‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 51 sur 248 · Cet ç n'était pas une nouveauté et se trouvait pour ae · texte numérisé non relu

Cet ç n'était pas une nouveauté et se trouvait pour ae

Peletier approuve e crochu. Mais Des Autels le trouve mal inventé ; il aimerait mieux un e à point dessous (p. 28). Tous deux sont d'accord pour protester contre Tabsence de distinction pour Ve muet, que Des Autels appelle impur fait, et Peletier foord.

2. Dauron, dans les Dialogrues de Peletier du Mans, p. 106, discute la question des accents aijçus sur les lonjfues, auxquels il voudrait ajouter quelques accents g^ves sur les brèves. Cf. Peletier lui-même (Apologie à L, Meigr., 18).

incbich ip;dofrd(ïré>/î je viéiis»dirc fcome la r^rondclipronôçiâçionmc iàt^ro^t) (j'çn notre fange, f,nè doçt jias çtre pronoÇéc ça bc fie, fcftc:, trayftre ^la ou.çUc la floçcçtc' çntpçfte, rçfte,trifl:é , ç qc , j-, D,ne doçucc pai çs^e'^^^ fcrccs çii formp'ient la ou nou Içs douons ^co» nqnÇexvçn rnoictKftofe^nibfablcmçnt 1 çt vcuic, qc (Uulç rwjifctt . çt rd prononçce?ç cinfi d'aotr,e^ïflfipi2vôcabIcs?Ci|Ilc rçzon fanons nous m^tÈr'çnauanrpourcouurir cçte grande bçnzc, & fott|,optn(atretc ? finon qe nous recourions (oudcin-ïTàft'ançliizccomunc des ancs, alIcgansqcççd'uzajCjqtçt vnc vraye couuçr-i turc dVn fac moullc.Car coiTic l'ccriturc ne foçc cjcJavray'jmajcdelaparollc, abonc rçzon on rcfi;kHi:rafao{'çai>uziue,rieîlc ne luy çtconforme^aç-vB; aftçmbiemçnr die Içrtres conuc* Bançc»^&batimçnc4ç' vt>^. i3^ccûç^t o:yi%ç«» luydf^wugyyrmiwi l^i' B^iM^*^s^^;;^^^^^Itçr^^ fez lîpourfç'rcle vrey pourtrçc de l'honic^ it** luy pcijoç't au my lieu du froncvne eue de veao {dç\rctcalîçsioi cpaolcs: ou luy çncaflct dç* coriç?<f<^,bctfô'aos jcaouçls:qf|bnc coures çliô 7cSf^erinçyûiçc|>tfka«>^vif: Cçtoiqucç donq, jioBs (àuucron' nous^^moqeri" çiy l'ecritçurc ;)^SÏ|jftoten t,v«Tq pnqtef r^n Ç0Ç5 bi en a p rms n'y pcmûa^l j^iK: i , lie fl : çà^q^M'ecrittur* çc de Jiuyclçtcrcs>Ia oulâproûançuçion n'çtqe de til A iij cinq

MF-IGRET. — REPONSE A LA DEZfcSPEREE REPLIQUE DE GLAOMAt.IS DE VEZELET. MDU.

(page 3)

lints.iT. — llisl. lie lu Lansup fr., 1. Il, pi. I ol II.

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or.:""*-

M. A t ' t 1S ri \

lînux-.T. — Hisl. do la I.nn-;up fr., l. Il, pi, I ot M.

