G. Gozzi, Opère, t. Il, pp
Venise. — Nous avons vu paraître de bonne heure dans cette ville des manuels de langue française. Pendant plus d'un siècle, à partir de 1660, la grande métropole commerciale fut le centre où l'on traduisit sans relâche, avec une activité qui s'accrut encore pendant la deuxième moitié du xviii* siècle.
Le fait est à noter ; pourtant il ne prouverait pas grand'chose, s'il n'y en avait d'autres. J'en dirai autant de la « belle aventure » de M"" Cenet, jeune modiste française, entraînée par des ballerines en 1736, tirée de la misère par un vieux prêtre, reçue dans une famille patricienne en qualité de modiste-institutrice, admise dans les salons qu'elle charme, et finissant par épouser le comte Gaspard Gozzi '. De cette histoire édifiante, à la Eléonore Deimier d'Olbreuse, une chose seulement est à retenir, — car les demoiselles Cenet durent être rares, — c'est que, si une jolie Française pouvait être comprise par un vieil ecclésiastique, et devenir la coqueluche des salons vénitiens, on y parlait français, puisque l'héroïne ignorait l'italien. Toutefois un philologue même ne peut ignorer que de jeunes personnes ont d'autres moyens de plaire que la conversation. Il reste vrai, néanmoins, que dans l'aristocratie vénitienne le français était très connu. On le parlait en minaudant dans les cercles. Des Françaises de passage, qui étaient femmes de lettres, échangeaient avec les grandes dames des bagatelles et des vers^.
On opposera un passage des Mémoires de Casanova. Quand on le recueillit, sa voiture étant brisée, dans une maison, sur la route d'Avignon, la conversation s'engagea. Marcoline « fit entendre un jargon français si détestable, que j'en demandai pardon pour elle à la société. — Il est surprenant, dit une de ces dames, que, dans l'éducation d'une ville telle que Venise, on néglige à ce point l'éducation des dames; pas une Vénitienne ne sait le français. — Certainement on a tort, répliqual-je, mais dans mon pays, comme partout ailleurs, les demoiselles n'étudient les langues que quand elles n'ont rien de mieux à faire » ^. L'aventurier joue ici la comédie, comme si souvent ailleurs. Le texte n'a aucune valeur de témoignage.
Je viens de citer Casanova. Il était né à Venise. Or, ce n'est pas là qu'il a appris le français, et, s'il a cru devoir écrire en cette langue
t. Gozzi, Opère, t. II, pp. 484, 492.
"2. La jeune dame [M"^ Gondolmer, de Venise] qui se trouve être k dans les charmes d'un nouvel liymon», fait présent à M""^ Du Boccage du recueil de poésies compose pour ses noces. La Musc française, par bonheur avertie des usages, offre sans délai à la jeune mariée un « improm|)ta fait à loisir à Paris », aurpici elle ajoute « quelques bagatelles parisiennes dont les dames étrangères daignent faire cas » ("Grâce Gill-Mark, A.-M. Du Boccaqe, p. 90-91).