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ARTICLE DÉFINI

Il s'emploie de plus en plus régulièrement et sa nature est parfaitement reconnue des théoriciens.

Ronsard, lui-même, on le sait, trouvait que rien ne défigurait tant un vers que les articles délaissés {OEuv., VII, 329, Bl.). Meigret, 123 v**, 124 r^, démêle que la locution sans article est de sens plus général que celle qui a l'article. Quand on dit : il est en prison^ cela veut dire qu'iZ est dans quelque prison que ce soit. Mais si Ton dit : il est en la prison^ cela nous semble démontrer ou mettre en désir de savoir quelle prison (Cf. 120 v*^ sur la phrase : Vn fol a

1. BIBLIOGRAPHIE, — Dans les études générales signalées plus haut, la syntaxe de divers auteurs a été souvent Tobjct d'observations importantes. Je ne signalerai ici que les travaux spéciaux à cette partie :

A. Benoist, De la. syntaxe françaite entre PaUgrave et Vaugelas. Paris, 1877, 8*;

Huguet, Étude sur la syntaxe de RabeUtiê, comparée à celle des autres prosateurs de U50k 1550. Paris, 1894,8»;

Grosse, Syntactische Studien za J. Calvin. Diss de Giessen, 1888, 8*;

Fr. Glauning, Syntaktische Studien zu Marot. Diss. d'Erlangen. Nordlingcn, 1873, 8*;

K. Emst, Syntaktische Studien zu Rabelais. Diss de Greifswald, 1890, 8» (porte surtout sur le participe passé et le verbe auxiliaire) ;

Saenger, Syntaktische Untersuchungen zu RabeUis. Diss de Halle, 1888, 8* (porte sur rinfinitif, le participe et la préposition) ;

Cari Toepel, Syntaktische Untersuchungen zu JUbelais. Oppeln, 1887, 8*;

E. Platen, Syntaktische Untersuchungen zu RabeUis. Diss. de Leipz., 1890, Karl Becker, Syntactiscfie Studien âber die Plejade. Darmstadt, 1885, 8»; RObner, Syntaktische Studien zu Bonaventure des Periers. Diss. de Leipzig, 1896; A. Haase, Zur Syntax R. Garnier's^ dans les Franz. Studien^ 1887, V, 1 ; Procop, Syntactische Studien zu Robert Garnier. EichstAdt. Diss. de Erlangen, 1885 ; A. Jensen, Syntactische Studien zu Robert Garnier. Diss. de Kiel, 8* 1885;

F. Glauning, Versuch ûber die syntaktischen Archaismen bei Montaigne (Herrig's Archiv, tome XLIX, 1872, p. 163);

Max Wagner, Étude sur Vusage syntaxique dans la Semaine... de du Bartas. Diss. Kœnisbcrg, 1876, 8»; Ed. LQcken, Zur Syntàx Montchrestiens. Darmstadt. Diss. de Giessen, 1894 ;

1. H. Schûth, Studien zur Sprache d'Aubigné's. Diss. de léna, Altona, 1883.

2. Em. Zander, Recherches sur l'emploi de Varticle dans U fr. du XVI* siècle, comparé aux autres époques de lu langue. Diss. de Lund, 1892, 4*.

bezoin du conseil. Voir aussi H. Est., Conf.^ 121 et suiv., Feug.). Gauchie (p. 42, 48, 49) donne une théorie analogue oi^ sont opposées les expressions habit de roy^ t habit d*vn roy, la robe du roy. « Vn habit deroy, id est royal. Ubi sermo non est de certo rege, sed tantum regia vestis notatur, vel certe ita exponi pqtest, thabit d'vn roy. Verum cum dicimus, la robe du roy^ intelligitur vestis ejus régis, qui eo loci imperat, vel de quo sermo habitus fuit, quique auditoribus notus est. Sic Vindignation du Roy est redoutable^ definite magis significat quam haec propositio : Indignation de Roy est redoutable ; haec enim convenit cum his enunciationibus : indignation des roys, d'vn roy, royalle est redoutable. » Les omissions d'articles qu'on trouve en foule dans les textes, surtout dans les textes poétiques, ainsi chez Maurice Scève (voir ma thèse latine De Phil. Bugnonio^ p. 131), ne doivent pas égarer. L'article était devenu nécessaire pour annoncer les noms communs déterminés. On pourrait citer une foule de phrases toutes semblables aux nôtres : C'est raison de laisser l'administration des affaires aux mères pendant que les en fans ne sont pas en Veage, selon les loixy pour en manier la charge; mais le père les a bien mal nourris s'il ne peut espérer quen cet aage la ils auront plus de sagesse et de suffisance que sa femme, veu l'ordinaire foiblesse du sexe (Montaigne, 1. II, ch. 8, t. III, p. 101).

