‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 88 sur 595 · CHAPITRE IX LÀ RÉACTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX LÀ RÉACTION

Limite d'influence. — De tout ce que nous avons rapporté — et nous croyons qu'il en serait de même si on poussait plus loin cette étude — doit résulter l'impression que la pénétration du français, même dans les Etats les mieux disposés à la subir, n'a pas été un envahissement. Des hommes qui comptaient sont demeurés, comme partout du reste, étrangers à notre culture, ainsi Piccini ', et les écrivains ne se sont jamais lancés à corps perdu dans ce culte béat qui supprime la critique et abolit toute pudeur. On a plutôt l'impression qu'ils se sont laissés aller, et encore avec une certaine réserve.

Protestations. — L'indiscrétion dans le succès, dont les Français étaient coutumiers^, exaspérait les amours-propres d'une race délicate et particulièrement facile à choquer. Le passé, un passé glorieux et tout récent encore, remontait à la mémoire, contrastant avec l'abaissement présent de façon douloureuse. Une sorte de patriotisme littéraire et philologique soulevait dans les cœurs une rage vindicative.

Montesquieu dénonçait en Espagne et en Portugal des peuples qui, méprisant tous les autres, font aux seuls Français l'honneur de les haïr. Lalande, dans son Vo/age d'un Français en Italie, porte un témoignage analogue des Vénitiens ^ Ils avaient bien observé.

Toute une élite soutient que les titres de gloire intellectuelle de l'Italie sont méconnus de l'autre côté des Alpes. On fonde des journaux qui les exaltent. L'admiration excessive qu'excite chez trop d'Italiens tout ce qui est étranger et surtout français, est dénoncée.

4. « Je vis l'idée que je m'étois faite d'un poëme lyrique français, réalisée ou sur le point de l'être par un habile musicien. Ce musicien [Piccini] ne savoit pas deux mots de français; je me fis son maître de langue. Quand serai-je en état, me dit-il en italien, de travailler à cet ouvrage ? » (Marmontel, Mém., Paris, an XIII, t. III, p. 166).

2. En général il n'y a point de nation moins aimée que la nôtre, ce qui ne vient que de la mauvaise habitude où nous sommes de donner hautement partout la préférence à nos mœurs sur les nations étrangères, blâmant sans égard tout ce qui ne se fait pas comme chez nous (De Brosses, Lell. d'Italie, t. II, p. 363 ; cf. p. 432).

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