‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 114 sur 248 · Voir Thuroi,o. c, I, 3 et suiv. et notre tome I, p · texte numérisé non relu

Voir Thuroi,o. c, I, 3 et suiv. et notre tome I, p

on considère le nombre des mois, il semble cependant que Tusage de la forme en er prévaut alors pour la plupart : esquerre, guiterre^ erres (arrhes), bizerre, caterre, asperge, serge^ serpe, gerbe, guerbe (galbe), merque, herse, tertre.

ar l'emporte dans larmes, charmes, hargne, dartre, darne.

Mais il ne s'agit pas seulement du nombre des mots, et Henri Estienne fournit une indication bien curieuse, d'après laquelle la forme en er aurait été courtisane, la forme en ar populaire : m,on (rare Piarre, la place Maubart. Cette constatation repose sans doute sur une observation exacte. Je suppose que les formes comme liarres, escarre qu'on trouve dans Palissy (Cap, 320 et 91) n'étaient pas du bel usage, ou ne le restèrent pas longtemps; au XVII®, Piarre était nettement patois, comme le montrent les textes de Nisard.

Devant r simple^ double ou suivi d^une consonne muette, en général nous avons gardé la forme en ar *.

A la syllabe atone, la préférence me semble moins marquée. On trouve à peu près également les formes en ar et les formes en er.

D'après les grammairiens, semblent incliner vers e: merrain, perroquet, erné (esrené), esternuer, hersoir (hier au soir), cercelle, aperceuoir, cherté, serpillière, cercueil, chercher, tergette.

Voici des exemples de formes en e pris aux textes : en erriere M. de Nav., Dern. Po., 69); Montmersault (Mont-de-Marsan, /. B. P., 412); appertient (Meigr., Off. de Cic, 40); pardonne (Id., ib., 29); perfum (Mar., III, 35); perfect (Meigr., Off. de Cic, 6, peut-être y a-t-il ici une influence latine?); peruiennent (Id., ib., 20); marquait (Mar., III, 259); cercle (sarcle, d'Aub., Trag., p. 303, Lai.); iergonnent (Tah., II, 194, iergon est commun); perchemin (Nie. de Tr., Par., 40); merché : cherché (S»-Gel., I, 260).

Mais, au contraire, c'est Va qui paraît préféré dans charette, tarir, esquarrir, sarriette, marry, marmelade^ hargneux ^, espargner, harceler, parsonnier, pardon, harpail, parfaict, parfum, carquois, iargon, fidarchal.

Voici quelques exemples : j&arZue(Lar., Jal., a. ii, se. vi, A. th. fr.,

1. Guitare^ bizarre sont espagnols. Mais on en peut citer d*autres en ar : arrhes^ cntarres^ boulevard {bonlenerl est très longtemps dans Tusage (J. Lem., III.^ 1. II, 8, cf. Lar., les Jal., a. v, A. th. fr., VI, 86).

2. C'est par cette confusion que j'explique un vers obscur de la Satire IX de Régnier : H a des mots hargneux, bouffis et relenés. Le sens appelle ampoulés. Hargneux n'a pas ce sens, mais bien hergneux (qui a une hernie), mot très usuel A cette époque. Voir Bachot, Err, pop,, 234 et ailleurs.

VI, 38; cf. IX, 58); apparceut{Mar., III, 237); iarçans (Bell., II, 41, M.-L.); parceuoir (Baïf, IV, 8) ; charte {J. B, P., 186 et 384); perfection (Marg. de Nav., Dern. po.^ 104; cf. Dolet, Man, de trad.y 1342, 4); Loys Barquin {J. B. P,, 170); charchons (Farel, Trad. d'un mand. du Sénat de Berne^ Herm., C, II, 55; cf. dans le même texte darriere).

UÉpître du beau fils de Paris raille pazoquetj sarran^ vous varriez.

Comme on le voit par ces listes dont Tordre permettra de comparer les cas où er, ar se trouvent devant les différentes consonnes, ce n'est pas la nature phonétique de Tarticulation qui suivait qui a déterminé le choix. Ce n'est pas non plus la tradition, puisque dans esperuier ou inversement dans sarcelle une substitution a eu lieu en sens inverse de Tétymologie.

Après des hésitations qui ont été longues encore, puisqu'elles se sont prolongées jusqu'à l'hôtel de Rambouillet, un si grand nombre de gens en dirent leur sentiment que rien de régulier ne put plus sortir de là.

2* A ET E DEVANT D'AUTRES CONSONNES. - -4 se prononce très

ouvert et avec un son très voisin de è devant certaines consonnes autres que r. Ainsi dans trame (voir à la Morphologie) K

Cette prononciation a triomphé dans acheté. Les grammairiens, depuis R. Estienne, acceptent les deux formes (Thur., o. c, I, 20). Elles sont en effet, dans l'usage: rachaié {FeLveh Let. ant., 1527; Herm., C, II, 66) ; acheptent (Coll., Sat,^ Œuv., p. 7) ; un gros achept (Id., ib., p. 250).

