‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 568 sur 595 · Voir H. L., t L pp. .339 et · texte numérisé non relu

Voir H. L., t L pp. .339 et

O. Paré (cité par Huguet, Dicl. X]'!" s.) raille les « cérémonieux médecins » qui ne veulent traiter les malades que dans les formes.

Son vocabulaire n'est pas sensiblement plus correct ; à tout prendre, il le serait peut-être moins : logement, sectaire, deviennent chez lui Logiament, sectirlsch ; bouleverser se dit « in Confusion bringen », et une troupe qui bat en retraite se retire « en battant ». L'archaïsme de la langue est plus accentué encore que chez BogsdorfT : Ammunition, intricat^ irraisonnabel, au lieu de fortification, embrouillé, déraisonnable ; Appétit au sens de désir ; Approbation au sens de démonstration ; Ménage au sens de arrangement ou procédé de construction ; Dévotion au lieu de dévouement, Process au sens de marche, développement (d'une altaque). Ce sont là des expressions du xvi" siècle et même d'époques antérieures ; à défaut de Cotgrave, elles sont relevées par Godefrov. Ce professeur d'Augsbourg aurait-il appris le français uniquement chez les vieux auteurs, ou bien aurait-il eu pour maître quelque Réfugié provincial et archaisant?

Les textes plus récents, le Règlement autrichien et le manuscrit de Schmettau, semblent attester une connaissance plus directe, une pratique plus sûre du français de l'époque. En revanche, il s'y rencontre un plus grand nombre de déformations dues sans aucun doute aux prononciations vicieuses : le Prévôt devient un Profos (Reg. 1749, Tab. des grades), les /«s t7iers sont appelés tour à tour Faisiliers (p. 2), Fousilier (p. 6) et Fouisilier (p. 7) ; Schmettau, ou du moins le copiste du manuscrit, écrit Supordination (pp. 251 et 335 ; cependant, p. 334, Subordination^, Cassernen (p. 316) ; Drei Subatternen Officiers (p. 322 — probablement une erreur du scribe, qui dans un mot mal connu, aura lu tt au lieu de //), et, un peu plus bas : ein Supatternen Officier. La finale ier, prononcée à l'allemande, déforme fourrier en Furir (p. 46); sergent hésite entre Sergeant (p. 48) et Serran/ (p. 46) ; personne, prononcé avec un o, est transcrit Persohn (p. 325). Parfois les graphies se compliquent inutilement : A rttillerie (Schmettau, Einl, p. xxv), Caracthère (Albnm Hoijer, dern. Planche. — Cette planche est d'une autre main, mais très probablement de la même époque).

Au demeurant ces fautes sont vénielles, et elles semblent se corriger avec le temps : on ne les rencontre plus vers la fin du siècle, dans les livres de Klein et de Schônfeld. Il faut noter aussi qu'on respecta le sens des mots dont la forme était parfois altérée. La seule anomalie relevée au cours de nos sondages a été l'emploi du mot Cartouche pour désigner une manière de support garnissant l'intérieur de la cartouchière'. Dans l'ensemble chacun des termes de ce vocabulaire technique demeura, malgré d'insignifiantes mésaventures phonétiques, fidèlement attaché aux réalités qu'il désignait.

Mais peut-on voir dans ces faits la preuve d'une diffusion du français dans les armées de langue allemande ? A tout le moins faudrait-il d'abord distinguer entre la troupe et les cadres. De ce que des tirailleurs sénégalais ou annamites obéiront sans erreur aux commandements de « Présentez armes », ou « Par le flanc droit », pourrions-nous conclure qu'ils comprennent vraiment les mots présenter et Jlanc, et qu'ils seraient seulement capables de « présenter le Jlanc », si on le leur demandait ? Ainsi, très probablement, ces « mots de service » empruntés au français demeuraient dans le service, comme une espèce de langage conventionnel, fixé, en quelque sorte ; et c'est probablement pourquoi le sens de ces mots ne s'altéra pas.

1. « Die Cartousche ist eine lederne Form, woiin (un mot illisible) die 30 Patronen, jedc Patrone in ein besonderes Loch hincin gestellt werden konncn, und die in der Patrontasche lieget » (Schmcllau, p. 388).

LE FRAiNÇAlS ET L'ART .MILITAIRE 745

Pour les officiers, au contraire, il est probable qu'ils connaissaient l'origine et la valeur de ces termes ; que beaucoup étaient capables de lire dans le texte les ouvrages des techniciens français. La disparition même de certaines fautes autorise à penser que la connaissance et la pratique du français allèrent en se perfectionnant au cours du siècle. Mais ce qu'on étudiait de la sorte, c'était toujours un langage technique, dont le domaine était borné : tel pouvait le comprendre sans peine, et même le parler avec une correction suffisante, qui n'eût pas été capable do lire une scène de Molière ou de soutenir un quart d'heure de conversation. Il reste pourtant que le maniement de ce langage, en même temps qu'il pouvait éveiller la curiosité, demandait quelques connaissances élémentaires précises, qui facilitaient des acquisitions plus étendues. L'usage continuel des termes militaires français contribua sans nul doute à créer un terrain favorable à la diffusion de notre langue ; dans cette mesure le fait mérite d'être signalé, et peut-être vaudrait-il qu'on l'éludiât d'un peu près.

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