III. ORTHOGRAPHE DU PLURIEL
Dans les substantifs terminés par s, x, z au singulier, la forme reste la même au pluriel, de l'avis de tous les grammairiens.
Toutefois, suivant en cela Meigret (36 r®), d*après lequel les substantifs en s peuvent indifféremment, au pluriel, conserver cette s ou la changer en s, Cauchie déclare (1570, p. 78) : « Interdum migrât s inz productœ uocalis indicem, nam pluralis numerus fere semper productior est singulari » ; et il cite comme exemples : propoZj criz. En 1576, 97, il dit simplement : « nonnumquam tamen s vertitur in z : propos, propoz ».
1. Ajoutez que le singulier hésite entre vieil et vielf comme on a déjà pu le supposer par récriture des exemples. Cette dernière forme est du reste donnée non seulement par Sylvius, mais par Meigret (35 r").
2. Vieux se trouve aussi, naturellement : landis que tu esvienlx : enuieux (Mar., I, 186); devant voyelle : en vn vieux exemplaire (Seal., Let.y 10}.
J*ai relevé aussi l'orthographe vielz: Et d'vn vielz psauliier enfumé (Coll., OEuv., 111).
Pluriel des noms terminés par voyelle. — !• s er z. — Les mots terminés par voyelle prennent en général s au pluriel, des mercys (Palsgrave, 67, 179; cf. 296; Sylvius, 95; Meigret, 36 r*»; Pillot, 9 v«; R. Estienne, 15; Garnier, 8, 87, 88; A. Mathieu, Sec. rfer., 14 v«; Gauchie, 1570, 77).
MOTS EN É. — Toutefois, Palsgrave déclare qu'après e, le pluriel est en z ; ex. : bontéj bontez. R. Estienne écrit de même lettrez, aimez (p. 16).
Dolet est tout à fait d'opinion contraire : « le te veulx aduertir en cest endroict d'une mienne opinion Qui est, que le, e, masculin en noms de plurier nombre ne doibt recepuoir vng, z, mais une, «, et doibt estre marcqué de son accent, tout ainsi qu'au singulier nombre. Tu escriras doncq' : uoluptés^ dignités^ iniquités^ uerités : et non pas uolupléz,,,, Ou sans é marcqué auec son accent aigu tu n'escriras uoluptez..,^ Gar, z est le signe de, e, masculin au plurier nombre des uerbes de seconde personne » {Man, de Trad,y 28, 29).
On connaît la règle mise sous le nom de Des Périers [OEuv,, 1, 160):
Vous auez tousiours s a mettre
A la fin de chasque plurier,
Sinon qu'il y ait vne lettre
Grestée au bout du singulier :
Et quand e y ha son entier
Bont^ vous guide a ses bontf»z.
Si vous suyuez autre sentier
Vos bonnes notes mal notez.
Garnier hésite entre les deux formes : donnez (18), chantés (82). Abel Mathieu [Sec. dev.y 23 r^) : esté fait « au nombre » de beaucoup (au pluriel) estez, par s, ou par s, car souuent l'une va pour l'autre. De même, Gauchie après avoir déclaré que le pluriel se fait « a singulari, adjecta litera^ », donne comme exemples: facultés \e\ faculteZy 1570, 77, et 1576, 98, beautés vel beautez. Lentulus, enfin, écrit toujours avec z le pluriel des noms en é : aie, alez, 73 ; donné, donnez, 91 ; de tous costez, 110.
Pillot constate les hésitations de l'usage, toutefois il signale que es tend à prévaloir : « Vulgo solet addi z sine accentu, recentiores s tantum addunt, retento accentu », ut lettré, lettrés (9 v**).
Quoique l'usage inclinât vers es, les grammairiens du commencement du XVII® siècle tiennent encore au z (Voir Maupas, 99 ; Soulatius, 16; Bernhard, 39j. Le fils de Maupas, en 1638, voudrait encore réserver sk ne féminin brief » (p. 104)..
MOTS EN U. — Quelque chose de rindécision que nous venons de voir pour les mots en é se retrouve dans les mots en u,
Meigret écrit cocuz, 36 r® , mais sans formuler de règle ; Pillot donne rompus vel rompuz cum 2, 55 V* ; Abel Mathieu, 28 r*>, \x propos du pluriel de veu^ donne les formes veus ou veuz^ et ajoute « plus souuent z que, 5... combien quelles soyent de mesme son et prononciation ».
Garnier, après w, donne toujours s. Cf. : fcu, leus^ 87-88.
2° s ET X. — Loi fait au pluriel loix (Palsgrave, 180).
MOTS EN EAU, EU, OU. — Palsgrave essaie d'établir, d après Tétymologie, une distinction pour le pluriel des mots en eau ; ceux qui résultent d'un changement roman de / ou el en au, ou, eau, ont un pluriel en aulx : thoreaulx. Au contraire, les mots en au et eau ne dérivant pas d'anciens mots romans en / ou e/, ont un pluriel en aux ou eaux : raynceauXj p. 180 !
Sylvius accepte ceu-aùs ou ceu-Sùls (98). Pillot, de même (9 v®). Robert Estienne garde / (16). A. Mathieu sait bien qu' « en lescripture de plusieurs, / s'entremet a u et x ou 9, il lairra faire les myeulx avisez » (Sec, Dev,, 15 r*»). Gauchie (1576, 99) signale / étymologique chez les anciens, mais opte pour cheuaus.
Pour les mots en eu, Palsgrave établit une différence entre les adjectifs, qui font leur pluriel en 8, p. 296 : meneu^ meneus^ et les substantifs, qui font leur pluriel en x (180).
Abel Mathieu (o. c, 14 v®), déclare simplement que le pluriel des mots est quelquefois en x, spécialement quand u est la dernière lettre : oyseau^ oy seaux.
Gauchie pencherait pour s (1570, 77, 78). Gette façon lui parait plus moderne : « Singularibus in au et eu uetustas potius, x quam « asscripsit : veau, veaux; ieu, ieux, quœ neoterici per s scribi malunt. » Et en 1576, p. 98, il étend la remarque aux mots en ou (98). (Notons que pour lui cheueux est le pluriel de cheueul (1570, 78).
Ramus, réformateur, indique comme pluriel du singulier heureu un pluriel heureus avec «, 59.
Maupas donnera en règle générale que les noms en eau, eu, prennent x : eau, eaux; feu, feux (100). Les noms en ou, au contraire, s : clous (ib.) ^ Palsgrave était pour eZoua? (180).
Pluriel des mots terminés par consonne. — Palsgrave maintient partout la consonne finale devant s de flexion; mais il fait deux catégories : 1° les mots terminés par /*, gr, t, (non précédé