‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 37 sur 248 · Dejob, ib., p · texte numérisé non relu

Dejob, ib., p

6. On pourrait rapprocher encore Vulteius. Celui-là est si latin que jusqu'à ces dernières années on a ignoré qu'il s'appelait Jean Visagier. Et cependant, dans ses Épigrammes, il reproche à Danès de ne pas s'intéresser au français :

« Très linguas laudas, Graecam, IIu;brcam atquc Latinam, Cur non tam Gallo Gallica lingua placct? »

(I, p. 47, éd. 1536.)

Je ne citerai plus qu'un nom, mais c'est un des plus grands du XVI® siècle, — celui de Henri Estienne '. L'illustre auteur du Thésaurus professait pour l'antiquité une afTection non seulement profonde, mais singulièrement active. Il montra néanmoins qu'elle ne comportait pas nécessairement comme corollaire le mépris de l'idiome maternel. Evidemment, cet idiome ne saurait être mis au rang de la langue grecque. Elle est « la reine des langues, et si la perfection se doibt cercher en aucune, c'est en ceste-la qu'elle se trouuera 2. Mais du moins la nôtre a, en commun avec cette souveraine, une foule de mots et de tours. Tout l'ouvrage de la Conformité est fait pour le montrer. Et la conclusion d'Estienne est celleci : « Tout ainsy que le temps passé, après que Apelles eut joinct l'image de Venus, d'autant que son tableau estoit tenu pour un parangon de toute beauté, celles qui luy pourtray oient le mieulx, et tenoyent le plus de traits de son visage, estoyent estimées les plus belles, pareillement la langue françoise, pour approcher plus près de celle qui a acquis la perfection, doibt estre estimée excellente par dessus les autres. » Les rapprochements d'Estienne sont parfois faux, sa manière de raisonner elle-même plus que contestable; le fait n'en reste pas moins significatif : il préfère sans ambages le français au latin, qu'il attaque souvent en détail 3, qu'il place, considéré dans son ensemble, au troisième rang, avec l'italien et l'espagnol derrière lui.

H. Estienne nous conduit, par une transition toute naturelle aux érudits qui ont fait du français même l'objet de leurs recherches. Les travaux étymologiques, qui depuis le deuxième tiers du siècle allaient se multipliant, et les études dogmatiques qui furent consacrées à notre idiome sont une preuve suffisante qu'il s'imposait de plus en plus à l'attention ^.

Chez beaucoup de ces érudits, le goût d'étudier notre langue repose sur le désir de la servir. C'est très sensible chez Meigret, quoiqu'il ne s'en explique que brièvement ^, chez Pillot, chez

Page 1