‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 183 sur 248 · Comparez Hug., o. c, 29, sur oracle et ouvraige · texte numérisé non relu

Comparez Hug., o. c, 29, sur oracle et ouvraige

se sert du féminin (1. I, ch. 2, 1. 1, p. 12). Au contraire, H. Estienne le note dans Du Bellay (Çlem., o. c, 427). Cotgrave conserve l'ancien genre.

Eschange, Il est féminin dans Jean de la Taille, La Famine, IV, Darm. H., Le XVI^ s. en F., 247); Cotgrave : féminin (cf. Malh., II, 45).

Populas, Ce mot, alors tout neuf, est fréquemment masculin (Jod., Eug., Prol., A. th. fr., IV, 7 ; La Boétie, 40, 41 ; Baïf, 1,182; Rons., IV, 65; Jod., II, 325; Tahur., II, 35, son., 42; Ch. hug., 299). Toutefois, on trouve la popu lasse (Ramus, Gram., 1587, 62 ; Scaliger, Let.^ 291) ; Thurot cite (o. c, I, 275) : Le peuple grossier qu'on appelle auiourdhuy la popu lasse {H. Est., Dial., 137; cf. Chans. de 1590, Ler. de L., II, 499, et le texte de Ramus cité dans ce volume, p. 31, n. 1. Cotgrave le fait féminin, et Maupas commun (88).

Presche. En sa presche (Vigor, Serm. cath., 199); pour la rendre seruille Et ta presche y planter {Ch. hist., Ler. de L., II, 485,' 1590). Cotgr. : féminin.

Prestige. Leurs prestiges vaines (Dorât, 19). Cotgr. : féminin.

Tige s'emploie encore presque exclusivement au masculin (Rab., II, 228, 229; Baïf, I, 67, 406, note, 58; Jod., II, 162).

Cependant le féminin apparaît. Il est dans la préface de Meigret {Trad. des Off. de Cic.). Cf. Chans. de /57?, Ler. de L., II, 306; Mén., (230, Read ; au contraire le masculin, lA., 266). Cotgrave, Nicot, ne connaissent plus que ce genre. La question sera reprise au xvii* siècle *.

L'analogie des suffixes amène aussi des changements.

C'est ainsi que parenté (ensemble des parents) assimilé aux substantifs abstraits en té, dont il a du reste en certains cas le sens, devient féminin (Rob. Est., 1539). Nicot, Cotgrave, le traitent comme tel, le premier cependant donne : né de parenté bien renommé.

Est-ce par une influence de même ordre que divers mots en on deviennent peu à peu masculins ? On peut citer frisson, poison, soupçon. Toutefois, le mouvement est bien lent.

Frisson est encore le plus souvent féminin chez les poètes (Marg. de Nav., Dern. po., 156; Baïf, II, 246; Rons., I, 47; Tyard, 92). Pour poison, il en est de même, Palsgrave soutient encore le genre féminin (165); cf. Marg. de Nav., Dern. po., 136, Marg. de la Marg., IV, 52; S^-Gel., I, 280; Baïf, I, 104, 156; Ronsard, I, 96;

1. Est-ce à cette influence de la finale qu'il faut rapporter la traffiqae (J. Seal., Let., 106; Mont., l. III, ch. 6, t. VI, p. 63; 1. II, ch. 8, t. III, p. 84); la triumphe (J,B. P., 75, 85,321), etc.

Bell., II, 241 ; Jod., Eug., a. iv, se. m, A. th. fr., IV, 61 ; Vigor, Serm. cath.^ 199; Ch. hug., 49 (1561). Ronsard critique le masculin, VI, 445. Pour soupçon^ les opinions sont moins nettes. Mais on le trouve au féminin jusque dans Montluc (V, 95, let., 171). A la fin du xvi® siècle, le masculin s'implante peu à peu. Nicot admet encore que poison soit des deux genres, mais Soulatius, Cotgrave le déclarent masculin. Soupçon est encore féminin dans Cotgrave, mais masculin dans Nicot. Le xvii® siècle en aura bientôt décidé.