A l'atone, les hésitations ont été très grandes dans certains mots (Thur., o. c, I, 23 et suiv.). Ainsi pour acouter (escouter), bafroi (beffroi J B. An., Lyon m., A. IV), essaier (assaier^ Cord., Corr, serm. cm , 216 A.).

0 ET OU, — C'est ici ime des questions les plus embrouillées de l'histoire phonétique du français au xvi® siècle; une graphie très mauvaise achevait d'y mettre une confusion telle que les grammairiens du temps, emportés par leurs passions et leurs querelles, ne sont pas arrivés à observer nettement les faits. Meigret seul, après s'être d'abord trompé, éclairé enfin par sa querelle avec Pelé lier, a bien vu l'imbroglio ^. Et cependant c'est du xvi* au

1. On peut comparer les noms des lettres qui étaient encore à la fin du xvi* siècle iFiiê, ane (Tabour., Big., 24 et 26).

2. •• Le' Françoès ont de* vocables ambiguës qui n'ont ne Vo ouuèrl tel qe nou' le prononçons en trop, vol, bloc, mort, fort, Rône : ne pareillement Yoa clos tel qe nou* le dizons en prou, doua, doulhet, coanreur ; de sorte que nou ne proféron* pas conleur

XVII*, au milieu delà querelle des ouisteseide leurs adversaires, que parait s'être résolue à peu près la vieille question p, p, ou, par une classification incomplètement régulière sans doute, il n'en pouvait être autrement à Tépoque, mais cependant à peu près phonétique.

Il est vraisemblable qu'on trouvait bonne grâce à o fermé, comme aujourd'hui certains esthètes à a fermé. Ronsard était du nombre : « Tu pourras... a la mode desGrecz qui disent ouvc^iLa pour Hvojjia, adiouster im u après un o pour faire ta ryme plus riche et plus sonante, comme troupe pour trope, Callioupe pour Calliope » (dans Thurot, o. c, I, 250).

On se rappelle les changements profonds qui avaient déj^ atteint p et p (voir tome I, p. 332 et suiv.). Le débat du xvi* siècle porte, ce me semble, quand on arrive à démêler les témoignages, sur deux points : A) L'o primitivement fermé est-il proprement ou [u) ou bien p ? — B) L'o qui d'ouvert était devenu fermé au xiii* siècle confond-il sa prononciation avec le premier o, est-ce un ou (u) ?

A) La première question est la moins importante. Autant qu'on en peut juger à cette distance, l'otf , s'il n'était pas tout à fait notre ou {u)y en était si voisin qu'il valait mieux l'entendre ainsi que par un p même très fermé, et bientôt il fut décidément ou *.

Ou, — On retrouve en général ou :

{^ A la tonique, là où Vo du latin était fermé, et entravé : type boucle^ crouste, lourde, bouche, bougre.

Les grammairiens ont discuté quantité de ces mots, comme on le voit dans Thurot. Finalement quelques-uns sont restés en ot : sanglot (influence de sanglotter, du suffixe o^?), os [trop peu doulx: dos: d'os, B. An., Lyon m. , B. V r®).

2® A l'atone, là où Vo du latin était fermé et entravé : type courtine, courroie, pourceau.

Sont restés en o, après de longues hésitations : fossé, rosée, soleil^ poteau, etc.; s'expliquent par reformation : froment, fromage, pour four ment, four mage. Ces formes neuves se rencontrent du reste avec ou. Portrait [pourtrait) n'est parvenu à avoir ni la nouvelle

comme cooureur... aosi ne dizon^ nou' pas coleur corne col, » Thurot, I, 242. Suivre la série de ses opinions dans le livre de Gaufinez, 18, 19, 20.

L*orthographe première de Meigret est pleine d'oo si on la compare même aux plus onistes de ses contemporains : nous Ancêtres {Off. Cic.y 25), ioutà,lement (28), voustre or (29), troup (33), reprouche (43). On retrouve là la même confusion que dans son Escriture et son Menteur,

1. Il n'y a pas à se fier beaucoup à la graphie. Ainsi au xv*, Tanonyme auteur det Règles de seconde rhétorique (éd. Langlois, p. 16) donne comme rime équivoque sang loi elglout : de même il fait une liste de rimes en ope^ où on lit péle-méle cope^ soupe, houpe^ etc. (p. 87).

ni rancienne forme. On trouve proumesse {Marg. deNav., Aut. de 1526; Herm., C, I, 422). Soubgectz a été abandonné pour suie/.

3** A l'atone, là où Vo latin était fermé et libre, type nourrir (nçdrire) : souris *, nouer, soûlas.

