‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 178 sur 248 · III. — CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

III. — CONJONCTIONS

Formes qui disparaissent. — A peu gue, encore chez Lemaire de Belges : a peu que tu ne fes me/fait trop malheureusement, se rencontre aussi chez Du Bellay : A peu que le cueur ne me creuve (II, 353). Il sera condamné par Oudin (304).

De quoy, au sens de : de ce que, est encore tout commun dans Montaigne.

Dont, au même sens, est encore commun chez les premiers écrivains du siècle : si s'esbahit dont... (Mar., III, 190 ; cf. III, 131) ; ainsi il fault.... Vesjouyr dont Pan est a son aise (Marg. de Nav., Dern. /)o., 60 ;cf. 179)2.

Empres que : Ampres que ce gentilhomme m'eut tout conté, ie ne luy peusque dire... (Brant., IX, 282, éd. Lai.).

louxte que se lira encore dans Tabarin : Le neud qui tenoit ceste alliance si serrée et en son point vertical de bon heur se deslie et renuerse ces pauvres gens au nadir de malheur ; iouxte aussi que quant vn homme est porté d'vne cupidité et auidité des sens, après hyurognerie... ruine la maison [Invent, univ., Dial. 7, t. II, p. 40).

1. Comparez Texpression correspondante bon gré : bon gré ma vie (Mar., III, 34\

2. Ce même dont se confond toujours avec donc : dont après, son filz s*en vint rendre en France; dont le Roy luy bailla la charge et garde de ladicte ville^ pensant qu'il deast estre bon et loyal^ et la garda par quelque temps; dont apres^ par suborïïiation il la rebailla es mains du dict empereur (J. B. P.j 92).

Mais ce n est qu'une apparence, on doit analyser jouxte ceci que: jouxte est en réalité ici proposition. Jouxte que ne se rencontre ni dans Rabelais, ni dans Ronsard, ni dans Montaigne.

lusques et iusques que éiaLieni encore très communs au xv* siècle : si cheuaucha si fort iusques quil vint devers le roy (/. de Par., 38); Madamoy selle, ne vous bougez iusques ie le vous diray [ib,, 83). Ils semblent disparaître au xvi" siècle devant iusques a ce que.

De mode que est commun chez Rabelais (l. III, eh. 51, t. 11, 238, l. IV, ch. 3, ib., 278; ib,, ch. 5, ÎA., 287; lA., ch. 12, lA., 310, l. V, ch. 38, t. III, 147), chez Montaigne : de mode que personne ne scache leur naissance (I, 43; dans Voizard, Lang. de Mont,, p. 14S), chez Larivey : de mode quil ny peut entrer ame viuante {JaL, a. i, se. ii, A. th. fr,, VI, p. 17 ; cf. îA., se. m, p. 30). Il durera, sous Tinfluence de l'espagnol, pendant quelque temps, mais disparaîtra au commencement du xvii® siècle.

Soudain que passe d usage : soudain qu'elles sont a nous, nous ne sommes plus a elles (Mont., l. III, ch. 5, t. VI, p. 17) ; soudain qu'il reçoit quelque humidité (Paliss., p. 28) *.

Subit que : subit que M. de Guise vid Vartillerie assise (Paré, ApoL, Voy. de Metz):; subit qu'il est nay (Id., ib., Génération, p. 600).

De tant que : le ne scay si ce seroit sagesse : de tant qu'on Coste de la ou il faisoit bien pour l'auancer en lieu ou il pourra mal faire (La Boét., Serv., f<» 84 r*>, 1578, G.) ; ce fut vn prétexte pour le chasser, de tant qu'il fauorisoit aux Orleannois (Pasq., Rech., 1. III, ch. 29, t. I, p. 278 B). M. le Maréchal se trouua fort fâché ...de tant que cette courtine lui demeurait ouuerte (dans Hug., Portr. et Réc, 191).

Sur tant que : le vous prie sur tant que vous m^aimés et que désirés Vaduancement de mes affaires en ladite prouince, de vous y rendre au plus tost {Lett. de Henri IV, 27 jum 1591, III, 406).

