II. — PREPOSITIONS
Formes vieillies. — Un grand nombre de prépositions vieillissent :
Ains : mille ans ains sa venue (Marot,dans Darm., Le XV I^ siècle, p. 283). Ce mot est presque introuvable en qualité de préposition.
Atout est encore très usuel dans les deux premiers tiers du siècle : Puis a tout son baston de croix guaingna la brèche quauoient faict les ennemys (Rab., Garg., ch. 27, t. I, 108); il se rameine luymesme atout son tabourin a V église (Des Pér., Œuv,, II, 192); atout vne boucle iaune (N. du Fail, Prop, rust.,l, 14); Et ne peut a tout son eau Noyer d'amour le flambeau (Baïf, II, 130 et 467, note 36) ; a tout les armes du desespoir consoler sa mort en la mort de quelque ennemy (Mont., 1. 1, ch. 1, t. I, p. 9, n. 1).
Dauant: dauant boire (Rab., Garg., ch. 26, t. I, p. 100); dauant leur roy [ib,) ; il est peu à peu remplacé par deuant.
Decoste :s€ ie me trouue decoste elle (Coll., OEuv., 142) '*.
Empres (voir aux Adverbes) : empres eulx (Nie. de Tr., Par,, 78). Encore commun chez Brantôme : ampres toutes ces expéditions (V, 139; cf. ib., 105, etc.).
Endroit survit quelque temps dans des locutions telles que : endroit mo/ (Mar., II, 160; cf. Id., ib,, 137); endroit soy (GuilL, Haudent, II, 9, G.) ; chascun endroit soy (La Boétie, La mesn, Xen,, 155).
Ensemble, encore fréquent chez Rabelais : ensemble eulx commença rire maistre lanotus (Rab., Garg,, ch. 20, t. I, 73; cf. Lex, M.-L., I, 228); lequel il menoit auec luy ensemble son second /Us (Dolet, Gesi, de Fr. de V., p. 69); y fis apporter vne barrique de vin, ensemble mon disner (Montl., dans Hug., Port, et réc, 192).
Fors, hors, La concurrence entre fors et hors dure toujours, mais ce dernier prend décidément l'avantage. Robert Estienne [Gr, fr,, 75, 76) dit : fors pro hors, et il le donne comme adverbe.
1. Encore au xvii* siècle : de nouveauté dans mon fait il n'est maille (La Pont., JugCj dans Littré) ; C'est que vous ne valiez maille derrière m4)i^ comme dit M. de la Rochefoucauld (Sév.,7 juin 1671, ib.).
2. Dernier pour derrière se trouve souvent chez les Gascons, comme Monlluc.
On rencontre fors tout communément : ie ne crains rien, fors les *^ dangiers (Rab., 1. IV, ch. 55, t. II, 464); fors les Moines (Pasq., Rech., 1. VIII, ch. 9, t. I, p. 782 A) ; fors une oraison d^Arnoul (Id., îi., I. VII, ch. 5, t. I, p. 700 A). On trouve aussi fors de (Mar., II, 184, 185).
Mais les exemples de hors abondent : hops lesquels les prophètes (N. du FaU, Eutr., II, 14); Iwrs de France (d'Aub., OEuv., II, 270, R. et Causs.); hors de mon cœur [Marg, de la Marg., IV, 104). Ce n'est toutefois qu'au xvii* siècle que hors prévaudra complètement.
Lez, donné encore parles grammairiens, Palsgrave (818), Meigret (118 v^, cf. delez employé par H. Estienne en rapportant un récit de Froissart (Z)ia/. fr. itaL, II, 40), tend à rester confiné dans certains noms de lieu. Saint- Victor-lez-Marseille. On le trouve dans Rabelais : vn petit port désert.., situé lez vne touche de boys (1. IV, ch. 35, t. II, 393; comparez : se tenoit de lez le comte d'Alençon, Nie. de Tr., Par., 47) ; mais dès la fin du siècle il a disparu. Nicot et Monet le conservent. Oudin le jugera antique (312).
O mérite à peine d'être mentionné. Ronsard, qui Ta trouvé chez Lemaire de Belges : faux espoir que i auoye d'vser Mes jours o toy (/"* Ep. de VAm. vert, CEuv., III, 4), a essayé de lui rendre la jeunesse, le préférant à auecques qid « donne grand empeschement au vers » (Rons., VII, 329, Bl.). Godefroy en cite deux exemples en dehors de la Pléiade : portant o soy de papiers vng pacquet (Voir à Od., t. V, 570, 1). C'est un mot dépourvu de vie au xvi® siècle.
Puis est encore préposition dans Marot, au sens de depuis : puis dix ans (II, 106) ; puis le temps de... (I, 143).