ACTIONS SA VANTES. — Les forces naturelles se trouvent parfois contrariées par les actions savantes. L'étymologie ramène vers le genre latin comme vers l'orthographe latine une foule de mots, et ce retour a parfois été définitif. Sont ainsi employés aumasculin :

Abîme ^ encore souvent féminin au xvi® siècle : De Vabysme la plus profonde (Rons., II, 126; cf. III, 45); Aux abysmes profondes (Jod., II, 31). Rabelais le fait toujours masculin : on profond abisme de ce monde (Rab. t. II, p. 34, cf. 336, 472). Chez Marguerite de Navarre, le mot hésite entre les deux genres [Marg. de la Marg.^ I, 15, et 1, 106). Palsgrave blâme le féminin (173). Maupas de même (p. 86), et aussi Nicot. Malgré cela, les hésitations seront très longues.

Comète^ d'abord féminin, est refait masculin au xvi® siècle K Rabelais, à côté de la forme féminine : notoient les comètes sy aulcunes estoient {Garg.^ ch. 23, t. I, 93), emploie couramment le masculin : le comète de Van passé (1. IV, ch. 3, t. III, 239): Comète est masculin chez Baïf : les Comètes longs (1. IV, ch. 3, t. II, 21); // ne s'étonne pas de voir luire vn Comète (22); le Comète s^alume (25) ; // se fait ainsi que le Comète (30) ; Vn Comète plein de terreur (V, 34). De même chez d*Aubigné : du regard d'vn comette^ [Trag., p. 52, éd. Lalanne). Mais à la fin du siècle, la forme féminine prévaut. Nicot : vne comète ou estoille cheuelue. Il est donné comme féminin par Cotgrave. Voir la suite au xvii® siècle.

EmplastrCy féminin dans Froissart, se retrouvera avec ce genre jusqu'au xvii® siècle, mais il apparaît au masculin à divers endroits (Mont., III, 105 L.). L'incertitude ici aussi durera longtemps.

Estable, généralement féminin. Cependant : les longs estables (Baïf, II, 282) ; vng estable {Chans. hug.y Ch. prélim. lxxix).

Estude, Anciennement féminin, il tend, dès le xv* siècle, par réac-

1. Cf. pUnete : en Orient le grand Planète layt (Lanc. de C, Eccl., C, 1 v«).

2. Les savants le feront encore masculin au xviii* siècle : ces affreux comelea (Aferc. de Fr., cet. 1779, p. 23, L.).

lion étymologique, à devenir masculin. Chez Rabelais, ce genre est commun : encores que mon feu père,., eust adonne' tout son estude (I, 254, Hug., o. c, 24) ; au dur trauail de V estude obstiné (Lanc. de Caries, Eccl., D., 1 r®) ; V estude des loix plus vtile que délicieux (Forcad., Pref.)\ 0 le vilein et sot estude, d'estudier son argent (Mont., 1. III, ch. 9, t. VI, p. 132). Les exemples du féminin sont fréquents (Corroz., Hecat., Ingrat., p. 13; Dolet, Man. detrad., p. 7).

A la fin du siècle, le masculin est assez commun pour qu une distinction de genre tende à se faire, suivant le sens. Il y en a déjà des exemples au xvi® siècle. Montaigne semble la faire, il dira : une estude fournie de toutes sortes de Hures (Mont., 1. I, ch. 17, t. I, p. 98, note 4).

Hymne. Ronsard le fait des deux genres (II, 103 et 484, note 52). Cotgrave : masculin.

Idole, encore souvent féminin : ceste ydole (Nie. de Tr., Par., 31), commence à devenir masculin. Rabelais : son grand Idole (1. III, ch. 45, t. II, 213); Tous les Idoles d'icy (Jod., II, 332; cf. Rons., II, 256 et 494, note 127). Nicot ne le donne que comme féminin (Voir au x vu® siècle).

Infortune, déjà féminin chez Al. Chartier, devrait être masculin, dit Palsgrave (173). Il lest chez Rabelais (1. IV, ch. 61, t. II, 486). Il est féminin dans Mont. (1. II, ch. 8, t. III, p. 86), dans Nicot et Cotgrave.

