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CHAPITRE VII NÉGATION

NE PAS, NE POINT. — Nous avons vu qu'au xv* siècle déjà, la négation simple commençait à se compléter ordinairement par pas et point (voir t. I, 478). Toutefois, Taddition de paSy point n*est pas, même au xvi* siècle, d'un usage absolument régulier, tant s'en faut. Rabelais écrit très souvent ne sans particule : ce nest faict de bons voisins [Garg,^ ch. 25, t. I, 98); Mais il ne se contenta de leur responce (1. II, ch. 5, 1. 1, 238); Vabsence duquel navoit amoindry sa bonne volunté (Marg. de Nav., Heptam.^ p. 74); ce nest chose si nouuelle ''Ead., lA., p. 521); N'est faict viuant Vhomme pour tost mourir (Ead., Der/i. po., p. 394); regarde nostre immitateur premièrement ceux quil voudra immiter^ pour ne faire comme ceux... (Du Bel., I, 38); il ne fut Vvn de ceux... (Rons., III, 343); ie ne veux vous molester dauantage (Lar., Jal.^ act., i, se. I, A. th. fr.y VI, 12); d'un charretier qui ne s'estoit a sa prière voulu arrester [Mém. reine Marg.^ p. 5); le testateur noublioit les noms des particuliers (d'Aub., Œuv.^ t. II, p. 267, R. et Causs.). Et on pourrait faire une liste sans fin d'exemples analogues ^

Il n'y a pas lieu de distinguer des propositions indépendantes les propositions dépendantes, où l'emploi de la négation simple est également très fréquent : ie m'asseure que vous n oublierez de représenter le festin superbe {Mém. reine Marg., p. 9 ; cf. Eamd., ib.y p. 3, 12, 15, 24, etc.) ; afin que les Hérétiques ne s'en seruent (d'Aub., OEuv.y t. II, p. 245, R. et Causs. ; cf. Id., ib., p. 248, 249,262, 272, etc.); combien qu'il ne hennisse après autre auoine (L'Est., Jour. H. III, 295, 2).

Toutefois, il convient de tenir grand compte de ce fait que les Latins disaient non tout court, car il n'est pas démontré que cette manière de faire ait été sans influence sur la langue littéraire.

1. Il faut noter aussi que Ton trouve Tinterrogation négative avec ne seul : n'auons nous Us dictions aussi propres,... aussi bien que cest ancien Romain (Pasq., L^tt., liv. 1, 2, t. II, p. 3, C).

Meigret, le premier, a observé très nettement que la négation composée était conforme aux habitudes du français. « Nous auons infinies façons de parler qi se trouveront bien froçdes, si nou* leur' retranchions pas, ou point : corne, il n'a diz ans^ pour il n'a pas diz ans , il na arjçnt^ pour il n'a point , il ny va pour il ny va paSy il nçn a pour il n'çn a point » (129 v**).

Les phrases où la négation composée est employée abondent : il nauroyt pas s'amye (Marg. de Nav., Heptam.^ p. 76); Ze secours venoit si tard qu'il ne pouoit plus estre creu ne espéré (Ead. , ib,j p. 76. On trouvera à la page 517 du même ouvrage trois exemples de négation composée, de même à la page 519^ etc.) ; revenir à la cour pour ne bouffer plus d'auprès d'elle; [Mém. reine Marg,, p. 9, etc.); mais il n'y prenoit point de plaisir (Des Per., Œuv.y t. II, p. 51 ; cf. Id., iZ)., p. 53) ; Ces cautions ne de/fendent point (d'Aub., (Euv., t. II, p. 236, R. et Causs.; cf. Id., tA., p. 242, 244, 247, 251, 255, etc.).

Un fait caractéristique prouve qu'à la fin du xvi* siècle la négation composée tend à remplacer la négation simple. En 1595, le nouveau texte de Montaigne ajoute des pas là où ils manquaient dans rédition de 1588 *,

NON PAS, NON POINT. — Joints à /ion, pas et point se rencontrent surtout dans les phrases comparatives, dans le terme auquel on compare, que la proposition renferme un verbe, ou qu'elle n'en renferme pas : luy rendoit plus de fruict que non pas vne grande quantité de celles de ses voisins (Paliss., 16); qui ne penseroit que cela fut plustost feint et trouué que non pas véritable ? (La Boétie, 9, éd. Bonn,) 'y la cauallerie de laquelle l'on se seruira mieux estant reduicte en compaiynies de gens d'armes^ que non pas comme elles estoient {Let. miss, H. IV, t. 111,221); mes iours Deuoient plustost finir, que non pas son discours (Régnier, Sat,, VIII, 64, éd. Courbet). Il est à remarquer qu'en langue moderne nous ne mettons dans ces phrases aucune négation^.

