Lelt. d'Ilal, t. II, p. 339, Lett. XL
aussi familier que les langues savantes dans lesquelles il écrivit quand il instruisit le monde chrétien qu'il gouverne ».
Nous ne saurions dire si Clément XIU (1738-1769) s'exprimait facilement en français. Du moins comprenait-il fort bien cette langue. En 1767, Duclos fut reçu par lui. Ne se sentant pas assez maître de la langue italienne pour la parler d'un bout à l'autre de l'audience, il dit au pape : « Je vois que votre Sainteté entend parfaitement le français et j'espère qu'elle trouvera bon que le secrétaire de l'Académie française parle quelquefois sa langue ! — Oui! dit-il. — Je me servis donc indifféremment des deux langues ».
Deux ans plus tard, un nouveau pape, Clément XIV (Ganganelli), accordait sa première audience officielle à notre ambassadeur, le cardinal de Bernis (27 juin 1769). Il reçut de ce diplomate une lettre personnelle de Louis XV et la traduisit en italien au fur et à mesure qu'il en lisait le texte français. Trois mois après il remettait au même Bernis, pour le roi, une lettre autographe française. Ce document, il faut le reconnaître, atteste plutôt des sentiments amicaux pour la France et hostiles contre les jésuites, qu'une connaissance approfondie de notre grammaire et de notre orthographe*.
Au Sacré Collège, le français était à la fois une parure et un moyen d'intrigue. En 1678, Du Bois, professeur de français à Rome, affirme avoir eu pour élèves « sept éminentissimes cardinaux ». Croyons-en Voltaire, plutôt enclin à ménager les compliments aux gens d'Église: « des cardinaux écrivent le français comme s'ils étaient nés à Versailles » ^. Je ne prétends pas que beaucoup d'entre eux se crussent obligés, comme le cardinal Passionei, de flatter Voltaire tout en approuvant la condamnation de ses ouvrages^ Mais, comme lui, plusieurs de ses collègues s'arrangeaient pour faire venir les ouvrages prohibés d'outre-monts. Ils étaient trop curieux et raffinés pour accepter que V Index les tînt à l'écart du mouvement de la pensée contemporaine. Le Père Labat nous donne les détails suivants sur le cardinal Imperiali avec lequel il fut en rapports quotidiens en 1710. « 11 ne manquait guère de venir après la messe se reposer dans ma chambre, où il feuilletait mes papiers, surtout le journal de mes voyages des Iles de l'Amérique que je commençais à mettre au net. Il savait très bien la langue française. Quand je lui donnais des mémoires en français sur certaines choses sur les-
1. La tradition se continua, et plusieurs des émigrés qui eurent l'honneur d'être reçus à la Cour pontificale s'entretinrent avec S. S. en français : M. d'Espiiichal et quelfjues amis reçoivent une audience chez le Pape à Rome. « Le pape eut l'attention de parler français avec nous » (C^ d'Espinchal, Journal d'Émigration, p. Hl).