çSnqVoçstcaf notf 4iï©hïëioéb.Qé}lc côucnan ç* y tFQUÙé'voEÇ donc du vifafoaimaje ? cjçlle l?çzoii ÇsQtios nou* mcttï-'çn auatq'çUçnclbçt ^oii^o,oftracuze,q çt ççi àotrc,de rhomePSuy .^^i^oa^ lèdeuôçr qc dôçt rccrittUr a hjpneçiaçf(jn;çj)tcftranl|a vérité aoTaofcs opiniôs, ç mccôtçntcmçfts dçg hwiiçS inuctcrczçn leur abusje m'cfforçcrey de fçrc^qâdr^r Içlcttrcs, çl'ecrittur'ao'voçs.çala pronôçiaçîonfàiis awpçregart ao»lôçs fophiftiqes dç* deriuç2oiis,ç dàffètçnçestaoqçllcs fefommçttetpl'qcjaraçs aocûs dç* nôtres , corne beufs ao jôu^fans auoçr ao demourantaocune côfideraçfon de la Içdure.TçllcmêtqetouteinflqejenvcfForçe de decharier notrccritture dç Içttres fuperflues , ç la j?^drc lizabk fuiuant Tuzaje de la prolaçion: .gisaslaaocontrércncluypçnfcntpas fç're peu dii«BcurfÉ^a.parat>de plumes daotruy pour lajegyagcdttibww'qe'»eûygfrffg&i8fefez qi ne lontpas^n moindr'altçrcaçign fi b , çc plus cô uenant ao mot ccrire^qe p: ç fi efcribrejÇt point mclleur qc efcripre, q* feroçt deu médecins iijoranSjh laûgu' çtplus noùrnflànte pour Tho me qe le Sublimé:car tout cifi q'il'luy font mor tçls,aoiî Tont ççs autres Içttrcs a la vraye prono çîaçion d u mor,ecrire.Il eft vrey qeçete manière d>criueins cfpere bien motrer par la q'irdnt fiirtproufitté ç* lagcs Latin* çGrecqerhdrs q'ils ^ fc

MEIGKET — REPONSE A I.A DEZESPEREE REPLIQUE DE GLAOMAI.IS DE VEZELET. MDLI.

(page 4)

Librairie Armand Colin. Paris.

ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET d'uNIFICATION DE L ORTHOGRAPHE 105-

u côsonante

ou u

n en

ca latin

r er

k grec

X, es, cç ix

gamma

qu

U faut y ajouter :

ch

cha aspiré

é, é, é, i, ô, ù voyelles longues

el

ao au

em

oe oi ^

Il est certain que sur bien des points, même là où l'évolution de récriture ne lui a pas encore donné raison, Meigret avait vu juste. Substituer le ç au / dans nation, le j au ff dans manger ;^ distinguer le groupe // dans village du même groupe dans cheville , employer IV, là où elle s'entend comme diction y non là où elle ne repose que sur une erreur graphique, c'étaient des idées justes et neuves, quoique nous en soyons encore, après environ trois siècles et demi, à en réclamer l'application. Sur d'autres questions, les propositions de Meigret ont fini, après bien des retards, par se faire adopter. Les consonnes étymologiques, ou en général superflues, s'en sont allées une à u .e : ung^ recepvoir, aultre, beste, haste ont pris l'orthographe qu'il leur souhaitait.

Le défaut le plus grave de son système a été, je n'hésite pas à le dire, quelque paradoxal que cela puisse paraître, de ne pas innover assez. Dans les révolutions de l'a, b, c, comme dans les autres, la timidité n'est pas de mise, et Meigret, malgré son caractère entier, a fait des réserves. Il est certain qu'il a eu tort de ne pas aborder la grosse question de la graphie des nasales, mais il n'a fait que l'entrevoir. Au contraire, il a vu d'autres améliorations, même peu difficiles à tenter, et il a reculé. Il n'a pas osé proposer u avec « un point ventral », pour distinguer w de u ^. Il a éliminé des consonnes superflues, il n'a pas touché à Vh initiale ; il a adopté un ç, au lieu de prendre simplement « ; il y a plus, il n'a pas même osé supprimer le A et le qr devenus inutiles par l'attribution d'une valeur unique au c. Ses inventions d'fZ et de ç/i ne sont que des demi-mesures. En somme, il s'effraie trop tôt de sa propre audace, et, quoiqu'on puisse noter certains progrès d'un de ses livres à l'autre, il n ose pousser jusqu'au bout, ajouter et couper dans l'alphabet même, comme il eût fallu le faire dans cette tentative

1. Cet alphabet est incomplet. Dans sa Grammaire, f» 15 v, Meijcret s'enhardit à écrire 17 pour U^ et ri pour gn.

2. Ment.j p. 12. Peletier est plus timide encore (v. Dial., p. 118). Cependant, en Espace, Nebrixa et en Italie le Trissin avaient le 1" en 1522, le second en 152i, soutenu la nécessité de distinjfuer Vu du r.

