‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 146 sur 248 · POSSESSIFS · texte numérisé non relu

POSSESSIFS

i\OS ET NOS TRES. — Le xvi® siècle achève la distinction entre les formes adjectives et les formes pronominales du possessif. Palsgrave s y trompe encore en donnant les noz, les voz, comme pluriel de le, la nostre; le, lavostre (80)*. Mais Meigret signale déjà la prononciation différente de nos, vos par y ouvert, et de nôtres, vôtres par ç fermé (47 v®, 60 r**). Sans marquer la nuance de prononciation, les autres grammairiens séparent nos et nostres. Si Ton ajoute que, au singulier, la forme nytre est très souvent abrégée en not dans la prononciation 2, par suite de la position proclitique de Tadjectif, on voit que le français, sans avoir suivi le picard dans l'extension de la forme vo, n'en arrivait pas moins à se faire deux séries de formes distinctes, les unes adjectives, les autres pronominales, npt[re) à côté de notre, vpt{re) à côté de vçtre, nos, vos à côté de nçtres, vôtres.

MON, TON, SON, AU FÉMININ. — Le changement de m' en rnon devant les noms féminins commençant par voyelles est définitif. Les grammairiens sont d'accord (Palsgr., 347 ; Sylv., 94; du Wez, 923 ; Meigr. , 59 ro ; Pillot, 19 r« ; R. Est. , 29 ; Garnier, 38-39 ; Gauchie, 1570, 14; Ramus, 147-148).

Il n'y a plus que des discussions de détail sur l'opportunité d'employer ni'amie ou ni amour, Palsgrave montre là-dessus des délicatesses, mais les autres grammairiens sont plus indulgents à ces vieilles formes (voir aux passages cités plus haut).

Dans les textes, ni amie est commun au commencement du siècle.

Il est à chaque page dans Marot, 111, 40, 48, 51, 62, 64, etc ,

m'amour n'est pas rare non plus (I, 115; H, 175; III, 8; 57). Tamie est moins banal (Mar., I, 127; III, 70). Gf. t' amour (II, 157, 160, 177, 182; III, 36). S amyc est chez Marot (II, 62, 90, 188; III, 13, 232); sam<>ur également (I, 109; II, 79, 96; III, 61).

Mais ce qui montre bien quil s'agit là de particularités, c'est que le même Marot emploie régulièrement mon, ton, son devant les autres substantifs : par mon ame (I, 207) ; son alaine (II, 159) ; son escole (11,171) ; et même ton amour (11, 155, 157); mon amour (III, 29).

1. C'est l'usage du xv* qu'il suit ici. Nostres y était encore adjectif, et nos pronom : a nostres piez {Leg. de S. Anth.,, 33); ce tousiours soit deuant nostres y eu Ix {ib.}. Le Bourgeois de Paris écrit: Ils tuèrent enuiron vingt de nos (334). Y a-t-il un mot passé ou faut-il lire nous ?

2. On trouve cette prononciation lii^urce dès le xv" : Ha! par te Sainct iour Dieu not dame ! {Farce du pont aux Asnes., Fourn., Théàtr., 153, 1). Cf. à la Phonétique, p. 273.

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