Eloçij italiani
Histoire de la lanyue française. VIII. 9
amis! » ... « Surgisse un vengeur! Disparaisse la tache infâme qui déshonore la beauté de notre mère ! — Que les plumes, que les langues s'arment, invincibles, pour tuer dès sa naissance ce germe funeste!... » La passion, ou pour mieux dire la fureur, qui n'éclatera que plus tard dans d'autres pays, sévissait déjà, on le voit, eu Italie.
Resterait à savoir dans quelle mesure les gens cultivés suivaient ces fougueux polémistes. Une connaissance plus complète et plus sûre de la vie des comédiens français en Italie fournirait sans doute quelques indications utiles. Or on a vu déjà que les représentations signalées plus haut sont, en majorité, postérieures au début de la réaction anti-française; d'autres faits autorisent à penser que l'Italie ne fut jamais, aux yeux des chefs de troupes, une de ces régions inhospitalières où l'on ne doit pas se risquer.
Dès janvier 1773, la troupe Nicetty était venue de Bastia pour jouer à Livourne et à Florence et ses acteurs avaient regagné la Corse au bout de treize mois par Lucques et Pise'. Peu de temps après, une dame Tevrarty, concessionnaire du privilège de Montpellier, aurait encore mené sa troupe à Florence^. A vrai dire, ces deux tournées, qui nous sont connues seulement par deux pièces des Archives de la Comédie-Française, ne furent nullement triomphales : la troupe Tevrarty, durement éprouvée parla tempête entre Nice et Gênes, abandonna peut-être ses projets ; quant à Nicetty, il fit faillite à Florence et probablement se sauva.
Mais cela ne prouve pas que son échec soit imputable à l'hostilité, ni même à l'indifférence du public ; qui sait si cet entrepreneur n'attendit pas que la caisse fût pleine pour l'emporter? Quoi qu'il en soit, le fait seul d'avoir conçu l'expédition et d'avoir été suivi par ses pensionnaires^ montre que l'idée n'en paraissait à personne imprudente et déraisonnable. Il y a mieux; Sénepart, qui, ne pouvant demeurer à Naples, était venu à Grenoble^, emmena sa troupe, au cours de l'été de 1774, non seuleçient à Turin, mais à Gênes^; et Boursault-Malherbe, qui revient à Naples en 1784, avait été précédemment le pensionnaire de Sénepart, en 1776 "^ : il pouvait donc se renseigner à bonne source et savoir qu'il ne se trouverait pas trop de « Manlius Torquatus » pour repousser « par système » et à coups de sifQet cette pacifique « invasion gauloise ».