PLURIEL ET SINGULIER
A VINDICATIF PRÉSENT, — La forme du pluriel tendit très sérieusement à se substituer à celle du singulier : Vallons ^. Cet usage, visiblement emprunté aux patois, paraissait à Palsgrave très général (331). « In comune speche they use to saye : le allons bien^ ie ferons bien. » Il ajoute que cela est d'auteurs non approuvés.
Meigret condamne (p. 53 v®) ce solécisme qu'Henri Estienne trouve populacier (Hypomn.j 211). Ramus y voit un francisme irrégulier, mais qui a des chances de durer (164-165). Cet usage a laisse peu de traces dans les textes ; mais cependant Talbert cite une phrase de la propre sœur de François P*" : Fauons espérance qu'il fera beau temps, veu ce que disent les estoilles que lauons eu le loysir de voir (Du dial, blaisois, 288). Nicolas de Troyes en offre de nombreux exemples : toute la gageure que Vauons fait (209).
Et j'en ai trouvé d'autres dans des textes populaires : / auons aussi bien de quoy disner chés nous, que luy (Cord., Corr, serm. em., 113 B) ; En leur disant : Adieu, F auons perdu noz peines (Ch. de 1540, Ler. deL., II, 129); Trop longuement Vons attendu [Ch, de Marcel, prévôt, Ib., II, 296); Le sang bieu, len auons pour vne (Parce de^2 j. fem,, v. 297, Picot et Nyr., p. 113).
Ce tour ne disparut que lentement, et, au xvii® siècle, le satirique Du Lorens se moque des seigneurs qui le gardent encore : A-t-il dit a la Cour : « Parla, Vauons esté » (Sat. XXVI) ^.
Nicolas de Troyes fait même dire à deux paysans : le nous sommes adressés pardeuers vous (Par., 88); cf. le sommes plus de cinq cens (Ch. de Marcel, prev. 1570, Ler. de L., 11,295), et Quant ie partismes de Guy se (ib., II, 120).