Nauire est encore couramment féminin : ceste nauire (Palsgr., 415 ; Corroz., Hecat., Repub., 141 ; Rab., Pant., ch. 24, t. I, 334, c . : 337, etc. ; Amyot, QEuv. mor., 414 r* B.).

Cependant Palsgrave note qu'il est quelquefois masculin (161); H. Estienne [Dial. du fr. ital., II, 9 et 10, Liseux) constate que ce changement est récent et de la cour. Le Quintil reprochait à Du Bellay (I, 484, note 50) d'avoir suivi cette mode. A. Mathieu proteste de même (1572, 24 \^). Du Bellay n'était cependant pas* seul à écrire ainsi : Ou il estoit allé en son nauire (Pelet., Od., OEuv., 15 r*»; cf. Lar., Les Jal., a. ii, se. m, A. th. fr., VI, 30).

Office, généralement féminin (J. d'Aut., Chron., IV, 27; Rab., Garg., 50, t. I, 183; Baïf, IV, 404; Bell., la Recon., a. i, se. v, .1. th. fr., IV, 357; Grév., Les Esb., a.in, se. i, A. th. fr.,\Y, 272), est souvent masculin chez Montaigne: ces vains offices (1. I, ch. 13, t. 1, p. 60 ; cf. 1. II, ch. 8, t. III, p. 102, note ; 1. III, ch. 13, t. VII, p. 11 ; 1. III, ch. 5, t. VI, p. 14; etc.).

Il est considéré comme des deux genres par Nicot et Maupas iîls (1638, p. 94). Cotgrave: féminin.

Obole^ féminin, est refait masculin : Vn million d'Or luy est aussi peu quvn obole (Rab., Prol. dul. IV, II, 268) ; de tels dix ffrains est fait vn obole (A. Paré, XXV, 12, L.) ; Nicot : vn obole et demi. Cotgr. : masculin (Voir au xvii® siècle).

Œuure se rencontre le plus souvent au masculin (Rab., 1. IV, ch. 53, t. II, 459 ; Dol., Man. de trad., 7, et souv. ; S*-Gel., I., 109 ; Rons., II, 157; VI, 227; Jod., II, 210; Tahureau, II, 186; Forcad., p. 6; Fauchet, Oriff. de la l. fr., 558 v^; Pasq., Rech., VII, 6, I, 708 A; d'Aub., OEuv., II, 235; Du Vair, 372, 12). Suivant Nicot, il est masculin ; suivant Gotgrave, féminin (V. au xvii* siècle).

Ordrey encore souvent féminin (Marg. de Nav., Let., 196; Dolet, Gest. de. Fr. de Va/., 13), est masculin dans Rabelais (1. III, ch. 28, t. II, 140) et dans Montaigne (1. II, ch. 8, t. III, p. 83); Maupas (88) admet encore les deux genres, Nicot et Gotgrave seulement le masculin (Voir au xvii® siècle).

Paroi est très souvent masculin : vn paroy (Mont., L II, ch. 32, t. V, p. 52; Téd. de 1595 corrige en une)\ du m^sme paroy (Desp., Disc, sur les vertus^ dans Frémy, Acad. des Va/., p. 231); le paroi (Cyre Fouc, Ep. d'Arist.j H8). Suivant ime indication de Nicot, il est masculin, mais c'est là une inadvertance, car les exemples mettent Tadjectif au féminin. Gotgrave : féminin.

Période^ est masculin dans Rabelais (t. II, 258; III, 6, 60 et ailleurs). Gf. Dolet {Man. de trad.y p. 19) ; Que les périodes soint bien ioinctZy numereux (Du Bel., I, 52) ; B. Aneau objecte ici « si tu fais Ode féminin (comme il est), pourquoy fais in Période masculin » (I, 485, note 59) ? Montaigne dit : nous ne sommes pas pourtant, à nostre dernier période (1. III, ch. 9, t. VI, p. 141). Gotgr. : féminin (Voir au xvii« s.).

