Voy. d'Ilalie. p
'^" pf-f'avart, Mém. et Corr., lettre à Durazzo, 12 janvier 1762 : il y parle d'une d"« Victoire qui a joué « longtemps » à Parme. La troupe Delisle est probablement celle qui jouait à Grenoble en novembre ^7.^0 et février 1751 (Arcb. Mun. Grenoble, FF. 43 et 60). Il ne serait pas impossible qu'elle fût allée, de là, jouer à Turin.
Les livres français. — On lit alors à Parme beaucoup de livres françQis imprimés en France. Comment se les procure-t-on ? Claude Bonnet, banquier de la Cour à Paris, se charge d'acheter et d'expédier aux Infants et à leurs courtisans tous les livres, toutes les gazettes, toutes les brochures qu'il sait correspondre à leur goût.
Le bibliothécaire Paciaudi est en correspondance suivie avec des amis dont un notamment, Marin, est pour lui un véritable pourvoyeur de livres.
A Parme même, des Français, les frères Faure, tiennent, au moins dès 1763, une librairie très achalandée, dont le volumineux catalogue, publié en français, est très instructif : tandis que les livres anglais, espagnols ou portugais, y occupent en tout 12 pages, les livres italiens, parmi lesquels les traductions abondent, 126, et les livres latins, une centaine, les français, à eux seuls, y remplissent 324 pages, sans compter les suppléments.
Quels sont les goûts des amateurs de livres français ? Don Philippe s'intéresse à la littérature de voyages et plus encore aux livres d'histoire naturelle. Don Ferdinand, ses études achevées, marque une curiosité plus grande pour les sciences exactes et les sciences physiques. Le père et le fils lisent très volontiers les pièces du théâtre français contemporain. Quant à Corneille, Racine, Molière, ils sont largement représentés dans les bibliothèques des Infants De même, les mémoires, les œuvres historiques y sont en nombre. Citons V Histoire de France du P. Daniel, l'Histoire de la Jurisprudence romaine de Terrasson, les Mémoires du maréchal de Berwick. De même des discours académiques, notamment ceux de Thomas; ou encore des périodiques, qu'on recevait généralement en trois exemplaires : un pour les Infants, l'autre pour les courtisans, le troisième pour les services du ministre : le Journal de Trévoux, V Année littéraire, la Gazette de France, le Mercure français, le Journal des Savants, le Journal étranger, les Annonces, affiches et avis divers, sans compter les journaux spéciaux d'agriculture, de commerce, de médecine, et les périodiques religieux.
A partir de 1750 bon nombre d'ouvrages sont imprimés en français dans les duchés, ainsi les Eléments du calcul intégral de Le Seur et Jacquier (1768), le Cours d'études de Condillac (1773).
Dès les premières années qui suivirent la fondation de sa maison, à Parme, le célèbre imprimeur Bodoni employa les beaux caractères créés par lui à transmettre en langue française aux amateurs plusieurs chefs-d'œuvre de notre littérature: Racine, Fénelon, La Rochefoucauld, Montesquieu. Il imprima aussi les œuvres de Bernis.
La Cour et les Français du duché n'étaient pas seuls à lire tous
ces ouvrages. Des médecins et des chirurgiens italiens s'abonnaient à des périodiques d'outre-monts. Le Marquis de Monti était parmi les souscripteurs de l'édition parisienne de V Encyclopédie. Voici des faits plus piquants. Le P. Cattanei, jésuite de Plaisance, supérieur de la communauté de Venise, écrivait, en 1739, à un de ses confrères de Parme, pour lui demander de passer chez le libraire Faure et d'y retenir pour son compte ce célèbre ouvrage. Enfin, si nous nous reportons à la réimpression de la même Encyclopédie parue à Livourne en 1770, cette édition compta à Parme vingt-sept « associés », dont aucun n'était Français. Parmi eux le Révérendissime Vincenzo Cartelli, titulaire de l'abonnement versé par la « Bibliothèque de Messieurs les Théologiens » (Libreria de' Sig. teologi). Un autre était le R. P. Bénédictin Gregorio Chiaramonti, dont le conclave de 1800 devait faire le pape Pie Vil, celui qui allait établir le Concordat avec Bonaparte.