Si que ne sera condamné que par Vaugelas (II, 160), mais son composé />ar tel si que, quoiltpie dans Maupas (374), tombe en désuétude. Encore très usité au xvi® siècle : lequel pour lire ie vous Hure par tel si que vous me le rendrez (Des Per., 1544, p. 181, G.); le larrecin y estoit action de vertu, mais par tel si quUl estoit plus vilain qu'entre nous d'y estre surpris (Mont., 1. I, ch. 14, t. I, p. 76.

1. Il devient très rare au xvu* siècle : soudain qa'eUe m'a vn^ Ces mots ont éeUté d'an transport imprévu (Corn., Veuve, a. IV, se. I, v. 1181-2, t. I, 460).

On trouve quelquefois au xvi* siècle soudain comme préposition : sottbdsiin ce propos entendu (Kab., Garg.^ ch. 18, t. I, p. 68).

NE ET NI. — Ne tend à disparaître devant ni. Il est encore habituel dans Rabelais, VHeptaméron, Noël du Fail, et se retrouve chez Amyot : il nauoit iamais trouué homme qui seusi tant comme lui, nequiparlasl moins (Amyot, Œuv. mon., 25 V» E; cf. 2 v<» E, 4 i^B, 5 V» E, 7 r* A, 25r*> B, iO V> G) ; chez L'Estoile : desquels on ne peust onques scauoir les noms ne Ventreprise (L'Estoile, Journ, de H. III, 362) ; chez Du Vair : ne demeurant rien ferme ne stable que le Théâtre (Du Vair, 360, 34).

Mais ny est déjà beaucoup plus fréquent, surtout dans la seconde moitié du siècle. Il est constant chez Rivaudeau et chez Meigret : ny auz affaires publiez, ny priuez, ny iudiciaires [Off, de Cic., p. 4); ie respondis n auoir ny volonté ny eslection que la sienne {Mém, de la reine Marguerite, p. 24, éd. Lai. ; cf. ib., p. 3, 12, etc.); encor que les Ecritures Canoniques ne nous apprennent pas a reconoistre ni l'autorité de V Eglise Romaine, ni les traditions (d'Aubigné, t. II, p. 244, R. et Causs.).

Souvent les deux formes sont en concurrence : ne pour débattre, ny par aucun droit pu bliq {Meigvei, Off. de Cic, p. 45) ; ne saueur, ny vertu, ne odeur (Paliss., p. 20, édit. Cap) ; car je ne voudrois que l'enfant fust présomptueux, ni aussi estônné, ne par trop craintif (Amyot, QEuv. mor,, 4 v^ F) *.

Sens vieillis. — Dans certaines conjonctions qui subsistent, des sens, autrefois usuels, sans disparaître, deviennent plus rares ; ainsi dans pourtant, puisque les sens de pour cela, après que :

Respondent.., quil n'auoit la veue tant bonne comme de coustume,,. Pourtant ne congnoissoit il tant distinctement les poinctz des rfe2(Rab., 11,186; cf. Id.,I, 149, 371 ; II, 353, 356; 111,193, 352); Cest le vray auantage des dames que le corps ; les discours, la prudence et les offices d'amitié se trouuent mieux chez les hommes : pourtant gouuernent ils les affaires du monde (Mont., 1. III, ch. m t, V, p. 226 et 227)?.

le ne vous auois oncques puys veu que iouastez a Monspellier,,, la morale comœdie de celluy qui auoit espousé vne femme mute (Rab., 1. III, ch. XXXIII, t. II, 167).

1 . Ne ou ni continuent à remplacer et chaque fois que la phrase est négative ou même interrogative : Autrement^ comme pourroy-ie ny aaec quel front me trouuer en la, compagnie de» autres honestes Dames (Amyot, Agis et Cleom., 969 E). En voici un e^temple très remarquable, qui rend la phrase presque incompréhensible, si Ton n'y prête attention : le vy pour mon martyre, helas! ciel endurci. Quand seras-tu lassé de me gesner ici? Ne m'auras tu fait naistre en ce monde immortelle^ Afin que ma douleur me tenaille éternelle ? (Gamier, Juives , Amital et le chœur). Je donne à ne le sens de et.

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