Silence, encore féminin dans Rabelais {Pant., 19, t. I, 313; 1. III, ch. 19, t. II, 96; cf. Gorroz., silence est plaisante {Hecat.y Brocardeurs, p. 9), est masculin dans Nicot, Gotgrave ^

Quelquefois, ce sont des séries entières qu*on essaie de faire retourner au genre étymologique, ainsi celles des mots en é [atu) anciennement féminins : comté, duché, euesché.

Les genres anciens se retrouvent cependant le plus souvent : {François /**") donna à sa mère la duché d'Aniou, et la comté du Maine qu'il érigea en duché, auec la comté d' Angoulesme qu'il luy donna aussy et la duché de Berry {J. B. P., 4); la duché (Rab.,

1. Asperge est féminin à peu prés partout. Rabelais Ta cependant fait masculin (1. IV, ch. 7, II, 293).

Prolog, du IV® livre, II, 261); vne bonne euesché (Rons., V, 399, M.-L.) ; vne double Euesché (Regn., Sat., III, p. 27, éd. Courb.). H. Estienne affirme que c'est un caprice de cour qui a fait comté et cfjicAe masculins [Dial, fr, ital,^ II, 10, Lis.). Le masculin apparaît de ci de là. Nicot a Tair de donner comté comme féminin, et dans le cours de l'article il dit : un comité, Cotgrave considère les deux mots comme masculins ; ce sera Tavis du xvii® siècle. Euesché ^ encore féminin pour Cotgrave, est masculin pour Nicot.

L exemple le plus remarquable de ce retour est offert par les noms abstraits en eur :

Erreur, Palsgrave maintient encore le féminin contre Jean Lemaire de Belges (166). Mais le masculin devient très fréquent (Rab., liv. IV, ch. XLii, II, 416; chap. v, III, 241; Meigret, Off. de Cic.y 64; Du Vair, 403,1; 375, 13). Le féminin se conserve pourtant, non seulement dans la langue commime (Nie. de Tr., Par,^ 231 et passim) , mais dans la langue littéraire (Lem. de Bel., III, 126; S*-GeL, III, 191; Pontus de Tyard : Erreurs amoureuses^ titre de la p. H ; Mont., 1. I, ch. 9, t. I, p. 44, note 1). Cotgrave le tient pour féminin (Voirauxvii® siècle).

Honneur. Le féminin se trouve fréquemment. On ne peut pas alléguer toutefois la locution : V honneur sauue (Nie. de Tr., Par.^ 145; Rab., 1. IV, ch. 7, t. Il, p. 292; cf. Mont., 1. I, ch. I, t. , p. 5 : retire son honneur sauue; Du Vair, 340, 4: son honneur sauue) ; sauue est là une forme masculine (v. plus haut, p. 289). Au reste, même dans cette locution, Nicot donne sauf. Mais le masculin est chez Montaigne : V ancien honneur de sa maison (l, II, ch. 8, t. III, p. 92). Cotgrave marque honneur féminin, et pourtant donne : tous honneurs.

Odeur. Rabelais le fait souvent masculin (Prolog. I, 6 ; liv. III, ch. XLix, II, 229 ; cf. Lespl., Prompt.^ 42). Nicot accepte ce genre. Cotgrave est pour le féminin, toutefois][un de ses exemples porte : mauuais odeur.

Humeur est fait masculin dans Rabelais : cestuy humeur (1. III, ch. xxnii, II, 118); dans Jodelle, (II, 182, M.-L.) : tout humeur^ ib., 221 : chaud humeur; cf. Lespl., Prompt., 45; Jos. Seal., Let., 312; Bouch., Ser.y I, 67). Montaigne est fidèle au féminin (1 .II, ch. 12, t. IV, p. 62; 1. III, ch. 10, t. VI, p. 215; ÎA., ch. 9, t. VI, p. 208, etc., etc.). Nicot, Cotgrave sont aussi pour le féminin*.

1. Comparez dans Rabelais : quel ferveur (t. I, b); ce long teneur (t. II, 82, Hug., o. c, 22); vn ardeur (Pelet., 0(f., OEav., 9 v»); vn solitaire horreur (Am. Jam., I, 49).

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