‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 206 sur 248 · INFINITIF · texte numérisé non relu

INFINITIF

Proposition infinitive K — Nous avons vu que le latin vulgaire

1. Voir Walker, The infinitive with subjecl accusative in Marg. de Navarre, Mod. lang. notes, XI V; cf. Wilson, Bemerkungen zu Wa^/cers... etc., même volume. Il vient de paraître un bon travail, très substantiel ; Observations sur V infinitif dans Agrippa d'Aubigné de M"« Valfrid Palmgren. (Thèse d'Upsal), Stockholm, 1905.

avait substitué à la proposition infinitive du latin classique les propositions complétives précédées de quod, quia, etc... (t. I, p. 98, 99).

Aussi la proposition infinitive, là où elle apparaît en ancien français, n'est, en général, qu'une imitation latine. Elle n'est régulière qu'après les verbes : faire ^ veoir, laissier^ esteveir, deveir (cf. I, 249) ; elle se trouve plus rarement avec : voleir, doner, cuidier ^ .

De la construction de Tinfinitif avec laissier, accompagné d'ordinaire de l'accusatif plutôt que du datif, en ancien français 2, on est amené à user de la même tournure avec les verbes permettre ou souffrir : La ou Dieu les a souuent permis trauailler (G. Chast., Chron.^ I, p. 3); esquelles toutes choses la.,, puissance diuine a ouuré et souvent permis auoir durée et règne aux mauuais (Id., i7>.,

A partir du xiv*^ siècle, cette imitation devient assez commune, même en dehors des traductions. Froissart en use de temps en temps (v. Riese, Hech. sur Vus, synt, de Froiss,^ 39); et puis ordonna toutes gens alerapiet et retaillier cescun songlaue (V, 168, 2); laquelcy se impetrée estoit, nous volons estre nulle (VI, 17, 5).

Ce sont les verbes signifiant : penser, savoir, dire, vouloir, et les expressions impersonnelles, qm se font d'ordinaire suivre de propositions intinitives.

Au xv** siècle, les exemples se multiplient : ie les presumoye^ non obstant leurs vieulx iours, estre nus et ignorans des iugemens de bien cognoistre (Christ, de Pis., Charl. V, 271, 11, MûlL, o. c, 61) ; et sauoit ces choses estre vrayes (Ead., ib,, 115, 16) ; comme il appert Dieu estre fin de tout (Ead., ib., 119, 22). Elle suit chez Christine les verbes : il auient, il appert, conclure, considérer^ conuenir, cuidier, dire, estre de bonne coustume, estre voir, n estre point de doute, iuger, mander, noter, présumer, regretter, sauoir ^ ; ie vous sans et congnois venir (Ch. d'Orl., II, 270); Quand les Anglois apperceurent les Françoys estre desia entrez dedans icelle ville (J. Chart., Chron,, II, 132); il entendoit et connoissoit beaucoup de choses aller contre poil (G. Chastel., Chron., l, p. 14).

On la trouve quelquefois jusque dans Saintré : si ie sçauoye les Dieux n auoir point de congnoissance (42); assez souvent dans les Cent Nouvelles : La vieille, voyant la chose estre nécessaire, n'osa desdire sa maistresse (I, 237) ; luy dire la chose en ce monde que plus vouldroye en estre celée (1, 225); Le clerc, pensant sa femme estre

Page 1