106 niSTulRK DK LA LANGUE FRANÇAISK

héroïque*. Il s'embarrasse même d'une formule mauvaise, qui contredit son système, en prétendant rendre aux lettres leur valeur ancienne, ce qui devait nécessairement amener ses contradicteurs à sophistiquer sur la prononciation de Ve ou du c chez les Romains. Au contraire, dégagé de cet obstacle, s'il avait pris pour but, sans s'occuper du passé, de donner aux lettres, soit par des signes diacritiques, soit par l'adjonction de nouveaux caractères, une valeur une et fixe, son système ne risquait pas plus pour cela d'aboutir à un échec, peut-être même eût-il tenté quelques hardis esprits — c'était le temps où ils s'élevaient en foule — par sa logique et par sa simplicité.

Les ADVERSAIRES DU SYSTÈME. — Mcigrct trouva deux adversaires principaux, l'un dans un jeune homme, Guillaume des Autels-, l'autre dans un médecin que j'ai souvent nommé, Peletier du Mans. Le premier libelle de Des Autels, publié sous l'anagramme de Glaumalis du Vezelet, était, d'après ce que l'auteur déclare luimême dans le second, une simple lettre à Philippe Lebrun, qui aurait été imprimée contre son aveu. L'excuse est trop banale au xvi* siècle pour être reçue sans preuves. Quoi qu'il en soit, la réplique qu'il a signée n'est guère supérieure à l'écrit soi-disant échappé de sa plume. Il est incontestable que Des Autels avait l'intelligence vive et pénétrante; il le fait voir dans cet opuscule même où plusieurs pages qu'on ne cite jamais, je ne sais pourquoi, expriment sur l'avenir de l'art nouveau et la nécessité de le dégager de l'imitation, comme la Pléiade prétendait le dégager de la traduction, des idées très hardies et peu communes. Ailleurs, Des Autels a osé se poser en adversaire de Maurice Scève et de l'école de l'obscurité ; Du Bellay lui-même ne l'osait pas ; mais ici, quoiqu'il annonce d'autres ouvrages du même genre, dont la perspective excite la verve railleuse de Meigret, il ne me paraît pas avoir mérité les éloges que M. Livet, un peu partial à l'égard du système, lui a accordés. Sur quelques points de détail et de faits il a raison, du moins en partie. Mais sur les principes, il témoigne vraiment d'un réel défaut de maturité. Quoiqu'il ait essayé, dans son second

1. « Plusieurs se pler\et de recrilture qe j'ey obsçrué (combien q'çUe ne soçt pas du tout selon qe rcqcroçt la rij^eur de la prononçiaçion) m {Gramm.^ t* 10 v*). Cf. : « pour aotant qe je sey qe toutes nouueaotés sont deplçzantes, qi ont qelqe çhanjement de qelqe façon de vie, tant soçt ellçs rçzônables, ç qe le tçmps meurit toutes çhozes, je m'en suis déporté pour ççt' heure >» (Menl.^ 15).

2. SurGuill. des Autelz. Cf. Goujet, t. XII, p. 313-357 et Chamard. r/ié«c, p. 147 et suiv.

h>SAIS DK SIMPLIFICATION ET dYmFICATION DE L OK TIIOGRAPHE 107

facium, de se reprendre et de rejeter son erreur sur une faute de typographie, il a réellement, Meigret le lui démontre sans peine, laissé échapper cette théorie inexcusable que, contrairement à ceux qui « veulôt reigler lescripture selon la prononciation, il sembleroit plus conuenant reigler la prononciation selO Tescripture : pource que la prononciation uzurpée de tout le peuple auquel le plus grand nombre est des idiots et indoctes, est plus facile a corrompre que Tescripture propre aux gens scavants >>. Il vaut mieux, dit-il, « prononcer tout ce qui est escript * ».

Ainsi, pour faire l'application du système, si on écrit teste^ teste, pendant que Ton prononce tefe, bete, c'est la prononciation qui est à blâmer ; il n'y a nulle superfluité en l'écriture, « veu mesmement que les autres langues vulgaires, Italienne et Espaignole prononcent Vs ». A ce compte, comme l'observe fort bien Meigret, on devra aussi prononcer : escripre^ recepueur^ doibveni, estoient, et infinis autres vocables, aussi étranges ».

Au reste. Des Autels lui-même, avec des idées aussi enfantines que celles dont je viens de parler, ne laisse pas, par une inconséquence singulière, de reconnaître qu'il y a bien à reprendre dans l'abus de la commune écriture [l^ep, c. Meiyr,, 56). Malheureusement, il n'a dit ni à Meigret, ni a nous, sur quels points il croyait que la réforme dût porter. Ses opuscules sont donc plus intéressants par les renseignements qu'ils apportent sur l'histoire de la prononciation, que pour la réforme de l'orthographe.

