‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 75 sur 248 · Lyon, Ben. Rigaud, 1576. Aux lecteurs · texte numérisé non relu

Lyon, Ben. Rigaud, 1576. Aux lecteurs

du Mans, est ici tout h fait d'accord avec Ronsard, et, partant du même principe que tous les dialectes sont Français puisqu'ils sont du pays du Roi, il trouve bon que les u mots païsans s0 mçtt^ét au po0mç ». Faisant une revue rapide des patois, il propose même quelques exemples. Au manceau il voudrait prendre arrocher, pour dire viser avec une pierre ou un bâton, comme arrocher des noix ou des pommeSj ancruchery qui signifie engager quelque chose entre les branches d'un arbre ; au poitevin auier pour alumer^ uces pour sourcils; au lyonnais vif plant pour aubepin ; allant plus loin, il n'hésiterait même pas à emprunter au provençal et au gascon tels vocables auxquels on donnerait la marque française : estruffuer, qui est« c<é qu0 les Latins disiki gratuler », cloqu0 qui signifie une poule qui a des poussins, companag^^ qui équivaut k Vopsonium des Latins, c'est-à-dire tout ce qu'on met sur la table, hors le pain et le vin, sont sans équivalents en français propre. Et il termine en louant Desperiers d'avoir « amassé an ses vandangfs » force mots provençaux *.

Henri Estienne appuya à son tour cette théorie, jugeant que le français avait là im avantage sur l'italien, dont les dialectes sont moins riches, et ne peuvent « se meslerau toscan non plus que le fer auec l'or » ; incapable d'autre part de trouver mauvaise en français une fusion dont le grec avait donné l'exemple, il en vint à regretter presque la timidité de ses compatriotes [PreceL^ éd. Hug., p. 168). Il admet qu'on aille chercher dans les provinces non seulement des proverbes (/A., p. 249), mais tous les mots et façons de parler qui s'y trouvent, sauf, pour ne pas bigarrer le langage, à les cuisiner à notre mode, « pour y trouuer goust » {Conf., éd. Feug., p. 32-33). Aucune limite ne doit être marquée, les seuls confins où il faille se tenir sont ceux du royaume {PreceLy p. 170).

Notre langue, dit-il, est comme un homme riche, qui « n'ha pas seulement une belle maison et bien meublée en la ville, mais en ha aussi es champs, en diuers endroits, desquelles il fait cas, encore que lebastiment en soit moindre et moins exquis... pour s'y aller esbattre quand bon luy semble de changer d'air » (/Afrf., p. 167). Et Estienne s'engage à ce sujet dans un long exposé, battant à son ordinaire les buissons, mêlant les observations justes aux erreurs, citant des termes de partout, le picard caAoc/iarc/, l'orléanais brode ^ le savoyard arer^ appelant non seulement le poète, mais celui qui écrit en prose, à profiter de ,tant de ressources, où il trouvera le

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