OBSERVATIONS GÉNÉRALES
apportant chez eux les modes et les façons qu'ils avaient apprises ; certaines choquèrent, d'autres ont ébloui \
Il faut reconnaître, dit Reynold, qu'après la Réforme le « service étranger » maintint la Suisse en contact avec l'Europe : il fut le grand canal par lequel l'influence française pénétra largement dans tout le pays. Il eut d'ailleurs ses écrivains et ses poètes. Béat de Murait, les généraux de Zurlauben, et de Besenval, les Vaudois Frossard et Beaton par exemple ; mais le grand poète du « service étranger » est le Suisse allemand Jean-Gaudence de Salis-Seewis, officier au service de France".
Il ne faudrait pas que les rapports dont nous venons de parler en fissent oublier d'autres, qui ont eu aussi leur importance.
Les traités d'alliance avec la France étaient, en même temps que des capitulations militaires, des traités de commerce. Du milieu du XV* siècle à la fin de l'Ancien Régime, les marchands suisses jouirent de nombreux privilèges. A Lyon, en particulier, ils formèrent, au xvi" siècle, une colonie importante, qui était devenue la « nation suisse » ; en 159S, elle figura, à la réception du roi Henri IV, parmi les autres nations ^
Il n'était pas non plus sans importance que des écoliers suisses se rendissent aux études en France*. Après la Saint-Barthélémy, on renvoya de Paris quelques « pelitz pendars d'escolliers grisons » ^ mais la rupture ne fut pas complète, même avec les protestants. En 1606, l'ambassadeur de France, Caumartin, projetait de mettre à la disposition des Ligues un certain nombre de bourses « d'escholiers » chez les jésuites de Tournon, rivaux de ceux de Milan. Il visait sans
1. J.-J. Rousseau, dans une lettre au maréchal de Luxembourg (Motiers-Travers, 20 janvier 1763), a montré, non sans aigreur, ce que les soldats, une fois licenciés, apportaient d'habitudes françaises.
Remarquons toutefois que Moore exprime une opinion toute différente : « On ne sauroit assez observer que les officiers Suisses qui reviennent des services étrangers, surtout de celui de France, au lieu de rapporter dans leurs montagnes les mœurs françoises et d'infester leurs compatriotes du luxe et des ridicules de cette nation, quittent avec l'uniforme tous les airs étrangers, et reprennent tout de suite le genre de vie simple et frugal de leur nation » (^Lett., XXXVI, I, p. 276 de la trad. fr.).
2. Littérature française en Suisse, Mélanges Lanson, pp. 494-495.
3. Voir Marc Brésard, Les Foires de Lyon au XV^ et au XVI^ siècle. Paris, 1914, pp. 205 et 211 ; et également Hélen Wild, Die lezte Allianz der Alten Eidgenossenschaft mit Frankreich vom 28 Mai 1777. Zurich, 1917, p. 238 et suiv.
4. E. Rott s'est plusieurs fois occupé de la question, dans son Histoire de la Représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, voir t. I, p. 119. Dans son Inventaire sommaire de Documents relatifs à l'Histoire de la Suisse conservés dans les Archives et Bibliothèques de Paris, t. V, p. 435, il a reproduit de nombreuses quittances de pension jusqu'en 1900. Une étude d'ensemble a été publiée par F. Jecklin. B'ùndrer- Studenlen an der Pariser Universitât als Pensionc'ire der franzôsi'ichen Kimige, dans Biindaerisches Monatsblalt, 1925, p. 63-85. Ell'î concerne les étudiants grisons; c'est un travail important. Cf. Emile Châtelain, Les Etudiants suisses de Paris aux XV" et XVI" siècles. Paris, 1891.