RÉACTION DES FORMES DU PLURIEL SUR CELLES DU SINGULIER
Le lien normal étant rompu entre le pluriel et le singulier, on voit les formes du pluriel réagir de plus en plus sur le singulier.
Les noms en al où l'alternance a/, pi. aux, reste sensible, offrent peu d'exemples de au au singulier. Celles qu'on trouve semblent patoises :
Qui ne dit dea ne hurehau Pourroit-il toucher son cheuau (R. de Coll., OEuv., 112); Le franc archer de Paris se disoit Fils dvn marchand des bateaux capitaine, Lui corporiau, son oncle porte enseigne (Ch. du fr. arch., Ler. de L., II, 275).
Dans les noms en el, la réduction à eau est faite. Déjà Palsgrave considère comme vieux pel, agnel, et, à la fin du siècle, Tabourot rebute également : mantel, ioel, coustel, tumbel, anel. Il n'admet plus que : pincel, moncel, morcel, seel, vaissel, boissel, sauterel, torel, pastorel, qui ont disparu depuis. Disparus aussi : iouvencel, oisel, chastel, ratel, tonnel^, et cela dès avant le xvii® siècle.
1. Il n'y a pas lieu de tenir compte de Tintroduction des mots comme nuLrtelf ce sont des italianismes (Voir H. Est., Dial., I, 113).
On rencontre oysel (Mar., II, 77) ; tombel : Luciabel (Id., II, 217) ; en la terre la pcZ (R. de Coll., Œuv,, 165). Mais pourceau (Mar., m, 16); /i/mAcai/(Id.,II, 224,229,230, 234). Tombeau est même un titre de poésie usuel au xvi® siècle.
On trouve la rime sourd : ainsi (Montchr., R, d'Esc,,, ., OEuv,, 91, P. de J.).
Pour les noms en euil, il y a des exemples à'escurieu dans Marot (par ex. 1, 206. Cf. escureaUy Corroz., Hecat,^ p. 135).
Des formes tirées des pluriels verroux, genoux, tendent aussi à se répandre. Palsgrave préfère déjà poul, genoul\ mais le changement fut très lent. Rabelais par exemple ne dit jamais verrou, non plus que pou ou genou, mais genouil, et même par graphie inverse, au pluriel, genoilz (cf. p. 295) ; Marguerite de Navarre a aussi genouil (Nouv, Ici. in., 53) ongenoul {ib,, 37). De même Marot genoil (I, 40 ; I, 155, 216); Le Loyal serv. (p. 76) : genoil. Au commencement du xv!!** siècle, genouil est encore accepté par les grammairiens, ainsi que verrou il. J'en parlerai au tome suivant.
On dit cou, licou, quoique Torthographe étymologique col, licol, soit de beaucoup la plus répan^lue.
DOUBLE FORME DES ADJECTIFS, — Dans les adjectifs en el reste une double forme : nouueau, nouuel. Ici, en effet, la question se complique. Les adjectifs ont un féminin qui tend à maintenir la vieille forme nouuel d après nouuelle, Nouueau ne se trouve guère que devant consonne, il y est souvent remplacé par nouuel : nouuel langage (Mar., III, 41); nouuel est plus fréquent devant voyelle : ce noi/ae/ an (Id., II, 211)*.
De même pour beau : ce beau dicté (Mar., II, 88); en bel arroy (Id., I, 241 et part.); il est bel a voir (La Boet., OEuv., 18, 5).
Ou est sans doute la prononciation usuelle dans les adjectifs fol et mol. Mais les graphies en l persistent : ie suis bien fol (Mar., I, 185); fol désir [Id., II, 145); le mol filz de Venus{\A., III, 137).
Et la prononciation mol est parfois assurée ; Sainct-Pol : mol (Mar., I, 142).
Le plus curieux exemple de ces hésitations est fourni par l'adjectif vieux. On l'emploie au singulier sous les formes vieux et vieil, mais point comme aujourd'hui, car on place vieil devant des mots qui commencent par consonne aussi bien que devant les autres.
1. Il ne faudrait toutefois pas croire Tusage plus régulier qu'il n'est. A la fin du siècle, de Laudun d'Aigaliers écrit encore : un nouueau escalier (1. I, Au lect.^ p. 44). J'en reparlerai au xvii" siècle.
Chez Marot: ton vieil cousteau (III, 69); le vieil marquis (I, 72); vn viel routier (II, 95), etc., aussi bien que viel homme (II, 96). Cet usage se retrouve partout ; le viel lubrique (R. de Coll., QEuv., 237); le vieil Testament (Id., ib., 134); vieil faict (Saint- Gel., II, 150); vn tant vieil cheualier {Amad,, 1. I, f® xx v<>) ; ie ne suis pas sivieilquondict{GTe\.y Les Esb.^ a. i, se. ii, ^1. th, fr,^
IV, 238) ; d'vn vieil Mcnandre (Jod., Euq., ProL, A. th. fr., IV, 6) ; l'exemplaire est estimé le plus vieil (Jos. Seal., Le/., 245) ; le plus viel des troys (Nie. de Troyes, Par., 37) ; le vieil Testament (Vigor, Serm. cath., 48) ; ce viel taquin (Lar., Esp., a. ii, se. i, A, th. fr.^
V, 220); vn vieil routier {C Fouc., Ep. d*Arisé.^ 7) ; en vieil langage (Fauch., Orig. de la l. /., 535 v^)!.
Dans quelle mesure ce maintien de vieil fut-il favorisé par l'opinion des grammairiens que vieux est vulgaire (H. Est., Hyp.y 145)? Il est difficile d'en juger 2.
Au pluriel, à côté de la forme vieux, on rencontre vieils : plusieurs viels et deuots (Nie. de Troyes, Par,, 268); que vielz houzeaulx (Rog. de Coll., Œuv., 195) ; Hures vieilz et antiques (Dolet, II Enf., p. 8) ; aucuns des vielz maistres d'ostelz du Roy (J. d'Aut., Chron., IV, 178); vieiU Gaulois (Fauch., Orig. de la l. /, 535 v«); c'a esté ou les vieils defailloyent (H. Est., ApoL, I, 34).