De même en vers : Ce fut en Mars, et ia l'humide nuit Auoit le cours des estoilles réduit Plus qu'à demy : ia le Coq esueillé Tençoit chascun d'auoir tant someillé : la suruenoit ceste liqueur petite, Qui de la nuit et de l'air est produite, Pour amortir par ses menues eaux Le feu qui croit au milieu des ruisseaux. Le feu d'amour par qui fut ars en mer Le fier Neptun... (Forcad., p. 35, 36).

Et c'est là désormais l'usage normal, malgré d'innombrables exemples contraires, que la liberté de la syntaxe d'alors permet.

VARTICLE AVEC LES NOMS ABSTRAITS. — Où le changement est sensible, du xv® au xvi^, et même de Rabelais à Montaigne, c'est dans la régularité croissante avec laquelle l'article s'accole aux abstraits. Un progrès s'accuse dès le commencement du siècle : M'ont osté la puissance elle nom (Corroz., Hecat., Fortune, 177, éd. Oulm.); comme si tu voulois dire la vertu .... estre origine de l'esprit (Dol., Man. de trad., 12); toutes les choses, que la Nature a creeeSy tous les ars et sciences, en toutes les quatre parties du monde (Du Bel., Def., p. 48-49, Cham.).

Il reste toutefois beaucoup de flottement dans l'usage poétique :

affin que V œil choisisse Vertu tant belle, et délaisse le vice (Corroz., Hécat, ProLjXXVll) ; Pleurez doulceur, pleurez l'humilité, Qui en son cueur ont faict maint bel ouvraige (Marg. de Nav.,Z)ern./)o.,423).

Scève supprime Tarticle de parti pris ^

En prose, à la fin du siècle, chez Montaigne, par exemple, l'article est presque régulier : // me semble que la vertu est chose autre et plus noble que les inclinations à la bonté qui naissent en nous (1. II, ch. XI, t. III, p. 144); Nous deuons la iustice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuuent estre capables (ib., ch. xii, ib,, 168).

Nature, terre, ciel, etc., restent communément employés sans article: Qui luy fit voir Enfer (S'-Gel., II, 143); Voila comment Terre et Ciel font effort [Marg. de la Marg., IV, 14); Foy me promect (Marg. de Nav., Dern. po., 63, cf. 389, et au contraire : le soleil, ib., 389); Il ny auoit rien laid en nature (N. du Fail, Eutr,, II, 14) ; Il semble, à la vérité, que nature, pour la consolation de nostre estât misérable et chetif, ne nous ait donné en partage que la presumption et le cuider (Mont., 1. II, ch. 12, t. III, p. 259) ; monstrer les beautez de nature (d'Aub., Il, 2i7). Voir en particulier le passage des Tragiques (VII) où Tauteur résume le Pymandre, p. 316 et suiv., éd. Lai.).

Cependant, on trouve Tarticle : ou nous viuons plustost guidez par la nature,., que comme hommes régis... par la raison [Mém. de la Reine Marg., 4). Le mot Église ne s'en passe pour ainsi dire plus jamais.

V ARTICLE ET LES NOMS EN APPOSITION. — Avec les noms en apposition, Tusage tend à se fixer aussi. On dit ordinairement non seulement : leanne la rousse-, mais lean Veuangeliste, Theon le grammairien (Amyot, QEuv. mor., ii, 373 v^. G); Montaigne luimême omet encore larticle : Eudamidas, corinthien, auoit deux amis, Charixenus sycionien et Aretheus corinthien (1. I, ch. 28, t. II, p. 95). De même H. Est., Apol., II, 87 : lean euangeliste; Fauch., Orig. de la l. fr., 534 r** : Diodore Sicilien... dit.

L'ARTICLE ET LES NOMS PROPRES. — Les noms propres de rivières

1. On peut voir quelque chose des libertés prises par les poètes, dans Marty- Lav., Lex.dela Pl.y II, 5 et 6. Mais il faut prendre garde que beaucoup d'exemples cités s'expliquent par des particularités : personnifications, locutions verbales, prise du mot dans toute sa généralité, etc.

2. Cf. Venas la déesse (Forcad., p. 33, Hercules le hardy {Id.^ 48). Cette façon d'écrire (en mettant le nom propre devant) dont nous usons surtout, sauf des exceptions comme : Napoléon le Grande pour déterminer un individu entre plusieurs de même nom sert très souvent au xvi*, à qualifier.

sont assez régulièrement accompagnés de l'article : le long de la riuiere de Loire^ le long de la Gironde^ de la Garonne^ du Lot, du Tarn (Paliss., 58).