En somme, le commerce des livres tel que nous l'avons décrit, le goût marqué pour les représentations en langue française, ou pour les sermons des pères Fumeron et Foureaud, qu'on allait entendre de préférence aux sermons italiens de la Cathédrale ^ tous ces faits mont»ent que le français était familier aux meilleurs esprits. D'autres détails contribuent à l'attester. L'abbé Millot, à qui on confia la chaire d'histoire du Collège des Nobles, donnait son enseignement en français : seuls, il est vrai, les plus âgés des élèves assistaient à ses leçons.
En avril 1768, un règlement annexe au décret réorganisant la comptabilité de l'Etat, ordonna l'usage exclusif de l'italien. En fait le français continua à être largement utilisé par les fonctionnaires des deux nations. En particulier, le bibliothécaire ducal, Paciaudi, rédigea de nombreux mémoires administratifs en français. C'est aussi lui qui, demandant Angelo Schenoni comme secrétaire, faisait remarquer que cet abbé écrivait « avec une égale facilité l'italien et le français ».
L'imprimeur Orcesi de Plaisance avait donc de bonnes raisons pour affirmer, en tête de son édition de la Logique de Condillac (1789), que cette traduction était destinée seulement « aux jeunes gens qui commencent la carrière des sciences », car, ajoutait-il, « pour les personnes déjà avancées dans les études, l'idiome français est chez nous désormais aussi familier que la langue maternelle ».
1. Le P. Fumeron et beaucoup de dames Françaises, qui vivaient cependant depuis de longues années en Italie, ne daignaient pas savoir la langue du pays. Pour les Français se faisait un sermon à S. Thomas. Ils n'étaient pas seuls à s'y rendre ; pas mal de nobles italiens les y suivaient, désertant ainsi la prédication italienne de la Cathédrale (Benassi, Una guerra letleraria, p. 37-58).
BoLOGisE. — C'est à Bologne qu'au début du xviii" siècle s'organisa la défense de l'Italie contre les Français qui avaient malmené, au siècle précédent, la langue et la littérature de ce pays, et surtout contre Bouhours. Déjà avaient eu lieu des escarmouches, mais, cette fois, on fit front aux Français en nombre respectable et avec cohésion. Le chef du mouvement était le marquis Orsi, de Bologne.
Les ouvrages publiés alors, surtout ceux du marquis lui-même, prouvent une forte culture française. Ils sont émaillés d'allusions précises à des textes français qu'on a bien lus et qu'on cite même souvent dans la langue originale.
De Brosses avait été frappé de la connaissance qu'on avait à Bologne de notre littérature et de notre langue : « La ville, dit-il, est partagée en deux fractions, la française et l'allemande. Le comte Rossi et sa femme, zélés partisans du génie français, nous ont prévenus de toutes les politesses imaginables... Les femmes sont ici éveillées à l'excès... parlant français presque toutes. Elles citent Racine et Molière »'.
Les comprenaient-elles bien? 11 est beaucoup plus difficile de suivre toute une représentation en langue étrangère qu'une simple conversation. C'est dans le dernier tiers seulement du xviii" siècle que des acteurs français se risquèrent plus loin que le Piémont. Les voilà à Bologne. Les affiches annoncent Zaïre. Au dernier moment, le programme est changé, sans qu'on ait eu le temps d'en aviser le public. La troupe joue non pas la tragédie de Voltaire, mais un drame intitulé L'Honnête ci'iminel. Les spectateurs, enchantés de comprendre à peu près les mots prononcés, n'ont pas l'esprit assez libre pour s'apercevoir du changement. Le lendemain, ils allaient disant : « Oh ! grand Voltaire ! oh ! quelle tragédie ! oh ! ces acteurs qui jouent comme des anges » '.
Le Bolonais Lelio délia Volpe ne courait donc aucun risque à se faire, dans la Péninsule, l'éditeur attitré des traductions d'ouvrages dramatiques français. C'est aussi à Bologne que furent élaborées et publiées les premières imitations de notre théâtre tragique. P. J. Martello prit cette initiative en publiant son Teatro tj-agico en
t . Lell. d'Italie, 1. 1, p. 343. Cf. les femmes se mettent à la française mieux que nulle part ailleurs : on leur envoie journellement de grandes poupées vêtues en cap à la dernière mode, et elles ne portent point de babioles qu'elles ne fassent venir de Paris (Jb., p. 351). Cette tradition demeura.
A Bologne, dit de son côté Louis JuUicn, j'avois une lettre de recommendation
pour une des plus jolies femmes de cette ville, nommée M™^ M Elle parloit françois
comme on le parle à Paris (^Souvenir de ma vie, p. 331).