III
Sans s'imposer, la formule devint célèbre, et les textes lettrés l'appliquent en général tant bien que mal.
Mais était-elle pour cela la règle de la langue populaire? Nullement. Le plus observateur des grammairiens, Meigret, lui est hostile. A propos des phrases : l^ grâces qe ie vou ey fçttes,.. Si on vou Içs auoft dittes^ « lourdes incongruités, s'écrie-t-il, reçues pour courtizanes élégantes » (66 r*^). Et il veut aussi qu'on dise : nou nous somes çymé, Abel Mathieu, sans être aussi net, admet que les deux « liaisons de parole » sont également belles : les deniers qu'' Alexandre a donné à ses gendarmes, et les deniers qu'Alexandre a donnez (Dev., 1572, 31 v»).
Et ce n'est qu'après avoir reproduit la protestation de Meigret, que Ramus se range à l'avis de Marot. Il est vrai qu'il en donne pour raison « la souveraineté du peuple » (182).
Les écrivains, les poètes surtout, en prennent à leur aise avec cette règle.
A. Ils font raccord contre la règle. Type : mignonne^ allons voir si la rose Qui ce matin auoit desclose sa robe de pourpre au soleil.
Vay mise mon estude d'auoir le corps et le cœiir libre et franc [Marg. de la Marg.^ IV, 102) ; après auoir coupée Son col du fer courbé de sa trenchante espée (Rons., III, 410, M.-L.) ; ces faux deuineurs qui d'vne bouche ouuerteDe son sceptre Royal ont prédite la perte (Id., V, 348); ie luy ay eslargie ceste-cy (Des Per., OEuv,^ II, 107); le zèle desquels,., vous a rendus force disciples (d'Aub., Œuv,y II, 236 et 237, R. et Causs.) ; ayant esteinte ces te ancienne langue (Fauchet, Orig, de la l. fr,, 536 r^).
B. Bien plus souvent, ils ne font pas Taccord, malgré Marot : V acteur qui ceste hystoire a recuilly et mis en la forme (Lera. de
Belges, m., 1524, 1. I, ch. 5, A, VI v^); laquelle Luy, qui est vérité infallible nous a promis (Lef. d'Ét., Pref. des Év., Herm., C, I, 135) ; toutes les choses que ie vous ay dict (Id., ii., p. 136) ; toutes ses œuvres aussy a faict et continue (Briçonnet, Let., 1524, Herm., C.^ I, 188) ; voz lettres que auez escript a mon frère (Laur. Coct k Farel, Autog., 25 juill. 1526, lA., I, 442) ; ... tousiours la fréquentation DevousVay eu {Marg. de la Marg,, IV, 55) \ promesse tu nous a fait [Ch. hug., p. 354, 1550); de l'angoisse nouuelle, quelle à receu par mesme moyen [Amad., 1. I, f® 3 r®); /c« choses que tu auras prins pour ton vsage (Meigret, 0/f. de Cîc, 34); Les douleurs qu'en viuant i'auray receu par vous (Rons., IV, 381, M.-L.) ; Tu sçaiz bien les tours que tu m'as faict (Des Per., II, 150); la plante quon a veu en vn endroit (La Boet., 24, éd. Bonn., CIEuv,)\ la puissance que le peuple lui a baillé (Id., 20, ib.) ; entre toutes les choses que tu m'as conté (Paliss., 48) ; plusieurs choses que par cy deuant tu as ignoré (Id., 18) ; vne telle folie , que tu m'as icy proposé (Id., 40); conuoiteux d'honneur. Les loix du Seigneur Vous auez /aw«^ (Rivaud,, p. 96); aux discours que i'en ai fait sur Electre (Id., p. 45); la diuersité des vins que i'ai beu (Bouch., Ser., 1. I, 1, 1. 1, p. 10) ; les excuses que i'en ai faict (Jos. Scaliger, Let., p. 27); les lettres que Monsieur Cuias a receu de Romme (Id., ib., 165); ce n'est pas la première honnesteté et courtoisie que i'ai receu de vous (Id., ib., 178); la préface que Lipsius lui a faict [Id,, ib., 260); quant a ceux de Ennius ie ne sçay ou il les a veu (Taboxu*., Big., 135 r^); quelque bonne mine que i'aye faict (Mén., 39, éd. Lab.) ; les raisons que i'ay maintenant appris de vous (Du Vair, 417, 20) ; ceux que vous auez veu au supplice (Id., 388, 9) ; les loix qu'elle a donné et publié depuis tant de siècles (Id., 360, 18).