‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 52 sur 248 · Pasquier, Ancau. Sebilet, etc., y font allusion · texte numérisé non relu

Pasquier, Ancau. Sebilet, etc., y font allusion

qu'une théorie soit énoncée, mais que des modèles se répandent et qu'un usage s'établisse.

Ronsard paraît avoir été très favorable à Meigret. Il ne faut pas oublier que Sebilet s'était prononcé contre les lettres superflues ^ et qu'en toutes choses il importait de faire mieux que lui. Ronsard répète la même condamnation dans son Art poétique. En outre, il adopte le z de Meigret, dans choze, espouze. Il déplore comme lui, la confusion du /r et du « dans c; il trouve mauvais que g occupe « misérablement » la place de / consonne ; il souhaite qu'on invente des lettres doubles à l'imitation des Espagnols, pour ill et y/i. Bref il semble lui-même ne faire que remettre de « reformer la plus grand' part de nostre a. A, c ». Ces idées, qu'il exprimait en 1565, il les avait plus vives encore en 1550. Nous savons par Meigret que le grand poète lui a fait Thonneur de le consulter^, après l'apparition de sa Grammaire. Son avertissement au lecteur des Odes nous montre à quel point l'impression faite par le réformateur avait été profonde. Ronsard le dépasse. Il supprime l'y, que Meigret n'avait « totalement raclé, comme il devoit » ; le ph, pour lequel il ne faut autre note que notre f. S'il a laissé les autres diphtongues que yeux, « en leur vieille corruption, avecques insupportables entassements de lettres, signe de nostre ignorance et de peu de jugement », c'est qu'il est satisfait d'avoir « deschargé son livre d'une partie de tel faix, attendant que nouveaux characteres seront forgez pour les syllabes ZZ, y/i, cA, et autres. » Au reste il avait « délibéré suivre la plus grand' part des raisons de Louys Maigret, homme de sain et parfait jugement (qui a osé desiller les yeux pour voir labus de nostre escriture) ». Il en a été déconseillé, mais il ne s'est résigné que provisoirement, et il fait cette déclaration tout anarchique : « Et si tu m'accuses d'estre trop inconstant en l'orthographe de ce livre, escrivant maintenant espée, épée, accorder, acorder, vestu, vêtu, espandre, épandre, blasmer, blâmer, tu t'en dois colerer contre toy mesmes, qui me fais estre ainsi, cherchant tous les moyens que je puis de servir aux oreilles du scavant, et aussi pour accoustumer le vulgaire à ne regimber contre l'éguillon

1. Art. poet.y ëdit. 1548, 37 r» et v» : « Je t'aviseroie voluntiers... que désormais cscriuant le François, tu ne sois tant superslitieus et superflu que de suiurc Torigine des vocables pris des Grecz ou Latins, pour retenir d'eus quelques lettres, lesquelles ne seruent que d'emplir papier, sans ce qu'elles se prononcent... escrivant le François, tu n'y dois mettre lettre aucune qui ne se prononce. » Cf. Ron».^ VII, 334. « Tu éviteras toute orthogrraphie superflue et ne mettras aucunes lettres en tels mots si tu ne les profères ; au moins tu en useras le plus sobrement que tu pourras en attendant meilleure reformation. »

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