Cependant les poètes se permettent encore très librement de Tomettre, ex : que Seine embrasse (Rons., Franc, III, 167, Bl.); on ira dans Seine (Grev., Esbah., a. 1, se. ii, A. th, fr,, IV, 240) ; deçà Veau de Styx (Magn., Od,, 1. 54, J. Favre, o c, 321).

En prose aussi, ce n'est pas seulement Rabelais qui emploie tour à tour ou supprime l'article. Ramus admet encore la liberté (1572, p. 132).

Avec les noms propres de provinces, l'article est assez souvent omis au commencement du siècle : Entre Dauphiné et Proue nce (Marg. de Navarre, Heptam., 73). Encore chez Montaigne (1. I, ch. 42, t. II, p. 216) : Bretaigne. G)mparez : trois frontières de Bretagne (d'Aubigné, Œuv.j II, 261, R. et Causs). Mais peu à peu /e, la, deviennent plus communs. On les trouve même après e/i, là où nous ne les mettrions plus : en la Bresse (Mont. 1. 1, ch. 3, 1. 1, p. 17). La des faite de Monsieur de Sourdi en la Brie (titre d'un pamphlet, l'Est., Journ, de H, III, 293 col. l)K

Pour les noms de pays, l'hésitation continue aussi. Ce sera une question à résoudre pour le siècle suivant.

Voici quelques exemples de l'article : elle peult faire guerre et à la Grèce et à V Italie; les quelles régions ont esté tenues sièges propres des letres (Dolet, Gestes de Fr, de V., p. 18); De la Grèce seront pour tesmoings Demosthene, Aristote (Id., Man. de trad,, p. 3-4); Son fouet feut d'œillets, roses et lys Blancs, liez d'or, en la France cueillis (Forcad., p. 1). Nostre Patron cingla vers la Morée (Id., p. 2); Après, Amour la France abandonna {Roxxs., Po. ch., éd. B. de Fouq., 316); gens qui ont gagné place au Paradis de la France (d'Aubigné, Œuv., t. II, 261, R. et Causs).

Exemples contraires : le ne veis iantais ni Amboise, ni Enuers, ni Italie, ni OrleSs (Dolet, Man. de trad., p. 34); Le Boy a escript à l'Empereur, que le passage luy estoit seur par FrSce, pour aller en Flandre (Id., ÎA., 26). ces bonnes œuures.,. ont gagné.., aux autres Maresc haussées de France et Gouuernement aussi (d'Aubigné, Œuv., t. II, p. 262).

En ce qui concerne les noms de personnes, il faut noter l'emploi fréquent de l'article devant les noms de femmes ou d'hommes : la leanne, la Marguerite ; jusque-là non considéré comme bas, cet

1. Au contraire : La défaite des troupes Politiques en Champagne {titre de pamphlet, Id., ib.).

usage commence à le devenir. H. Estienne dit qu*il est dialectal {Hypom,, 205) ^

En regard il faut signaler comme une vraie nouveauté dans la langue que les noms propres au singulier et au pluriel deviennent tout à fait fréquents pour désigner des gens qui ressemblent aux personnes nommées, et en ce cas Tarticle accompagne les noms propres (1).

Il raccompagne souvent aussi quand ces noms au pluriel ou au singulier désignent réellement les personnages (2).

1) Qui serez vne fois Par vos vertus r Hercule des François (Rons., Boc. royal, III, 312, BL).

Les exemples fourmillent dans la Deffence et Illustration cf. les Thebes aux cent portes, ...les doctes Athènes (Du Vair, 361 , 20 et 22).

2) Ceste imitation des Anciens Hercules, Alexandres, Hannibalz, Scipions, Césars... est contraire à la profession de VEuangile (Rab., Garg.,l, ch. 46, t. I, p. 169).

On retrouve le même usage quand le nom propre est le titre d'une œuvre : la Medee d'Euripide. Ainsi : des Lancelots du Lac, des Amadis, des Huons de Bordeaus... ie nen connoissois pas seulement le nom (Mont., 1. I, ch. 26, t. II, p. 71). Cf. au contraire : en Exode [Mén., p. 21, éd. Lab.,); au Liure de Genèse (Paliss., 35); les hérétiques diffameroyent nos affaires auec les passages de Bible (d'Aub., II, 244, R. et Causs.)2.

1. Auparavant, Sylvius admettait que Tarticle défini pouvait avoir un sens emphatique, du Pierre comme d'un Pierre : <« Quemadmodum et differentia utendi articule de et du in genitivo et a, aii in dativo singulari. Nam liber Pétri, de Pierre^ non da dicimus. Du enim et aiî foemininis et propriis virorum nunquam jungitur, nisi par emphasim. vt du Pierre^ tanquam notissimo, vel du dict Pierre » {Isug.y p. 97).