Le petit livre de Peletier du Mans n'a aucun titre belliqueux, tout au contraire •''. Le ton de l'auteur est tout à fait autre que celui de Des Autels, et tel vraiment que le méritait l'œuvre sérieuse

i. Ce non-sens linguistique, inexcusable, même à IVpoque, est vertement relevé par Mci}(ret : « Q\\\c réponse pourroç' tu fçr'a vn peintre, qi... ne sVstimant pas moins sauanl çn son art, qe toç çn ton ecritture Françoqze ». voudrait « corrijer nature com* ayant cJcfal'Iy <;s orçllcs de Gyflaomc pour Içs auoçr fçt trop courtes. ç etroçttes : ç qe fînablem *nt il Içs te iit ^n son pourtr<;t d'vue tçU' auenû' ç poel, qe \% port' vn àne rou'c? Qçlle defçnsc pourras lu amener, que suiuant la mçme loç dont tu nou' veu' tous forcer à pronouycr Iç* lettres superflues (q'onqes lange de bon Françoçs ne prononça » qc tu ne doijues ausi charjer ç çnter çn ta t^te ces bçUes ç émples orçl'lcs d'Ane? - De/"., B. II, v.

H. Estiennc, tout étymologisto qu'il est, signale au contraire le danger de cette prononciation des pindariseurs, qui fait rentrer dans la prononciation des lettres devenues muettes {Hypomn. de l. Gnll., p. 2).

Dans sa réplique. Des Autels dit que l'imprimeur a passé ne avant prononcer, p. 24 : c'est une excuse d'écolier que tout le passage dément.

2. Meigret lui demande encore à ce propos (De/*., B. III, r*) si « Iç* Françoçs sont tenuz de parlçr Grçc, Latin, Hespaf^ol, ne Italien?... Je m'emervçHe que tu n'as dit leêla : a celle fin qe tu gardasses du tout la prononçiaçion Italiene ».

3. Apologie a Louis Meigrql Lionno^s (réimprimée dans le Dialogut dt Vortografé e prononciacion françot^se départi en deus Linrts^ Lyon, Jan dt Tournas, 1555). — Dédicace du 29 janvier 1550.

de Meigret. Il a pris grand plaisir à voir « restituer » notre écriture, et tout en proposant son système à lui, il s'accommode autant qu'il peut à celui de Meigret, ne voulant dédaigner de « t0nir avec lui un ch0min qui dt soç n'eto^t que bon ». Mais il ne faudrait se tromper ni au titre, ni à Texorde. La condescendance de Peletier ne va pas très loin, et les critiques sont beaucoup plus nombreuses, dans ses quelques pages, que les éloges.

Sur le fond de la question, comme Peletier le dit lui-même, il est d'accord avec Meigret, et il juge notre écriture avec la même sévérité, comme un vêtement dépenaillé, ou un déguisement qu on croirait donné à la langue par dérision *. Le principe à garder dans la réforme semble aussi le même aux yeux de Peletier ; tous deux visent « a un blanc, qui ^t d0 raporter l'Ecriture à la prolacion : c'(*t, dit-il avec raison à Meigret (9), notr0 but, c'^t notr0 point, c'vt notr0 fin : somm0, c'^t notr0 uniuçrsçl acord^. »

Toutefois, malgré ces prémisses, ce censeur bienveillant trouve presque autant à reprendre soit dans les détails, soit dans les principes qu'un ennemi y eût trouvé. En fait, d'abord, il conteste sur bien des points que la prononciation figurée par Meigret soit la bonne, et on voit la portée de la critique, tombant sur un système dont l'observation rigoureuse de la prononciation était la seule base 3. C'est une condamnation. Peletier en arrive à dire au desti-