Sus ne faisant pas entendre s, et sur ne faisant pas entendre r, les deux prépositions se confondent. La plupart des grammairiens disent : sus ou sur (Palsgr., 137 ; Sylvius, 154; Meurier, Br. inst., 43 r®). Comparez le rébus 4 = a sué (Tabour., Big., 32 r®). Voir Thurot, II, 176. Dans les textes, «u« est fréquent, même après 1550: sus tant d'heureuses langues, sus tant de douces et scauantes pleumes (Tahur., II, 194; cf. Lar., Jal., a. i, se. 11, A. th. fr., VI, 14; Fauch., Orig. de la l. fr., 534 r^). Mais on ne sait s'il ne s'agit pas là de graphies, et si l'on n'a pas affaire à sur.
Formes concurrentes. — Tantôt ce sont des locutions prépositives qui prennent la place des prépositions déchues : ainsi a Ventour de, auprès de, qui se substituent à entour, emprés, comme un peu plus tard, a V endroit de, a V encontre de, aux enuirons de, etc., se substitueront à endroit, encontre, enuiron.
Tantôt ce sont des prépositions concurrentes, ainsi : /ior«, dans.
Dans n'apparaît pas chez Marot, mais le mot se trouve chez Saint- Gelais : dans le chasteau (III, 190). Il n'est pas dans la Deffence de Du Bellay, mais on le trouve dans les poésies de la Pléiade, en particulier chez Ronsard : attaché dans le ciel{Po, cA. , éd. B. de Fouq., 67) ; dans un marbre [ib., 77 ; et. 39, 50, 357, 358, 361). M. Laumonier (/?. h, /., XII, 239) a signalé que Ronsard, à partir de 1553, emploie « presque partout » (il y a là quelque exagération) dans au lieu de e/i.
Dans est ailleurs aussi ; affin qu'il se recrée, Dens le giron de son espouse nue (Pelet., Vers lyr,, 64 r**) elle est encores dans le lict [F, de 2 Jeun. Fem., v. 9, Rec. de Picot et Nyrop) ; aller prescher VEuangile dans France [Chans. de Eust. de Beaulieu, Ch. hug,, 104, 1546); ie mis aussi mes vaisseaux dans ledit fourneau (Paliss., 314).
Un peu plus tard elle devient très fréquente. On peut citer les Lettres de Scaliger : dens le texte (p. 58; cf. 68, 297, 330); les Mémoires de Marg. de Valois : dans chacune {de ces niches) (p. 9; cf. 21) ; P. Cayet: tellement que dans vn mois [Chron, sept., 52, col. 2); Passerat : la vérité dans toi se cache [Od,, I, 133); les Lettres missives de Henri IV (III, 225, 371, 388, 391, 397, etc.).
Bref, quoique dedans se dise toujours, dans est désormais une forme établie, dont le succès prochain se trouve assuré par le vieillissement des formes ou et es^ (v. à l'Article p. 276). ^
Désormais en ne se construira ni avec l'article masculin, ni avec l'article pluriel. Il durera encore longtemps avec le féminin en la, mais ne pourra guère se maintenir sous cette forme défective.
Voici, voila, forment décidément des composés dont la syntaxe ressemble à celle des prépositions, si bien que les grammaires usuelles les classent là. On en trouve encore les éléments séparés et parfois variables : veez en cy =: en voicy (Nie. de Tr., Par., 80) ; voi le cy venir (S*-Gel., III, 208); Tenez, m^istresse, Voy le la (Rons., I, 178, Bl.) ; aprochez, voy me cy (Id., IV, 285) ; Heure tant désirée. Mes filles, voy la cy (Du Bel., II, 423).
Mais le contraire est bien plus fréquent : voicy la remission du Roy {J. B. P., 191); voicy Voustil (Forcad., 17, v. 25); voyla Pompeius qui pardonna a toute la ville (Mont.,1. I, ch. 1, 1. 1, p. 7).
1. Des renseignements très précis, auxquels on pourra comparer ceux-ci, sont donnés sur Thistoire de dans par une petite brochure de Darmesteter : « Note sur V histoire des prépositions françaises en, enz, dedans, dans » (Paris, Leop. Cerf., 1885, p. 11 etsuiv.).
Dès le commencement du siècle, on voit dans une même page alterner les deux formes : veez en ci venir autre dix ou douze... voici tout le plus fin meilleur (Nie. de Tr., Par.^ 80). . Vecy^ vela^ encore fréquents dans Lemaire de Belges (///., Mareschai, I , 6, B 3 v») ; dans Marot (I, 279) ; dans Meigret {0/f. de Cic.y 56), se maintient par le passage de oi > ai > e. Les textes réimis par Thurot (I, 529-530) montrent bien qu'on faisait entendre § et non e sourd.
Inversement, il semble que maugrc tende à se décomposer. Les exemples en sont encore très nombreux : maulgré tempSy maulgré fer^ maulgré flamme y maulgré mort (Mar., 1,221; cf. II, 142,165, III, 51, 113, 121, etc.).
Mais on trouve aussi malgré (Id., Il, 119) K