

3. Sur les quinze membres résidents, élus au cours de la première année, douze étaient allemands, trois seulement français; voir Rossel, Histoire des relations litt., p. 380 381 ; cf. Weiss, o. c. t. I, p. 220 ; Bartholmcss, o. c, t. II, p. 3i9.

Des membres comme Friedr. Nicolaï, qui avaient rédigé en français, retourneront au latin (1801). Sous l'impulsion de Ilertzbcrg se forma la Deulsclœ Deputalion, qui publia des Beitraege zur deutschen Spracltkunde, destinés au perfectionnement de l'allemand.

bourg, à Weimar, dans une foule d'autres villes, la scène française gardait de fidèles admirateurs. Des par'isans convaincus restaient au français, ainsi Gcx^tter. Goethe, qui fut très lié avec lui à Wetzlar, dit qu'il était épris de l'élégance française ^ A Vienne, pays catholique, on éprouvait une défiance et une répugnance pour une littérature empreinte d'esprit protestant. Tout n'était donc pas perdu, loin de là.

Il eût fallu, pour qu'on allât partout jusqu'au bout, que la conscience linguistique s'appuyât sur un sentiment national qui n'existait pas encore. La veille de Rossbach, Frédéric poétisait en français. Le lendemain plusieurs éprouvèrent une sorte d'orgueil de l'Etat prussien, et quelque chose comme un sentiment de la patrie, Gleim par exemple. Mais le vainqueur de la journée et de la guerre n'éprouvait rien de ce genre. Il avait la passion de la grandeur de son Etat, et le mépris de sa langue, il le conserva. C'est plus tard seulement qu'on mêlera les deux ordres d'aspirations.

Il en était ainsi en Alsace. La Société de Saltzmann s'occupait du perfectionnement de la langue allemande. Lenz en fut secrétaire de 1775 à 1776. Personne n'eût eu l'idée de mêler au culte de l'allemand un désir quelconque de rattachement à l'Allemagne. Le pays appartenait à un maître qui le gouvernait bien. La pensée d'une infidélité ne se présentait même pas. De même ailleurs l'esprit de nationalité était et restait complètement distinct de la notion des devoirs envers l'Etat'.

Moore nous a même dit son étonnement de voir, après la première explosion du génie allemand, se perpétuer l'engouement général pour la langue de la France. La lettre où il a consigné ses réflexions mérite d'être citée tout entière : « Actuellement la muse allemande est admirée de toute l'Europe... c'est pourtant un grand découragement pour leur poésie en général et pour le genre dramatique en particulier, que la préférence qu'on donne dans toutes les cours à la langue françoise, et que les pièces de cette nation y soient plus goûtées que celles de leur propre pays.

« La langue allemande est regardée comme un dialecte vulgaire et provincial ; tandis que la Françoise est cultivée et regardée comme la seule convenable aux gens d'un certain rang... Les enfans des premières familles l'apprennent avant de savoir leur langue maternelle, et l'on cherche à leur en inspirer de l'éloignement ; on craindroit que sa prononciation ne leur fît contracter un mauvais accent qui les empêcheroit de bien articuler la Françoise.

1 Dicht. u. Wahr., trad. Porchat, t. VIII, p. 4o8. 2. Voir Gromaire, La liltér. pair., p. lo.

J'ai rencontré des gens qui regardoient comme une perfection de ne pouvoir s'exprimer dans la langue de leur pays, et qui prétendoient la parler plus mal qu'ils ne la parloient réellement.

« Plusieurs de ceux qui entendent parfaitement l'Allemand m'ont assuré qu'il étoit expressif, abondant, plein de force et susceptible de toutes les grâces de la poésie. La vérité de cette assertion se démontre par les productions de plusieurs de leurs auteurs modernes qui se sont efforcés de détruire un préjugé si peu naturel, et de rendre à la langue de leurs ancêtres sa première splendeur...

« Mais que peuvent les efforts du bon sens, du goût et du génie contre la mode et l'exemple des cours » ? '

La vérité est là. Une empreinte aussi forte ne s'efface pas d'un seul coup. Rendre à l'esprit allemand sa liberté et sa dignité était une œuvre de longue haleine. Des événements imprévus et terribles allaient la contrarier et la retarder, puis la précipiter. Nous y reviendrons.

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