‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 113 sur 248 · Tobler, Le vers fr.^ trad. Sudre, p · texte numérisé non relu

Tobler, Le vers fr.^ trad. Sudre, p

2. Et en le prenant et s'oblige. EV n'en prendroii iamais^ te dy ie (Mar. I, 33) ; EV nCayme bien (Id , ib.^ 34) ; elV requiert (Id., ib.^ 82); Da cul (dit elV) vous ferez signe (Id., III, 70); s'elVle scait (Id., ib.^ 223); Et qu'au néant eV mect (Dolet, // Enf.^ 34) ; Et que de moy ef se sera enquise (Collerye, Sat. p. les hab. d'Aux., CEuv.^ p. 28); Car la mamell0 eV luy auoit offerte (Pelei., Od., OEuv.y 21 r*); s'el n'est partie du malin{Farce des II j. femmes^ v. 11 ; cf. v. 46, v. 49, et la Farce à 4 personn.^ ▼. 10, p. 116, V. 36, p. 118, V. 46, ib. ; v. 100, p. 122 ; v. 118, p. 123 ; v. 125, p. 124, etc.).

On peut dire aussi que Tapothicaire Lespieigney ne compte guère autrement dans ses vers. C'est toujours el pour elle ou pour elles. Pour le pluriel, voir des exemples dans Collerye, p. 107, etc.

21 exemples de eZ, deux seulement ont été maintenus en 1584 (cité par M.-L., Lex. de la Pléiade), Ronsard ne trouvait-il pas alors cette prononciation trop peu soutenue? J'inclinerais à le croire, et à penser que si elle est rétabli, c'est une indication que Tusage de l'apocope devenait de plus en plus vulgaire.

Dans les mots ordinaires les exemples sont beaucoup moins nombreux. Cependant on trouve des vers annonçant la versification populaire contemporaine : touV la re«^e (Marot, I, 142); Les uns painctz platz, les aut[res) en grosses bosses, prononcez : les auf (Marg. de Nav., Dern. po,, 176) ; Cf. Delà bon{ne) recueillance Que t{a) as fait à Bourbon. [Chans, sur Connét., Ler. de L., II, 96), Jusqu^à Valentiennes conuoyèr[ent) V empereur (Chans. 1538, ib.\ II, 125) ; Auec le duc de Guyse, Qui vint sans nul{e) faintize, ...Et leur liurer bataille A tout{e) ceste canaille Qui vienn(ent) en ce pays [Ch. 1587, ib., Il, 405). La chanson sur les funérailles du duc de Guise, qui a servi de prototype à celle de Marlborough (21 mars 1563), et qui est d'un caractère très populaire, a des vers comme ceux-ci : Aux quatre coins du poêle, Quat[re) gentils hom(es) y auoit. L'apocope est figurée une fois, elle s'y rencontre plusieurs fois : quaf hom\.. Et de biaux bas d'estame... Et des culott(es) de piau {Chans. hug., 253 et suiv.); Et ce machiaueliste sorcier de Perrarois, Qui vouloit mettre en ruin{e) les pauures Lyonnais (1591, Ler. de Linc, Ch. hist., II, 553).

Dans la poésie plus relevée, les exemples d'apocope sont naturellement plus rares, mais se rencontrent tout de même : tu te tra* uaill[e) en vain (Marg. de Navarre, Dern. po., 433) * ; lors le prudent Thelemaq repondit (Pelet., Ocf., 16 V» ; cf. 18 r**) ; Baïf transcrit quiconque par kikkonk [Psaut., 463 et s.); cf. ny touV la langoureuse suyte (Grev., Esb., a. iv, se. i, A. th. fr., IV, 289). Les autographes donnent des indications analogues. Le roi Henri II écrit à Diane : Je vous suplie, mamie, vouloyr porter set bague pour Vamour de moy (D. dePoit., Let,, 226).

Pour e dans les flexions, voir à la Morphologie.

1. La reine de Navarre rime chaire pour chair ^ avec chère et chimère^ ce qui atteste d'une autre façon combien e compte peu.

Il est remarquable que cet afTaiblissement de e final n'empêche pas de traiter comme un e muet le e final accentué de ce par exemple, et de le rimer avec voyelle tonique -h cons. -f e : aadace (Mar., II, 89; cf. II, 139); osles le : ceruelle (Id., II, 140); pers le: perle (Id., I, 211) ; Lespleigney est coutumier du fait : Mesne donne Vordannance, le croy qu'il n'y a erreur en ce {Prompt., 83, cf. 47 : cfi ce : expérience). De même Roger de Collerye : croyez en ce (OEuv., 183).

Confusion db £ et de a. — i» devant r. — L'a du parler de Paris continuait à se confondre avec Ve devant r, et inversement Ve avec Ta, dans diverses positions. G. Tory rapporte que les dames de Lyon et les dames de Paris se piquaient à ce propos, les premières affectant Va pour IV, et les secondes disant é pour a : Mon men/j Péris (33 v*>). Sur cette confusion des deux voyelles, Marot faisait des calembours : ie fuz faict confrère au diocèse De Sainct Marn/j en Veglise Sainct Pris {Au ftoy^ pour le deliurer de prison^ I, 190).

Devant une r seule, cette confusion semble surtout s'être produite à Tatone, d'où les hésitations entre tarière et teriere (R. Est., 1549. Thur., o. c, I, 17-18), charité et cherité (Marg. d'Ang., Let. Aut., 1526, Herm., C. I, 421, Let, in., 201); charette eichairette(J.B. P., 428).

Quand r était suivi de consonne ou double, Thésitation était toujours extrême, et Tincertitude des grammairiens témoigne des contradictions de ^usage^ Si Ton ne savait comment écrire, c'est qu'en réalité l'a qu'on entendait était si ouvert qu'on ne le distinguait pas de è ; Ronsard, faisant rimer armes et ternies (IV, 243), ferme et m^arme (V, 413), le dit en propres termes. Il justifie de telles rimes en déclarant que s'en o£Fusquer c'est être « ignorant de sa langue, ne sentant point que jS est fort uoisine de la lettre Ay uoire tel que souuent, sans i penser, nous les confondons naturellement » (II, 481, M.-L.).

A la tonique, les exemples des deux confusions sont nombreux :

Le comte de Thouerre (= Thouars, J. B. P., 230); Terbe (=Tarbe8, îj6., 337) ; erres (= arrhes, Nie. de Tr., Par.^ 24) ; ruberbe (J. Bouch., VIII, f» 396, H.) ; catherres (Rons., II, 33, 468) ; caterre, (Grev., Les Esb., a. i, se. ii, A. th. fr., IV, 237); bigerre (Lar., Morf. a. i, se. v, A. th, fr.y V, 312) ; mercq (Mar., I, 81, cf. Vauq., A, po.y III, 193); merque [Grey.j Les Esb.^ a. n, se. v. A, th, fr.^ IV, 265) ; epergne (Bel., I, 108, M.-L.);

Rouargue {J, B. P., ^Q3); parle (= perle^ Let. Marg. d'Autr.^ déc. 1591, Herm., C, I, 84).

Dans beaucoup de cas, on ne sait si c'est ar qui passe à er, ou er qui passe k ar :

armes : fermes (Gring., II, 122) ; ferme : vacarme (Coll., QEuv.y p. 65); guiterre : guerre (Tahur., II, 17, son. 18).

Ce qu'il faudrait pouvoir affirmer, c'est que le mouvement va dans im sens plutôt que dans l'autre, et cela est bien difficile. Si

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