‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 217 sur 248 · CHAPITRE VIII PRÉPOSITIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII PRÉPOSITIONS

A se trouve encore dans le sens de : au moyen de avee^ ainsi : ceulx qui le seruoyent^ le lièrent a gros cables (Rab., Pant.y ch. 4, 1. 1, 234) ; a peu de cohorte (Mar., III, 128) ; mais cet emploi devient plus rare. Il faut signaler en particulier le vieillissement des expressions : se battre a, auoir débat, combat a : Vaigle voilant eut au formis débat (Corroz., Hecat. ^hes petis, p. 104); voulut a telephant combatre (Id., i7>., Subtilité, p. 110 ; se combattre à est encore dans Nicot).

J'ai parlé des confusions que la chute de ou et de es amène entre à et en, et marqué que souvent au, aux se rencontrent à la place des formes contractes disparues.

L'analogie amène même à à suppléer souvent en, dans d'autres cas : y auoir eu quelque chose remarquable a ma vie par auant [Mém. reine Marg.^ 4); a toute autre qua elle... Von eust aisément congneu le transport quvne si excessive ioye luy causoit (Ead., 13). De sorte que à et en sont alors bien proches, même ailleurs que chez les Gascons : il na tenu sinon en toy, que ce ma esté faict (Cord., Corr. serm. cm., 421, A) ; a la présence des hommes (Du Vair, 354, 34).

A continue à marquer le rapport de possession. A l'époque de Marot, il est tout commun en ce sens : La fille au roy (Mar., 111, 245) ; De la beauté des hommes me déporte; Et quant a celle aux dames, ie rapporte Qu'en ce monceau laide seroit Helaine (Id., II, 71 ; cf. I, 244; III, 19, 197, 200). Ronsard l'emploie aussi : V Eglise a lesuS'Christ [Disc, a Guil. des Autelz, dans les Po. ch., éd. Becq de Fouq., p. 367); Et après lui toute l'école en use de même. Ainsi Desportes : la femme a Tithon {El., livr. II, Eurylas); comparez Montaigne : le Père aux Juifs (1. II, ch. 3, t. III, fp. 35), etc.

Toutefois Meigret, en citant l'expression : le bonnet a Jacques, imagine im verbe sous-entendu : « combien q'on die le bon§t a laqes, nous y surçntçndons qi appçrtient : bien la rue aoz oz aosi, ç aotres sçmblables, sont par abbreuiaçion de langaje : car Iç' pre-

poziçions a, ao, aoz, sont plutôt aqizitiues, qe possçssiues : parqoç çlles reqieret çtre gouuçrnées par vçrbes, ou participes » (118 v^). C'est la première réserve faite par un grammairien sur ce vieux tour auquel des générations de théoriciens ont fait par suite une guerre séculaire.

A se rencontre toujours devant Tattribut : le ieune brodequin prenoit la vieille botte a femme (Rab., 1. IV, ch. 9, t. II, 303); vous auez prinse a femme Sophonisba (S*-Gel., III, 195); De luy bailler sa fille à sa femme (Godard, Desguis, ^ a. V, se. v, A. th, fr., t. VII, p. 460); demander a femme (Lar., Esp., act. n, se. i, A. th. fr,, V, 220) ; craignant quelle ne print a mary vn infidèle (Vigor, Serm. cath.^ 108).

La construction sans préposition perd du terrain : Si ne croy-ie pas... que Dieu... peut auoir agréable la sottise des femmes (Mai^. de Nav., Heptam., p. 517); tiens heureulx (Coll., GEuv., 28); de ce iour me acceptastes vostre [Amad.j 1. I, f® XVI v**) ; fay cher que m' auez descouuert vos amoureux accidens (Lar., Jal.^ act. i, se. I, A. th. fr.^ VI, 12) ; ce que vous tenés si cher (J. Scal., Le/., 32) ; à combien plus forte raison doiuent ils auoir agréable la calamité décernée par la Justice diuine (Du Vair, 388, 19). On retrouvera cependant cette syntaxe beaucoup plus tard.

AUPRÈS se trouve encore, mais moins souvent que auprès de : tout auprès le grand autel (H. Est., Apol.y II, 25).

DE. Il est impossible, à mon avis, de faire remonter au xvi* siècle la répartition des fonctions entre de et par, qu'il s'agisse de verbes passifs ou actifs. On dit aussi fréquemment encore : se laisser transporter de la colère (S'-Gel., III, 200) que par la colère. Ainsi : ce qui fut dict des gens de bon scauoir (Corroz., Hecat., Prol., p. xxvi) ; il estoit visité des plus célèbres hommes de la ville (Du Vair, 406, 23) *. Montchrestien, qui écrit tout à la fin du siècle, use encore couramment de de. En se reportant à la seule page 81 de Tédition moderne, on en trouve cinq ou six exemples : // n^ estoit affligé de crainte et d'espérance, Nimeu d'ambition... De son plaisir conduit... La sans estre touché des vains soucis du monde, etc.

Avec le sens de au sujet de y la préposition de se trouve encore souvent derrière les verbes signifiant demander : il luy demanda de son affaire {Xmyoi, Vies, Lyc, p. 50, H); quand on Vinterrogue de chiens (Id., QEuv. mor., 376 v®, E) ; on lui demande des ieux où Von s exerce a nud (Id., ib.).

J'ai noté au tome I, p. 45i du présent ouvrage, la longue survi-

1. Cf. au contraire : Incongneu par Us nàutonniers (Corroz., Hecat., Péril, p. 174).

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