1. « l'è, antriî autres choses, pris grand plçsir a vo^r la pein0 qu* lu prans a restituer noir* Ecritur* : laquel*, d* fçt, ^t si corrompu*, c represant* si peu c0 qu'çl* do^t rcprcsantcr, qu'on la peut rçsonnabl*mant comparer a un* rob* d* plusieurs piec*s mal raporte*8, eyant l'un* manch* longu* c larg*, Tautr* court* e étroit* : e les cartiers çan d*uant dçrrier*, laqucl* un per* balh* a son anfant, autr*mant d* bçl* talh* e bien proporcionnc d* tous ses mambr*s, ou par nonchaloçr, ou par chich*te, ou par contann*mant, ou an somm*, par p6ur*te (p. 6). (^rtcin*mant il i a fort long tans, e a pein* m* souuient il auo^r ù le Jug*mant si jeun*, qu* j* n'ç* ù bien grand hont*, voçr* dépit, d* vo^r un* tel* Langu* comm* la François*, ^tr* velu*, niçs plus tôt masque* d'un habit si diform* (ib.). » Dans le Dialogue il montre d'une manière intéressante la supériorité de l'écriture espagnole, déjà marquée de ce temps-là, aujourd'hui éclatante fp. 112 et 113).

2. Sur certains points aussi, ils tombent d'accord. Peletier trouve aussi mauvaise que Meigret l'écriture de m:iislre, paintre^ et « \\ a keu* »» du moyen âge, dont GcolTroy Tory s'était déjà servi en latin, que Meigret propose, lui paraît très bien convenir pour ce son. Dans son Dialogue, Dauron, qui parle au nom de Peletier. condamne, C()mme Meigret le t de et, le d de adnenir^ Vs de hUisme, Irosne {p. 1 U), le ch de charactère (p. 112), l'a des verbes au pluriel (p. 128), le t final suivi de Vs de flexion ^p. 129), l'ii étymologique de umhre pour ombre et le x de gracieux (p. 132) ; il accepte \'y grec, mais non avec l'abus qu'on en fait à la fin des mots (132^ ; il écrit et, ey dans einsi, efreyanl ; à ph il substitue souvent f : fîhsope: à f -h i, ç : descripçion.

3. 11 ne croit pas que l'f de nacinn soit long, les voyelles françaises étant toujours brèves les unes devant les autres, sauf devant e muet (p. 19). De même pour Vu de puant (p. 20); aN, donné, ont la dernière syllabe brève (p. 21); violât ncst pas de deux syllabes; veramant ne peut être qu'une faute pour vrqmant fp. 22) ; eu* ne peut pis se prufijrer par u tout nu, mais par la diphtongue eu; nagu^r^, protr^ré^ n'ont

nataire de cette singulière apologie que, si ses opinions étaient reçues, il aurait abouti h un résultat contraire à celui qu'il cherchait, et trouverait même le langage déguisé, en Tentendant prononcer tel qu'il l'avait écrit.

Sur les propositions proprement relatives à l'écriture, mêmes observations : on ne peut utilement noter les longues d'un accent, ou plutôt d'une apicule que certains mots auraient alors sur chaque syllabe (p. 19). Ou est inséparable de notre vulgaire. Au^ qu'il vaudrait mieux remplacer par o, que par ao, s'entend dans cause, aussi bien que dans causa ^ ou du moins il y sonne d'une manière si analogue que cela ne saurait causer une erreur, etc. L^introduction de l'apostrophe au lieu de ïe féminin à la fin des dictions, n'est pas bonne, puisqu'il peut arriver qu'on s'arrête sur ces finales. Il n'y a pas d'intérêt à rendre unique la valeur de c, gr, en les écrivant toujours avec la même valeur dure, devant e et i comme devant a et o. C'est bien là la vraie puissance de c, mais la nouveauté en serait odieuse. Malgré aguiser^ où gu a sa valeur propre, mieux vaut laisser Vu dans longueur^ longue, guise. Qu est reçu dans toutes les langues ; on pourrait le remplacer par k ; mieux vaut qu'on n'y touche pas pour cette heure. Bref, la résistance porte sur la plupart des points qui tenaient à cœur à Meigret * .

