‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 111 sur 248 · Cf. Th. Rossei, Ve muet au XVII* s., Mél. Drunot · texte numérisé non relu

Cf. Th. Rossei, Ve muet au XVII* s., Mél. Drunot

3. Je rappelle que « la mauvaise prononciation » eu pour e est déjà connue, et se

Entre une consonne initiale labiale et /, e tend à disparaître : pâlotte, p^ loi ton y bHistre,

Dans la langue parlée, le même fait se produisait-il déjà entre d'autres consonnes ? Disait-on p'tUe ? Les chansons les plus populaires ne le marquent pas: Que par un{e) petit[e) fenestr{e) Questoit au chevet du lit (Chanson de 1525, Tobler, F. />., 34). L'e appartenant à un proclitique disparait assez souvent : Pour conquester l(e)pays {Ch. hist,, Pic, /?. h. /., I, 300).

A la protonique non initiale, la réduction de e continue, entre consonnes comme entre voyelles.

Entre consonnes, on trouve surtout des exemples analogues au suivant : Et maudirez Vobscur(e)té ténébreuse (J. Lem., III, 118) ; Marot compte également seurté et seureté (III, 75) ; de même durté (III, 9). Comparez en prose : legerté (Seal., Let,^ 55). Mais la réduction porte ailleurs que sur le suffixe été. On trouve : souvrain (Rons., V, 77, M.-L.) ; taftas (Id., V, 415, ib.); devlopee (Baïf, IV, 85) ; any/op^r (Id., Psaut., p. 14, 299); hocton (Cord., Corr. Serm. em., 131 A): chicnaude (Id., iA., et 330 C); car four (Vauq., A. poét.y 1, 650, éd. Pélissier). Les futurs s en trouvèrent modifiés, comme on le verra à la Morphologie.

Entre voyelles, dès le commencement du siècle, il y a hésitation ; on compte e ou non dans les vers : H os te de V homme est vrayement Lyon{B, An., Lyon m., B. Vllr®). Au contraire : Qui fourniroit a un si gros pay[e)ment ? (Mar., III, 102).

Mais à la fin du siècle le témoignage de Lanoue est formel :' les mots remuement, cruëment sont prononcés sans Te, avec un e apostrophé (Thur., o. c, I, 145). Les futurs s*en ressentent, e y compte ou non. Déjà dans Marot : criray (II, 67) ; estudira (II, 120); employra (I, 273); s humiliera (4 syllabes, I, 82). De même dans Baïf : rékréront {Psaut., 1991) ; sétudira {ib,, 463). Exemples inverses: publieray (Mar., I, 105); essuyera (Id., I, 92), etc., etc. (voir aux futurs).

Les adverbes sont également modifiés. Tantôt e ne compte pas, écrit ou pas écrit: hardiment (Mar., I, 142, 136; III, 254, etc.); aysément (Id., I, 121) ; tantôt e fait syllabe : aiséement (Mar., III, 154) ; dissimuléement (S'-Gel., I, 315) ; etc. ^ (voir aux adverbes).

trouve jusque dans les textes : cheux est fréquent dans les Ep, d'ArUt., 70, 77, et souv.; Diane de Poitiers écrit quenqne chose, p. 146 et aill. (Cf. Thur., o. c, I, 468). 1. Dans vraiment le problème se complique d'une prononciation variable de i. Quand i sonne en y, e se prononce : vrai-y-e-ment (Mar. I, 88, I, 9t, li9). Quand il sonne en i, pas de e : vray{e)ment (Id., I, 273, I, 36, 236).

. A LA FINALE, — A la finale, c s'achemine vers son rôle moderne d'e muet. Il disparait des mots comme eau^ soucy^ cauchemar, chevrefeuily qui prennent la place de eaue, soucie^ cauchemare\ etc. D'autres hésitent entre la forme féminine et l'autre, par exemple les séries d'adjectifs en ique et en ile (Voir à la Morphologie).

Mais ce qui témoigne mieux que quelques exemples de laffaiblissement de e final, c'est la rythmique.

X'^ APRÈS VOYELLE, ^he vieil usage de compter e après voyelle était encore très suivi au commencement du siècle. Lemaire de Belges le compte à peu près toujours, Marot aussi : on leur a estably deux statues marbrines (Mar., III, 9) ; Puis des citez les cheminées fument (Id., III, 126). De même en général Marguerite de Navarre : le vous confesse^ Amye tant aymée,., Estre enfermé entre ferrées portes {Dern, po,^ ^21); Sans dire rien^ ne partie, ne tout[Marg, de la Marg,^ IV, 13). De même Louise Labé. Voici d'elle un vers curieux : Medée fut aymée de Jason (éd. Blanch., 107).

Le chansonnier huguenot suit en général cette tradition : Naurée de toutes parts (hepisisjllahej I, 118; cf. I, 159; II, 200, dernier vers; 202, v. 17 ; 203, v. 11 ; 215, v. 11, etc.).

Mais Dolet {Manière de trad.y 1542, p. 37), note comme un fait courant de rythmique la syncope, c'est-à-dire la suppression de e : M La tierce façon de ceste figure (la syncope) est, quand deux uoy elles sont r'accoursies et proférées en une : ce qui se faict souuent en rhythme principalement. Exemple : Pensées : ou les deux

se passent pour ung, proféré par traict de temps asses longuet, quasi comme si Ion disoit pensés. »

On trouve cette syncope dans Marot : On s ennuyé d'vn pain a manger (I, 284).

Ronsard est d'avis de ne pas tenir compte de Ve : « Sauf, dit-il, le iugement de noz Aristarques, tu doibs oster la dernière e foeminine, tant de vocables singuliers que pluriers, qui se finissent en ee et en ees, quand de fortime ilz se rencontrent au milieu de ton vers... Autant en est des vocables terminez en ouë, et uè\ comme roué, iouë^ nué\ venue,,. » [A. /)., VI, 456, M.-L.). Et de fait les poètes — plusieurs moins hardiment que Ronsard — syncopent e après voyelle.

On trouve déjà des exemples au xv^ ^ et au xvi* chez ses prédé-

1. Lemaire do Belges emploie encore eaue : El la dedens iamais eaue ne gelU {Temple Ven., III, 108). De mèmeCordier {Corr. 8erm,\em., 179 C. et ailleurs). «L'opinion de beaucoup est quMl faut dire eau non eaue » (Seb., A, poel., 20, v» 1548).

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