PAS ET POINT SANS NE. — Les mots complétifs ne suffisent pas sans ne à marquer la négation. On trouve, il est vrai, des exemples nombreux où ils sont seuls : on luy auoit point fait faire de seruice (N. de Tr., Par., 17); poinct soupper seroit le meilleur (Rab., 1.

1. M. Clément a relevé dans un volume de Du Bellay d'intéressantes annotations d'Estienne, où celui-ci a ajouté après ne, pas et point qui avaient été omis (cf. Oément, H. Estienne, p. 435).

2. Non pas a quelquefois le sens de pas même. On trouve même la négation simple non avec ce même sens: las, il ny a rien net, non les estoiles deuant son œil (Forcad., p. 11). Il ne subsiste que de très rares exemples de celte construction au xvii» siècle.

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III, ch. 13, t. II, 68) ; Doit pas regret la ioye estre suyuant (Mai^. de Nav., Dern, po., p. 395); Comment ! dit le preuosty i'auois pas diet cela (Des Per., OEuv,^ t. II, p. 219). Mais ils sont encore si rares que Maupas condamnera cet emploi de pas sans ne, comme une faute d'étrangers *.

I en va tout autrement dans les phrases interrogatives directes où l'omission de ne, que nous avons déjà signalée au xv* siècle, est tout à fait fréquente : est ce point le Dieu Mars (Rons., 1, 155, M.-L.) ; conois tu pas Archidemi (Baîf, IV, 33); fauroit il point , Madame^ ainsi trompée (Tahur., II, p. 19, son. 20, Blanch.); voudriez vous point m'enuoyer vn tonnerre [Marg, de la Marg.y IV, 17) ; auez vous pas oy ce que ie veux (Lar., JaLj act. ii, se. i. A, th. fr.^ t. VI, p. 22); est ce pas de vous que i*ay en/enrfu ^ Du Vair, 334, 6; cf. 349, 35; 355, 11; 395, 29, etc.) 2. Les exemples abonderont encore au xvu* siècle.

Même dans l'interrogation indirecte, on rencontre cette omission de ne \ Il fault encores sauoir d'eulx... s' Hz se vouldroient point rendre (Loy. Serv., p. 278); voir si les Cheuaux^ Vaches^ ou Porcz y ont point entré (Soèl du Fail, Prop. rust.^ I, 33); après disner enuoyerent sçauoir si les eaues estoient point escoulées (Maig. de Nav., Ileptam., I, 242, Hug., o. c, 265); ie vas veoir s'il a point a/faire de moy (Lar., Jal., act. iv, se. v, A, th. fr., t, VI, p. 69); chacun peut iuger si les hérétiques de nostre temps^ sont pas les auant-coureurs de V Antéchrist (Vigor, Serm. cath.^ 41); le désire sçauoir de vous... s'il y a point quelque chemin,, . (Du Vair, 395 et 396). Nous en reparlerons au xvn* siècle.

RESTRICTIONS DANS L'EMPLOI DE iVoiV; — La forme tonique de la négation non, Ikpù nous mettrions ne, est encore très commune chez Rabelais : non pouant en subiection contenir les Saxons (1. III, ch. 1, t. II, 19); non doubtant de leur feaulté [ib.) ; il me bailla en pénitence non le dire ne déceler a persone ib., ch. 19, ib, 98) ; non fera (Prol. du 1. III, ib., 12); paraduanture non seroys (1. 111, ch. 24, ib., 120); le roy osta a^tous privilégiez quelconques... de

i. m Les esiran^iers font souueni ce solœcisme en nostre langue d obroettre la negatiue iVe, quand leur propos contient l'vn desdits termes négatifs en apparence ; Disans : lay rien fait, lay iamais enienda... » Le propos, ajoute-t-il en substance, est ainsi plutôt affîrmatif, car c'est proprement la négation adhérente au verbe qui fait le sens négatif (Maupas, 1607, p. 358;. Même remarque dans Oudin ,1645, p. 290).

2. Cf. une fine remarque de Meigret dont voici le sens. On peut dire sans négative : Iré' vou* pM a Rome? A' vou^ point été a Lion ? Mais cette interrogation semble enlever le doute même de l'interrogation. La véritable interrogation est : Irez vous a Rome? {129 T^),

non pluz auoyr du sel [J. B. P., 46) ; affin que me fasses inhibition de non procéder oulire (Dolet, Gest. de Pr. de V., p. 4). Malgré cela on peut dire que non se restreint peu à peu aux emplois où nous l'avons gardé, et qu'on ne le rencontre plus guère, en dehors de ces emplois, qu'après les verbes être ou /aire, dans des formules négatives : non est certainement (H. Est., ApoL^ II, 95) ; non feras certes (Id., ib.), Maupas, en 1607, donne encore ime grande place à ces locutions (353 et 354).

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