Il y a plus. Malgré les affirmations du début, les principes des deux réformateurs diffèrent radicalement. Ramener les lettres à leur naïve puissance est une utopie aux yeux de Peletier. Il y a en notre langue, qui malheureusement a pris, par nonchalance de nos aïeux, les lettres des Romains, « une manière de sons, qui n0 se sauront exprimer par aucun assambl0mant ni eid0 de lçtr0s Latin0s ou Grequ0s » (p. 9), par exemple la dernière syllabe de homm0^ fammff, la première de Iaqu0s, iamb0s, la dernière de batalh0. Pour les écrire il faut abuser de e, /, /. De même du c aspiré pour écrire charité^ du v pour écrire valet ^ de gn pour écrire gagner"^,

pas d> ouvert, ni long (p. 32) ; Jbon^, comod^ ne se prononce pas par o simple, mais bonn4, commode (p. 33) ; troap, clous, nous, pour trop^ clos, noz et inversement bot, àuert pour bout, ouuerl, sont des prononciations « de la Gaul0 Narbonnoçs0, Lionno^s^, et d0 quelques androçz de TAquitein^. » Meigret ne reconnaît que deux sortes d*e, Ve à queue, qui est ouvert, Tautre sans queue, qu'il fait servir à deux ofliccs. Or, il y a trois c, comme le montre le mot defqr^. Écrire déduira, pc*^» avec le même e, c'est défaillir, car l'un des deux est un c sourd. Peletier note c sourd par ^, empruntant cette lettre à quelques impressions. Voy. Di&l., p. 108-109.

1. Sur d'autres points, Peletier d'accord avec Meigret pour critiquer, propose des solutions à lui : il emprunte Ih aux Provençaux, Toulousains et Gascons, pour remplacer ill (v. Di&L, 111), il laisse tomber le t devant s du pluriel, mais lui substitue un z ; mot.

2. Peletier avait un moment pensé écrire nh comme Ih ; il ne l'a pas osé.

Pour parvenir au but que Ton propose, il faudrait avoir des lettres nouvelles, et ce ne serait jamais fait. Notre Lan<^ue aurait perdu son usage, avant que nous puissions mettre telles nouveautés en la bonne grâce des Française Meigret lui-même convient qu*une lettre peut avoir deux offices, comme le s, qui, final, sonne visiblement comme un z, quand il se lie à des mots commençant par une voyelle : Tous hommes e fammffs ont a mourir (p. 12-13). Dès lors, il faut se borner à réformer seulement les abus qui causent erreur. Des mots comme outil^ sutil, ville, cheville, cspris (du verbe éprendre) et {espriz pluriel de esprit) s'écrivent de même sorte, bien qu'il y ait des différences manifestes entre leur prononciation : « C0 sont les moz, qui méritât reformacion, non pas ceus qui s'ecriu0t d'un0 sort0 qui ^t tousjours samblabl0 a soç, et qui jamçs n0 s0 demant. Ce sont ceus que nous d0uôs tascher a restituer » (ibid.).

Peletier tout en visant aussi à une refonte, s'en défend ; c'est un révolutionnaire honteux et timoré ^. Il Tavoue du reste très longuement à propos d'un détail (p. 18) 3. Ainsi les principes qu'il affiche au début de son livre ne doivent pas faire illusion. Évidemment, il n'en est pas comme Des Autels à attendre la réforme d'une « authorité » quelconque, il veut « s'entremettre de la faire », mais il apporte là, comme partout ailleurs, son tempérament hésitant.

Il en a même donné une preuve curieuse, en publiant, au lieu d'un livre de doctrine, un dialogue, où différents personnages,

1. Voy. Dial., p. 118. Meigret dit lui-même : « II çt vrey qe c'çt bien le meilleur d approcher le plus q'il sera possibl' ao* plus qiés ç comuns caractères : affin de relcuer le lecteur de peine : ce qe je pçns' auoçr fçl. » Toutefois, ajoute-t-il, • il ny a point de loç qi me force, ne toç ny aotre, a vne ççrteine fij^ure » (Mcigr., Rep. à G. des Aoteis, 30).

2. Les plus frappantes innovations de Peletier du Mans, dans ToKhographe propi*ement dite, sont la substitution de a à e dans la nasale e/i(, de et à ai dans des mots comme ainsi, de k à c dans keur, etc., enfin la suppression d'un grand nombre de lettres étymologiques.

Quanta son alphabet, il présente des nouveautés importantes. Les voyelles longues sont marquées d'un accent aigu, les brèves d'un grave: màiin, ^t, grés, ôter, ùt; pouuo^r, assièt^ su. — I/e ouvert est à queue ç. Te muet barré ^, la diphtongue oi s'écrit oç, le c est cédille. Il mouillé est noté par Ih ; il est fait usage du tréma" poésie, et de l'apostrophe, conlr' opinion.

