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Dans l'expression des sentiments tendres

2. Dans les entretiens familiers, dans la comédie, qui réclame la langue de la conversation, la seule que la France puisse se vanter

français ; dans l'un les paroles s'ajustaient mal à la mélodie, manquaient de feu et d'entrain, tandis que la musique de l'autre était « d'une langueur à mourir » (Grâce Gill- Mark, A.-M. Du Boccage. p. 103-104).

de posséder, dans la tragédie aussi, du moins si on veut bien laisser à ce genre une certaine allure prosaïque qui choque les Italiens, mais que le grand Corneille lui-même n'a pas toujours su éviter.

Voici maintenant deux critiques qui s'adressent non plus à la valeur intrinsèque de notre langue, mais à l'usage qu'en font nos écrivains.

G. Le français est la langue de l'impiété. En Piémont, par exemple, les religieuses apprennent à leurs élèves le français et non l'italien; elles les mettent ainsi sur la voie du vice et de l'athéisme. A peine sorties de pension, ces jeunes filles seront sollicitées par les écrivains diaboliques que la France a produits en masse. Elles liront Helvétius, La Mettrie, Voltaire, J.-J. Rousseau, Mirabeau, Raynal et « tant d'autres élégants et ingénieux corrupteurs de la jeunesse)). Quel livre pourrait lire, en italien, une jeune fille ou une jeune femme, qui soit l'équivalent de tels ouvrages, en fait d'incrédulité P Machiavel lui-même, que d'ailleurs personne ne songerait à mettre aux mains d'une femme, car il est trop abstrait, est un sage en comparaison de tous ces auteurs français.

H. Le français est inutile comme langue de culture en Italie, quand il n'est pas dangereux. L'Italie possède un patrimoine littéraire, scientifique, artistique, assez ample pour n'avoir pas besoin de recourir à la France. Il n'est pas de genre où elle ne puisse servir de modèle. Pourquoi, elle, la nation riche entre toutes, vivrait-elle d'emprunts? Que les autres l'imitent s'ils le veulent; quant à elle, elle peut se suffire à elle-même.

Ce sec et froid exposé ne peut donner une idée du ton de la polémique que cette question avait fait naître. S'il est des ouvrages italiens où on parle raison, comme celui de Galeani Napione\ qui n'est pas un pamphlet, mais un traité, c'est un cas assez rare. Ce sont les Français qui ont donné l'exemple de la réserve en parlant de leur langue sans aucun orgueil déplacé. De Brosses^ et Roland^ eurent le bon goût de mettre en lumière les mérites de l'idiome italien. Dès 1750, Algarotti, alors à Berlin, loin de montrer la pondération de Napione, dédia à Maffei, un Essai sur la langue française, dont le moins qu'on peut dire est qu'il manque tout à fait de l'esprit de justice. L'auteur s'en prend d'abord aux inconséquences

1. Dell' uso e del pregi délia liiigua ilaliana libri tre. Le livre II contient une comparaison des deux langues. Au cliapitrc v, on examine les causes de la diffusion de la littérature galante de France.

2. Lettres de Rome à M. de NeuUlj sur son voyage, 1737-1740. Un volume publié par R, Colomb, Paris, 1836, sous le titre de L'Italie il y a cent ans.

3. Lettres de Suisse et d'Italie. Réilexions sur la musique, adressées par un amateur vénitien à un voyageur français. Il y a là une vraie discussion en règle sur la valeur phonétique, significative, etc., des deux idiomes comparés.

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et aux contradictions de ceux qui l'ont régentée et qui l'ont conduite, sans aucun esprit de suite, d'un extrême à l'autre, Ronsard d'une part, Malherbe ensuite. L'Académie, au lieu de se borner, comme celle de la Crusca, à recueillir chez tous les bons écrivains les meilleures formes d'expression, s'est installée «comme une citadelle littéraire sur le génie de la nation», légiférant, imposant sa contrainte au point d'amener les protestations des libres esprits. Aussi la langue a-t-elle perdu plus qu'elle n'a gagné. D'autres critiques emplissent l'opuscule. L'auteur attaque la rime ou dénombre les dettes que les Français ont envers leurs maîtres italiens'.

Tout le monde connaît la controverse de Deudati de Tovazzi et de Voltaire. Le premier, professeur d'italien à Paris, crut de son devoir de consacrer à l'éloge de sa langue une Dissertation sur l'excellence de la poésie italienne (Paris, Bauche, Leclerc et Lambert, 1761 , en français). Voltaire essaya de le réfuter, mais sans convaincre personne {Lelt. du 24 janv. 1761) et de telle façon que Tovazzi put répliquer et maintenir sa thèse ^.

Les adversaires se saluaient comme des duellistes. Voltaire disait à son antagoniste :

Nous pourrions devenir jaloux Quand vous parlez notre langage.

Puisqu'il est embelli par vous.

Cessez donc de lui faire outrage ^.

Bettinelli fut aussi un censeur modéré et correct. Mais d'autres n'estimèrent point que cette galanterie fût de mise. Non seulement toute courtoisie, mais toute mesure manquait à un Rubbi. Hazard n'a pas manqué de marquer sur quel ton le prend ce ténor de la gallophobie littéraire et linguistique : Ses sentiments ne sont pas compliqués, dit-il, et il ne raffine pas : « J'ai toujours cru qu'il fallait aimer l'Italie plus que tous les autres pays étrangers, et j'ai méprisé, par système et par goût, les Italiens qui lui ont préféré les choses d'au-delà des Alpes » ^. A confondre ces traîtres, qui forment la majorité, sa bile s'échauffe, sa colère s'exhale en clameurs : « Puisse revivre un Manlius Torquatus de la littérature, qui délivre le Latium et le Capitole de l'invasion gauloise ! Vengeons l'Italie, ô mes

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