2. Cf. avec l'article indéfini : en sa lente escrira^ Comme vn César , des liures (Rons., III, 314, Bl.) ; auez fait de vostre beau cerueau Naistre en sauoir vn Mercure nonueau (Id., (2>., 324); comme a faict de nostre Tens,.. vn Ariosle Italien, que loseroy,., comparer à vn Homère^ et Virgile (D. Bel., Def., 119-120, Pers.); quand plus Hz ressemblent vn Heroet ou vn Marot ((Jb.,p.73); vu Catule^vn Pontan (i/>.,II, 4, p. 118); si nous auions des Mécènes et des Augustes... eussions encoresdes Virgiles. Et si Vétoy' du nombre^ de ces anciens critiques iuges des poëmesy comme vn Arislarque tl Aristophane (ib.^ II, 2, p. 105); chastrer vn Martial, vn Terence, Suétone (N. du Fail, Eutr.,{], 15): nôtre France est pleine d'une infinité d'Homeres, de Virgile^, d'Euripides, de Senecques, de Menandres, de Terences, d'Anacreons^ de Tibulles, de Pindares, d'Horaces, de Demosthenes, de Cicerons Francoys (Tahur., II, 195-196) ; dont

-^ luy en fut la teste tranchée comme à vn Goliath (P. Cayet, Chron. Sept., 20, col. 1).

ARTICLE aOi

ARTICLE PARTITIF

Le partitif est encore très souvent omis : qui n apporte Fruict ou plaisir (Corroz., Hecat., ProL, XXVI); lay grande enuye d'en dire bien (Marg. de Navarre, Hepiam., 321, éd. Jacob) ; quant ils aroint temps et espace (Nie. de Tr., Par,, 31); Baillant œrainpour or definaloy (Forcad., p. 10,); pour vous recouurir argent {L'Est,, Journ, H, III, 296,1; cf. qq. lignes plus haut : de l'argent).

Mais il est très usuel : vn des chandeliers.,, ausquels il y auoit des satyres engraués (L'Est., Journ, H, III, 285,1) ; bien souuent Ion grossit et espessit de l'eau douce, avec de la cendre ou auec des pierres (Amyot, Œuv, mor,, 374 r®, B) ; en aucuns lieux elle produit du charbon fort vtile, en d'autres lieux elle conçoit et engendre du fer, de l'argent, du plomb, de l'estain, de l'or, du marbre, du iaspe, et de toutes espèces de minéraux (Paliss., 35); habillée enseruaYite, qu'on enuoyoit puiser de l'eau (Mont., 1. I, ch. 2, t. I, P-^O)'.

Henri Estienne en donne une théorie très significative dans la Conformité, page 30 (Cf. 66 et 124), et l'exemple qu'il cite de rémission de l'article est parfaitement conforme à Tusage, car la phrase est négative. Il a juré qu'il ne mangeroit jamais pain ni boiroit vin. Ailleurs on met de « pour déclarer part ou portion seulement de la chose. »

Le partitif se rencontre aussi avec les noms abstraits 2.

1. Avec pas, points p/as, moins^ le partitif est régulier : luy dist quil ne se donnait point de melencolie et qu'il n'auoit logé que de sesamys (Loy. Serv., 287).

Mais c'est le xvii* siècle qui décidera si ce partitif doit être de ou des. Voici un exemple de la fin du siècle : en donnant le moins des exemples qu'il me sera possible (De Laud. d'Aif?., A. p., I, 12, p. 39).

2. J'ai dit plus haut, p. 280-281, que la forme de l'article partitif — commune du reste k l'article indéfini au pluriel — était de ou des, et qu'on trouvait de même alors qu'il n'y a pas d'adjectif exprimé. J'ajoute ici des exemples de ce fait, qui par suite d'une erreur matérielle ont été oubliés et qui montrent que la langue populaire confond entièrement de et des: veu qu'il leurs auoit donné de passetemps (Rab., 1. 1, ch. XX, t- I, 73); tout le monde ne peult pas estre mignon^ et auoir de senteurs, comme vous (Cord., Corr. Serm. em., 439, A); le n*ay besoin de Vulcan qui me forge de foudres (L. Lab., Deb., p. 13, éd. Bl.); Donnez leur de cliquaille Et ils vous sauueront {Ch, bug.^ 129, avant 1555) ; Tu boiras d'eau ou vin poussé {Farce j. et recréât., 23, Pic. et Nyr., 164); homme à qui ie demande de Hures rares (Scalig., Let., p. 57); Il m'a semblé qu'il y auoit de choses (Id., ib., 63) ; Nous auions de la bière ; De fromage et de pain {Chans. de 1583, Ler. de L., II, 395) ; L'autre sorte est lors que... Il y en a aussi d'autre qui est diuisée (De Laud. d'Aig., 1. 1, 13, p. 42 et 43).

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