I. Cf. F. Brunot, i)oc
cf. 1. VII, ch. 5, t. I, p. 698 D, I, 701, 702 A, 707 C, 708 B, etc., etc.) ; a la vérité la drogue de cestuy estoit souueraine [Texte ms de la AI é nippée, éd. Giroux, 15) ^
ICELUY- — Les formes lourdes : iceluy, icelle^ iceux, icelles sont encore données par les divers grammairiens : Palsgrave (75, 82), Sylvius (105), Pillot (15 r»), Garnier (43-44), Meurier (fir. instit., 39 v«), A. Matthieu (19 r°). Gauchie (1570, 85, 92), Lentulus (31, 97, 99). Gependant Meigret dit formellement (56 v**) que les courtisans n'en usent pas communément, « ce sont plutôt relatifs vzurpez par Iç' praticiens », il leur préfère le la les relatifs. Ramus (145) reproduit cette remarque. Enfin Gauchie, qui avait donné iceluy et iceux dans son édition de 1570, ne les donne plus à l'endroit correspondant de l'édition de 1576.
Il faut donc prendre garde que, si nous les trouvons avec fréquence dans certains textes, c'est vraisemblablement l'habitude de la pratique qui les y a introduits. G'est ainsi qu'ils sont usuels dans Pasquier (1. VIII, ch. 3, 1. 1, p. 774 B, etc.) ; dans PalmaGayet(C/iro/i. sept,, 32, 2); dans L'Estoile [Journ, de H, III, 35, 37, 39, etc.), et jusque dans les lettres de Henri IV, pour peu qu'elles aient un caractère administratif. Même observation pour Du Vair (332, 31, 371,17).
Toutefois ces mêmes formes ne sont nullement rares dans des écrits de langue commune. Sans parler de Rabelais, on les rencontre dans Dolet, Man. de trad., 12, 14, 15, etc., dans YHeptaméron, éd. Jac, 516, dans Nicolas de Troyes [Par., 151), dans Noël du Fail [Eutr., II, 15, 78), dans Larivey [Jal., a. i, se. n, A. th. fr., VI, p. 16), dans Diane de Poitiers [Let., LXXIX, p. 136), dans H. Est. [ApoL, II, 26).
Elles sont aussi chez des poètes comme Marot (I, 39, 89, 101, 105, 115, 203; II, 173; III, 103, 140, 154, 198, etc.) et quelquefois chez Ronsard et les siens (Lex. de M.-Lav., I, 297).
Toutefois, l'assertion de Meigret me paraît [mériter toute attention. Les textes gardent icelui, parce qu'il y a dès ce moment séparation profonde entre la langue parlée et la langue littéraire -,
1. Ceslay reste tout à fait usuel avec ci et là : Cestui-ciauoit demAndé d'estremU en sentinelle (d*Aub., CEuv., II, 265, éd. Réaume et Causs.; cf. 241); vne $i bonne mère... qui sur tout chérissait cestuy-la (Mém. Marg.^ 11, éd. Lai.) ; cestuy-ci est Vvn des condemnex, homme de notable vertu (Mont., 1. 1 , ch. 3, t. 1,25, éd. Louandre) ; msis parmy ces humeurs^ il auoil cetle-cy (ihid.^ 21) ; comme il feit beaucoup de choses pour complaire au peuple y il feit ceste la bien mal (Meigret, Off. Cic., 1547, p. 1M5).
2. Ledit, ladite, qui avaient failli devenir de véritables démonstratifs, entrent alors dans la même décadence qu '('ceint ; ils se trouvent encore très fréquemment dans les textes, par exemple danà Rabelais {Garg.y ch. 6, t. I, 27, etc.).
Iceslui n'est donné que par Palsgrave, et comme dépourvu de flexion (75, 82). Il voudrait dire, d'après lui, ce même homme et non, comme ce^^ai, cet homme.
KKLATIFS
Qui et que, — Le trouble que j*ai signalé dans la déclinaison du pronom relatif au xiv* et au xv® siècles dure encore au début du XVI*. La vieille forme du féminin [l**) et du neutre (2^) que s'emploie toujours (cf. Hug., Synt, de Rab,, 116-119).
1** Cest vne chose que ne dure guayres (Palsgr., 125); la roigne que vient aux testes des petitz enfants (Id., 432); la mort que luy deuoit aduenir (Seyss., Suce, d'Alex. ^6) ; quelle chose as-tu que tu naye receu, cest a dire que ne te ait esté donnée (Lef. d'Et., Pref., 2* p., .V. Test,, 1523; Herm., C, I, 162) ; la plus grande triumphe que iamais en France fust veûe (J. B. P., 85) ; Gardons nous d'ingratitude Qu'est moult desplaisante a Jésus [Ch, hug. , LXXX) ; pour la perte de la marmite quest renuersee (ib,, 457); la S, EscripturCy que doit estre la table en laquelle,.. (F'ar. aux lect., Herm., C, I, 248); vne dent,,. Que par V acier de tomber ne soit preste (Corroz., Hecat,, p. 73).
2** Quest ce que vous reueille ? (B. An., Lyon march., A. 3 v**) ; ce que se trouua encores en nature de leurs biens (Seyss., Suce. d'AL, 24 v"); ce que nest vraysemblable (Rab., I, 30) ; que pis est (Id., liv. I, ch. 25, t. I, p. 97. Cf. liv. I, ch. 32, t. I, p. 1) ; ce que plus-tost entre aux cueurs /emewm* (Mar., II, 109); ce qu'est sans foy nest rien qu ordure {Ch. hug,, LXXVII, 1533); ce quauient a tous ceulx (Du Bel., Def., H, 5, éd. Ch., 243); ce queiour et nuict tourmente ma pensée (Saint-Gel., III, 163).
