LE FRANÇAIS DANS LE RESTE DE LA PÉNINSULE H
en obtenant le privilège de reproduire ou de mettre en vente toutes les œuvres que joueraient les acteurs français.
Malgré tout, les chefs de troupes ne se rebutèrent point; en juillet 1781, Duel de Neuville consultait de là-bas la Comédie- Française sur des attributions de rôles, ce qui nous donne une idée approximative de son répertoire'. En 1784, Boursault-Malherbe, après avoir joué à Parme, Milan, Gênes et Florence, arrivait à son tour dans le royaume ; rentré en France l'année suivante, il s'intitulait fièrement: « Entrepreneur des Spectacles de la Cour de Naples »^ En 1788-1789 la même Cour avait encore rétribué fort généreusement la troupe de Delorme^
11 semble donc qu'à force d'efforts le théâtre français ait réussi à s'implanter tant bien que mal. C'était un progrès, mais dont il ne faudrait pas s'exagérer l'importance. C'est dans des traductions que l'Italie apprenait surtout à connaître les pièces qui occupaient la scène française *.
Le nombre de ces traductions va sans cesse croissant au cours du XVIII* siècle. Dans la deuxième moitié, elles ne se comptent plus. On ne fait pas l'honneur de la traduction, comme autrefois, seulement à de grands auteurs, mais à Gresset, La Touche, de Belloy, d'Arnaud. Des tragédies encore inédites en français voient le jour sous la forme italienne : ainsi Floridan, de Joseph-Gaspar Dubois-F'ontanelle (1776). On exhume des œuvres d'écrivains depuis longtemps disparus et oubliés : Jean Mairet, Tristan L'Hermite, Antoine Lafosse. On traduit des théâtres entiers d'auteurs : Giuseppe Baretti celui de Corneille (1747-1748) ; le P. Antonio Maria Ambrogi celui de Voltaire (1752), qu'à plusieurs reprises d'autres feront aussi passer en italien (1771, 177i-1776, 1781, 1783, 1791). Les collections pullulent, avec des intentions, des programmes, des étendues variées : le Teatro Ebraico (1751-1752); la Biblioteca teatrale de Ott. Diodati (1762-1765), en 12 vol. in-8'' ; la Scella di eccellenti tragédie francesi d'Albergati et Paradisi (1764-
1. Arch. Gom.-fr., Conflits province, 1780- ITHI . Les questions posées concernent les pièces suivantes: Le Philosophe marié, Les Dehors trompeurs, L'Amant bourru. L'Ambitieux, L'Avare, Le Tambour Nocturne, Esope à la ville, La Partie de Chasse de Henri IV, Les Bourgeoises de Qualité, Le Médecin mahjré lui. Les Précieuses, Les Trois Cousines. Turcarel, Œdipe chez Admete, La Veuve du Malabar. Nadir, Didon, Le Père de famille, Zelmire, Andromaque.
2 Duhamel, Le Théâtre d'Avignon aux XVII^ et XVIII' siècles (Annuaire de Vauclusc, 1890, p. 118) ; Dejob, o. c. p. 189.
3. Dejob, o. c, p. 189, dit même : de 1787 à 1789 ; mais la troupe Delorme était encore à Grenoble en février 1788 (Arch. Mun. Grenoble, FF. 66). Voir aussi sur tous ces faits B. Groce, / teatre di Napoli, p. 622.
4. On trouvera tous les détails dans Ferrari, Le Tradazioni italiene del teatro trarjico francese nei secoli XVII^ et XVIII". Paris, 1923.
1768), en 3 vol. in 8° ; les Composizioni teatrali moderne (1772, 2" éd., 1774); le Teatro tragico francese (1776), 2 vol. in-S" ; les Versioni délie migliori tragédie francesi (1788) de Francesco Grilti, 2 vol. in-S", etc. Il n'y a plus seulement comme traducteurs un petit nombre d'initiés travaillant dans quelques villes et pour des éditeurs en nombre réduit. Les traducteurs se recrutent dans tous les milieux sociaux et dans toutes les régions de l'Italie. On imprime des versions de tragédies un peu partout : en Vénétie (Venise, Padoue, Vérone, Trévise), en Emilie (Bologne, Parme, Modène, Reggio, Ferrare), à Milan, à Rome, en Toscane (Florence, Lucques, Pise, Livourne, Sienne). Toutefois la participation du Piémont est limitée ; c'est que la langue française est mieux connue là et d'un usage plus courant que dans le reste de la Péninsule. Quant à l'Italie méridionale, elle est à peu près étrangère à ce mouvement, la raison en est qu'elle échappe encore à l'influence de la culture septentrionale.