Mais presque tous les anciens défauts subsistent : J et g concourent à rendre \ej; «, «.f, ç ont la même valeur; k alterne avec c, et qu; g avec gu {figure, guerre), x avec ce [ficcion, contraccion) ; d'autre part un même signe garde deux valeurs : gn sonne comme g -h a, ou comme à; s est tantôt dure, tantôt sonore, avec le son de z {joyeuse, occision).

3. Il raconte dans son Traité même (p. 6) qu'étant sujet au vouloir et plaisir de révoque du Mans, René du Bellay, il n'avait pu lui faire trouver bonne sa mode d'écrire, et que pour cela il n'avait osé en publier sa fantaisie. Page 26, il ajoute qu'il n'a pis osé employer son système dans son Arithmétique, et ne l'appliquera que dans la réimpression de ses poésies.

ESSAIS DE SIMPLIFICATION El ULMIICATIOX DE I. ORTHOGRAPHE Ht

mais surtout de Bèze et Dauron défendent Tun Tusage, Tautre la réforme. La doctrine de ce dernier est celle de l'auteur. Mais on n'en sait rien positivement ; Topuscule est sans conclusion. De Bèze est parti après la première journée, les autres interlocuteurs se séparent, malgré une véhémente péroraison de Dauron, et rien ne se décide * .

Meigret répondit à Peletier, comme à Des Autels, avec un peu d'âpreté peut-être, plus poliment toutefois. Du détail, il n'y a rien à dire ; il avait si bien donné ses raisons qu'il ne lui restait qu'à les répéter dans la polémique. Quant à ces atermoiements qu'on lui proposait^ il les repoussa avec vigueur-, laissant à Peletier du Mans sa timidité, et lui jetant en dérision ce proverbe qui résume assez justement l'impression causée par ce réformateur trop prudent : « Pour te satisfvre en tç' remontrances pleines de creinte, je suys d'avis qe qi a peur de' feulles ne voeze poît ao boes » (3 v®).

Destinée de la réforme. — Considérée comme décisive ^ pour le développement et la diffusion de la langue, cette querelle, pour futile qu'elle paraisse à quelques-uns, eut un retentissement considérable dans tout le monde qui lisait ou qui écrivait. A dire vrai, c'est de ce monde que la solution dépendait, bien plus que des spécialistes. Il ne faut pas oublier que les polémiques coïncident avec Tapparirition du manifeste de Du Bellay, et précèdent la magnifique éclosion de la Pléiade. Si elle eût été adoptée par ceux qui allaient devenir des demi-dieux, et portée dans toute la France par leurs œuvres, la réforme avait les plus grandes chances de succès ; l'important, en effet, en ces matières, n'est pas seulement

1. Un des interloculcurs est Sauvage. — Denis Sauvage promet « qu'il traitera de rorthographie et autres parties de grammaire irançoise. En attendant (dans ses « Histoires de Paolo Jovio, Comois... traduictcs de Latin en François et reveûes pour la seconde édition par Denis Sauvage Signeur de Parc-Champenois... Lion, Rouille, MDLViii), il introduit deux signes : la parenthesine *( )" et Tentrejet ; ;

Mais il n*a pas été très rigoureux dans leur emploi, «< n'ayant encores voulu ; nom plus qu'en l'orthographie; tenir ce qu'il m'en semble : jusques à ce que i'en aye rois mes raisons en auant : après celles de tant de doctes personnag.'S, qui en ont escrit. A l'exemple desquels ie ne dédaigneray d'entrelaisser choses ; qui pourroyent sembler de plus grande importance ; pour m'empleyer à tel fondement, nécessaire au bastiment de nostre langage François : si nous voulons qu'il soyt de marque si belle que les estrangcrs le choisissent de loing, s'approchent d'iceluy, et le contemplent à merveilles. »

2. « Quant a ton moyen pour gaQer petit a petit, et finablemènt f^re le sot tout de çre, si tu le trouuc' bon, f^ le : car qant a moç je ne pretçn' par mon ecritture qe pourir^re le plus exactement q'il me sera possible la prononçiaçion Françoeze, çn bariant a chacune vo^s son propi*e charactçre pour çn uzer q çn bâtir un' ecritture suyuant le bâtiment de la parolle : sans ao demourant f^r' état si je serey suyui, ou non • (4 r*).

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