Cependant commencer (cf. coumansé, Let. de H. II, dans les Let, deD. dePoit., p. 222).

4" A Tatone, là où Vo latin était ouvert et libre, et où dès le moyen âge g > o> ou (cf. tome I, p. 333, 4<*), type douleur.

Ainsi sont en ou : couleur, souloir, douloir, moulin, pouuoir.

Bien entendu, la graphie en o est constante : pouoyt. Voyez D. de Poit., Le/., XCVIII, Aut., p. 170, et ailleurs; chez Marg. de Navarre c'est presque toujours o.

Dans cette classe sont restés en o des mots savants ou demisavants : colombe (cf. coulombe, Marg. de Nav., Heptam., p. 517); colonne, volonté (cf. voulante, H. II, Let., dans Let, de D. de Poit., 222); volume (cf. voulume, Seal., Let., 288).

5® A l'atone, là où l'on avait en latin au, passé d*abord à g, puis à 0, ou, devant voyelle : type louer.

ouyans (Rsib., Garg., ch. vu, t. I, 29)-.

B) L'o qui s'était fermé depuis le xiii*' siècle allait-il rejoindre cet ou ? La prononciation, après avoir hésité, s'arrêta à ç. Ainsi cçste.

A cet ç aboutirent : l** tous les g <^ au latin qui se trouvaient devant une consonne autre que m et r ; chose, poser, povre.

2** Tous les g toniques placés devant un groupe de consonnes dont la première s'était amuie : hoste, pastenostre.

On trouve bien entendu ou : oust [=ost, J. d'Aut., Chron., IV, 69) ; patenoutres (Henr. II, Let. à D. de Poit., p. 224).

3® Tous les atones dans les mêmes conditions :

costé (cf. cousté, D. de Poit., Let., 1552, p. 100); broder pour brosder (cf. broudures, Lem. de B., III., Maresch., 1. I, ch. 35, g 5 r**); vos (adj. poss. ; vouz bonnes grâse, D. de Poit., Let., 100 ^).

O, — Sont restés avec un g ouvert : 1® les mots en g provenant d'un g latin tonique entravé : porte ; 2® ceux en g provenant de g

1. Cf. Qne la soris l'acier y peut ronger (Forcad., p. 28, v. 12).

2. Bien entendut dans beaucoup de cas, cette évolution se trouva contrariée par Texisience des mots où o n'était pas dans la même situation. D\»ù arrouse à cause de arroaser^ clos à cause de clore, donner à cause de don (cf. donné, Let. de H. Il, 1552, dans les Let. de D.de Poit , p. 221).

3. Ajoutons que on se confond toujours très souvent avec ou : s'accoastrent : monstrent (Lem. de B., Templ. Ven., III, 114), etc. On trouvera là-dessus des témoignages formels de Palsgrave, Peletier, Meigret, etc. (Thur., o. c, II, 511).

protonique entravé, qui était resté entravé en français : porter ; 3® ceux en p provenant de au devant r, m.

1) corde j girofle^ orde^ ordre ^

2) corvée^ porreau.

3) or.

On les trouverait à peu près tous, sauf ceux du groupe 3 avec ou au XVI* siècle : concourde, couruée^ pourreau^ etc. Baïf écrit o) : l(ùrs ke (v. 62); iùr félin (Ps., 332); ft^rt (351); flagi^rnet (373), etc. 2.

Les hésitations dont on présente ici Taboutissement ont été — sauf pour les mots où p provenait de au — très longues, et elles se sont compliquées d'une mode qui faisait dire indifféremment ou pour 0, aussi bien dans chouse ^ et dans repous que dans roue. Un nombre considérable des calembours du temps repose sur o = ou. C'est à cette condition qu'une demoiselle peut entendre qu'on vient lui emprunter le boudin de son mary, pour le Bodin dont se servait l'honorable président, etc. (Voyez Tabouret, Big.^ &1 r*> et passim).

H. Estienne {DiaL, Remonstrance), Tabouret {Bigarr.y 66 v*), d'autres encore ont fait la guerre à cette « courtisanerie des nouueaux proferars » qu'on trouve partout. L'hôtel de Rambouillet battait son plein qu'ils n'avaient pas encore gain de cause. On chousait encore comme du temps de Henri H *.

1. Échappent naturellement à ces règles les mots savants : escoUj miséricorde, mode, cuêtode, etc., ou italiens : banqueronte, chionrme^ etc.

2. Fourmi <ifurmica {App. Prob., 25 ;Marot, dans la môme pièce, écrit formis et fourmis, III, 89) ;pource2 <i purcello (Gl. Cassel, 82); tourment, tourner ont déjà cette forme en a. fr. d*après leur étyraologie. Ajouter fournaise,

3. Chouse se trouve déjà au xv* {Rond,, CXXXII) et souvent ailleurs.

Page 1