On le trouve aussi, quoique plus rarement, au masculin : n'y a corps humain,,. Que ne s'en voise (Corroz., Hecat , p. 91). On le rencontre de même au pluriel masculin ou féminin : ses leures corallines et bien ioinc tisses que délies mesmes sembloient semondre vng baisier (Lem. de Belges, ///. des G,, 1. 1, ch. 33); les grans pardons que estoyent aux frères mineurs (Palsg., 432) ; les simples que ne sont point exercittés en la S, Escripture (Far. aux Lect., Herm., C, I, 247); Picards j Normans, Bretons, Que tenez les frontières [Ch, hist., Pic, /?. h. /., 1894, 300) ».
l. On trouve souvent dans les textes qu\ A en croire Sebilet {A. poel.. 20 r«), il serait toujours pour que^ car si «« ques se trouue en auteur prouué, ic dy qu'il est de que est^ et non de qui est». Il faudrait y voir de près. En tous cas. les textes populaires ont souvent qu, où il n'est pas bien sûr qu'il remplace qui, bien au contraire : H y h en cesle armée Tant de braues soldats Qu'endurent et pastissent (Ch. de 1583. Ler. de L., II, 395); (Tesl du grand duc de Guise, Qu'est mort et enterré {C h. hug., 254).
Les écrivains gascons conservent que beaucoup plus tard : touz ceulx que y viennent en gênerai (Montluc, Lett.^ 158, t. V, p. 74).
Inversement, on rencontre encore qui pour que. Nous en reparlerons à la syntaxe.
Cependant, dès la deuxième moitié du xvi* siècle, l'état moderne se prépare. Rob. Estienne (27) donnait encore que relatif sujet, Meigret (57 r®) disait même plus explicitement, en parlant de quoi relatif : si nous voulons lui bailler un nominatif, nous dirons qu'il est le génitif de que.
Or, à la fin du siècle, la doctrine des grammairiens a complètement changé, et Maupas prononce d'ime manière très générale : « Que, vray relatif, n'est point nominatif, c'est y «i, et regarde tant les personnes que toutes autres choses que l'on peut signifier par substantif antecedant » (156). Malherbe croit aussi qu*il faut qui dans ce vers de Desportes : L'outrage du malheur se peut il endurer, Que si cruellement nous arrache d'ensemble ?
A partir de ce moment, on peut donc considérer comme restaurée une déclinaison réduite du relatif, avec un nominatif yui, semblable à tous les genres et à tous les nombres, un régime direct que, également commun aux trois genres et aux deux nombres, et un régime prépositionnel qui, en concurrence avec les pronoms adverbiaux.
L'établissement normal d'une déclinaison paraîtrait bien étrange à une époque où la déclinaison achève partout de disparaitre, s'il ne s'expliquait, à mon sens, par des raisons très fortes, qui du reste font en même temps comprendre poxu'quoi ce n'est pas l'analogie des formes en que qui a prévalu.
Qui est, comme il, très souvent sujet du verbe ; il a, conmie lui, besoin de distinguer sujet et régime. Il se prononce comme il (où / ne sonne pas), même au pluriel (car s est orthographique et / ne sonne pas devant consonne). Dans ces conditions s'exerce une analogie inverse de celle qu'on a signalée à l'époque romane, et i{l), le maintient qui, que, sans toutefois que cette analogie soit assez forte pour entraîner reformation des régimes féminin et pluriel.
Lequel. — J'ai dit ailleurs quel développement avait pris lequel, et comment il servait à diverses constructions toutes latines. Au XVI* siècle, il devint, s'il est possible, encore plus répandu ; tous ceux qui écrivent, ignorants comme savants, s'en servent, Montluc aussi bien que Rabelais :
De laquelle race peu furent qui aimassent la ptissane, mais tous
furent amateurs de purée Septembrale. IVason et Ovide en prindrent leur origine. Et tous ceulx desquelz est escript : Ne reminiscaris. Au lires croissoyent par les aureilles^ lesquelles tant grandes auoyent (Rab., Pant,, ch. 1, t. I, 221-222).
Et luy mennay sept a huict cens hommes.,, monsieur d'Aussun en demanda la moitié pour dresser sa compaignie^ ce que luy accordis. Et fismes nostre partaige auprès d^ Alexandrie^ après la prinse de laquelle monsieur de Lautrec enuoya messieurs de Gramond et de Monpezat assiéger le chasteau de Vyjeue^ deuant lequel^ en /aisant les approches et les tranchées pour mettre V artillerie^ ie feuz blessé d'vne harquebuzade par la iambe droicte^ quifeust cause que ie demeuray boyteux fort longtemps... de sorte que ie ne pus estre à Vassaut qui se donna a Pauie, laquelle feust emportée et demy^ bruslée (Montluc, I, 77-78).
L'abus qui en est fait commence à éveiller des plaintes. Gauchie accuse lequel d'être la ressource des gens qui tirent à la ligne *. On sait que Malherbe le trouve peu élégant et le barre partout dans les vers de Desportes. C'est le commencement de la décadence, elle ne se marquera cependant qu'au xvii* siècle.