Lelt., t. I, p. 343-344. Lett. XL VII
Nécessité d'un dépouillement d'ensemble historique et critique. — Dans l'époque où le gallicisme sévissait, il a été fait des répertoires destinés à faciliter aux Allemands l'intelligence des éléments étrangers. Je citerai particulièrement celui de Sperander' et celui de J.F. Heigelin, aux titres prometteurs'.
En outre, des érudits modernes ont étudié l'influence du français sur la langue écrite et spécialement sur divers grands auteurs \
J'ose dire que nous attendons mieux encore de la science allemande, j'entends un livre d'ensemble, écrit avec une absence totale de rancœur, sans fausse honte déplacée, où serait étudiée la pénétration de la langue allemande par le français, avec toutes les distinctions qui conviennent, non seulement suivant les temps, mais selon les lieux et les milieux, où la progression du mal serait suivie de proche en proche et étudiée dans ses causes générales et locales. Inutile d'ajouter que ce qui suit n'a aucunement la prétention de remplacer un livre qui vraisemblablement coûterait une vie, mais qui aurait pour la connaissance de la marche de ces épidémies linguistiques, qui se sont produites à plusieurs reprises et dans tous les pays, une portée considérable.
1. Ce nom est le pseudonyme de Friedrich Gladow. Le titre est A la mode-Sprach der Teutschen Oder Compendieases Hand-Lexicon, in welchem die meisten ans fremden Sprachen entlehnle Wôrler imd ijeivrilmliche Redens-Arten so in denen Zeitumjen, Brie j'en und Idglichen Conversationen vorkommen. .. erklûrel werden. Niirnberg, 1728, in-S", 803 pages. C'est un ouvrage très important que je citerai souvent par la suite.
2. Alhjemeines Fremdwôrler Handbuch fiir teutsche, worinn zur Verstundigumj, Aasscheidung und Wiirdiiiiuui der in teutschen Schrifien und inder Kunst und Umgangs-Sprache vorkommenen fremdarligen Wiirler, Ausdrilcke, Namen und Redensarten Anleitung gegeben wird,
Ein ausjiihrlicher Beilrag zur teutschen Sprachreinigung soivohl als ein gemeinniUziges handbuch fiir aile Stànde, Berujsarten, Kiinste, Gewerbe, Schul-und Bildungs-Anstalten so wie fiir geschafts-Mcinner, Zeitungsleser und fiir jeden Vatertands Freund... Tûbingen. •1819, in-16.
3. Je citerai Brandstater, Die Gallicismen in der deutschen Schriftsprache. Leipzig, 1874 ; Fr. Juvancic, Ûber Gallizismen in Lessings kritischen Schriften, 1906 ; Schan^enbach, Franzosische Einjliisse bei Schiller, 1885; Weissenfels, Uber franzôsische und antike Elemente im Stil Henrich v. Kleists, 1888 ; Fr. Bock, Franzôsische Einjliisse in Gœthe's Sprache. Jahresbericht der-Staatsrealschule im VP Bezirke in VVien, 1903); Sachs, Gœthe's Beschâj'tigung mit jr. Sprache und Litteratar, 1901. Cf. H. L., t. V, p. 308, n. l.
Jusque-là certains faits demeureront très diflficilement explicables. Prenons pour exemple le théâtre de Gotha autour de 1773. Ce n'est pas une troupe française qui y joue, on y donne des traductions du français '. Que dans ces traductions se glissent des mots français, rien de plus naturel : Raisonneurs, Escrocs'^ n'étonnent point, Pedanten non plus ; à la rigueur on s'explique aussi que Akteurs, Aklr'ices, Souffleuse soient employés comme dans toute l'Allemagne ; on pouvait encore espérer attirer un public engoué eu se servant pour l'installation même des mots qui servaient là où jouait une troupe française : ParLerj-e, Représentation, Loge, Preniierenpublikum, Début. Mais à quoi bon Contre marque ou Abonnieren'i Passaient-ils dans le tas sans qu'on y fit attention, les habitudes étant déjà prises ? ^
Von Lyncker*, dans ses Souvenirs, nous raconte qu'à la Cour de Weimar, « le bon ton exigeait que l'allemand fût embelli de phrases ou tout au moins de mots français et que tout le monde des beaux Messieurs et des belles dames se pliait à cette exigence, sauf à lâcher force contre-sens » ^. D'où venait cette aberration ? Beaucoup d'autres Cours poussaient-elles aussi loin, depuis quand et pourquoi ? En Prusse, sous l'influence de Frédéric et pour l'imiter, on faisait abus des mots français, mais l'esprit de mimétisme étaitil universel ? D'autre part, l'exemple de Vienne ne produisait-il pas autant de ravages que celui de Berlin ?
Quel était le démon qui poussait les « Burschen » des Universités ? Kluge a démontré, dans une substantielle étude, combien ils ont mêlé d'éléments français à leur jargon^.
1. Zaïre (2 oct. 1773); La broueile du vinaigrier (28 déc.) ; Zemire el Azor (29janv. -1776).
2. Ce mot est écrit en caractères latins ; le précédent est en gothique.
3. Voir R. Hodermann, Geschichte des Gothaischen Hofstheaters ([llo-in9), pp. 6, 7,29,31,33,33,93.
4. Am Weimarischen Hofe unter Amalien und Karl August. Berlin, 1912, in-8°.