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CHAPITRE IX ORDRE DES MOTS

La syntaxe moderne s'annonce nettement, ici comme aiUeurs, non qu'on ne puisse citer de toutes ou presque toutes les anciennes constructions des exemples souvent abondants, mais, en général, ces constructions ont déjà le caractère de transpositions. L'ordre usuel de la proposition est, dans la plupart des cas, le nôtre, et des grammairiens commencent — chose significative — à prétendre qu'il est le plus naturel. Meigret dit : Si nou considérons bien Tordre de nature^ nou trouverons qe le slile François s'y ranje beaocoup mieus que le Latin (143 v**).

Il faut rappeler ici qu'un essai fut fait par Scève et son école pour introduire dans la langue poétique im libre arrangement des mots comme en latin. J'ai étudié ailleurs ces fantaisies qui aboutissaient à des vers comme ceux-ci :

Est de Pallas du chef ingenieus Celêstementy voulant Dieu ^ départie^.

Les poètes eux-mêmes ne persistèrent pas longtemps, et Ronsard leur donna un conseil bien sage : Tu ne transposeras iamais les paroles ny de ta prose ny de tes vers ; car nostre langue ne le peut porter^ non plus que le latin vn solécisme. Il faut dire : le roy alla coucher de Paris à Orléans ^ et non pas : A Orléans de Paris le roy coucher alla (Rons., III, 26, 1572, Blanch.).

A vrai dire, on se licencia encore longtemps de ranger les mots suivant la commodité du vers, mais en général la langue prit des habitudes plus régulières, et la « transposition » commença, en prose au moins, à devenir quelque chose, sinon de choquant, du moins d'exceptionnel ^.

Je me bornerai à marquer ici les constructions qui se trouvent

1. De Phil. Bugn. viU el er. versibus, 135-138. Ck>inparez : pour non U fin a mon doalx mal prescrire (Del., LXXVI, p. 38) ; que pour aimer. Dit il^ d'nmer Le cœur de Bhidie supnorte (Bugn., Er,^ 113); enire vne gr&nd'de dames légion XVIIl, p. 15).

2. Voir Philippstal, Die Wortstellung in der franzoesischen Prosa des XVP^^Jahrhunderls. Diss. de Halle, 1886, 8«; et Orlopp, Ueber die Wortstellung beiRahelais^ DisB. d'Iéna, 1888, 8*.

au XVI® siècle, mais qui deviennent plus rares, au point que Malherbe les notera comme forcées ^ .

PLACE DU SUJET. — La transposition du sujet, sans raison apparente, se trouve encore : Rioit Eutrapel, s'addressant à Polygame (N. du Fail, Eutr.^ II, 71) ; fut tout a propos dressé vn festin (Id., l'A., 75) ; son nid faict La pie (Corroz., Hecat,^ Se gouverner, p. 148). Elle devient de moins en moins usuelle.

Quand la phrase commence par un adverbe, une conjonction, un complément circonstanciel, le sujet est encore presque toujours postposé au verbe, — il Test encore aujourd'hui avec encore^ peut-être^ etc. — : En celle heure partit le bon homme Gallet (Rab., Garg.j ch. 30, t. I, 114) ; Alors descendit Gymnaste de son cheval (Id., */>., ch. 42, t. I, 157); Conibien fasche aux mortels de vous Vesloignement (S*-Gel., III, 169)^ ; mais bien soutiens-ie que (Du Bel., De^., II, 2, Cham., 175-6); Cela veulx-ie bien tesmoigner (Coll., Œuv.y

Voici des exemples où la proposition commence par et : Et fui

l'armée iusques a sainct lehan piedeporc... Et luy succéda le Roy

présent (Dolet, Gestes de Pr, de V., p. 21j ; le Pape Clément alla

de vie a trespas^ et tient on qu'il fut empoisonné (Id., /A., p. 65); on

le tueoit et pilloit-on [J, B, P., 235); disant que en plusieurs

choses on y defailloit, et abbusoit on {Ib,y p. 94).

Mais Tordre moderne se répand : Et ne faut pas faire comme Aristote escrit (Amyot, OEuv. mor,, 60 v<>, F); Voilà comment la ville de Cumes fut deliurée (Id., Ib., 243 v«>, G); Et à la fin, Chéritagedemoura,., a sa fille Rolandine (Mai^. de Nav., Heptam,, 365) ; Quand le matin fut venu (Ead., lA., 371); Or je reviens a moy mesmes (Des Per., OEuv., 1, 345); Et, toutes foys, je suis bien asseuré que si je vouloye (Id., lA., 1, 364) ; Et encores en Normandie on appelle douit vn canal (Fauchet, Orig. de la l. fr., 559 r**).

Quand la phrase commence par le régime indirect, on fait généralement la transposition : A leur requeste ne feurent aulcunement enclinez les fou aciers (Rab., Garg., ch. 25, 1. 1, p. 97); A ceste destinée ne pouons nous contreuenir (Id., 1. III, ch. 51, , p. 239); De la peau seront faictz les beaux marroquins (Id., 1. IV, ch. 6, t. II, p. 291).

1. J'accompagne de quelques exemples mon exposé. On en trouvera d'autres dans Huguet, o. c.,398 et suiv.

3. On trouve même cette construction dans les propositions subordonnées : Venez et lesmoignez combien de fois le ionr Ay je troublé vos bois (Rons., Po. ch,, éd. Becq de Fouq., 65).

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