‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 90 sur 248 · III. — FORMATION DE MOTS NOUVEAU · texte numérisé non relu

III. — FORMATION DE MOTS NOUVEAU

Malgré les bigarrures que les habitudes des écorcheurs de grec et de latin mettent dans les textes les plus purs, beaucoup d'entre eux présentent, même si on n'y considère que les néologismes, une proportion bien plus forte de mots français que de mots étrangers; c'est en particulier le cas pour Ronsard. L'importance qu'il me faut donner dans cette étude aux diverses méthodes d'emprunt ne doit tromper personne sur ce point ; les latinismes dont nous parlerons tiennent une grande place au xvi® siècle, mais le reste

1. Je note d'un astérisque les mots dont on a des exemples au xvi*; s'il n'y a pas de renvoi, les exemples sont dans Godefroy.

..est, somme toute, peu de chose, et italianismes, hispanismes, héllénismes même se perdent dans la masse drue et puissante des mots du terroir.

Je ne tenterai aucune énumération ; je me J)ornerai à exposer les procédés, en donnant chaque fois un ou deux spécimens des mots nouveaux.

1*» Dérivation impropre : Elle donne presque exclusivement des substantifs :

A) TIRÉS D*INFINITIFS » : le songer infesta mon dormir, Lem. de B., Temp, Ven,, III, 103); le départir (^Rab., I, 175, J.) ; ton croire (Scève, DeL, XXXIV, p. 49) ; le poursuyure du cy (Id. î/>., LXXIV, p. 38); mon taire ou oublier (S'-Gel., II, i\l)\queldire a Dieu ! quel estrange laisser Ce qui deuoit iusques au trespasser Tousiours durer! [Marg, de la Marg,, IV, 92).

B) DE PARTICIPES: commis (Rob. Est., 1539, H. D. T.) ; démenti (Mont., I, 22, ibid.) ; ung bien parlant (Dolet, Gest, de Fr. de Val., p. 7); au bien entendant (Id., Man. de trad., 1542, p. 9) ; le iugeant (Et. Forcadel, 1579, p. 29, v. 3); les mieux escriuans (Pasq., I, 699 c) ; restaurant (chose qui restaure, définition donnée dans Palissy, 55) ;

C) D* ADJECTIFS : r humide, le chaud (Pal., 302); le vif {Heptam,, 515) ; pour ce que sa racine A quelque amer (Forcad., p. 27, v. 27-28) ;

II faut noter, en particulier, l'emploi d'un procédé cher à Pétrarque, repris par Scève, chez qui il est d'application constante ^^ et que la Pléiade adopte après lui^ : l'aigu de tes esclairs, Scève, Del,, LXXX, p. 40; le résolu démon intention, Id., ib., CCCLXXI, p. 169 ; V obstiné de ma loyauté, Pont. Tyard, Err,, 18; /e brun de ce teint, Rons., I, 28, BI. ; le parfait de leur mieux, Id., 4, ibid. ; L'armonieux de sa voix fit silence, Forcad., p. 48, v. 23-24) ;

1. Voir t, I, 277 et 503. L'usage d'employer rinflnitif comme substantif est ancien comme la langue. Il semble à M. Huguet que depuis le commencement du xvi* siècle, il tende à se restreindre chez les prosateurs {Synt. de Rab., 208) ; mais l'école de Scève le reprend, sans doute d'après Lemaire de Belges. Saint-Gclais l'emploie aussi ; Du Bellay le recommande formellement (De/*., éd. P... p. liO). Les Grammairiens l'enregistrent sans restriction. Tout le monde est donc d'accord pour le conserver, et il est partout.

, 2. Cf. ces deux vers de la Délie, cxlvi :

En admirant le grau? de l'honneur,

Qui en l'ouucrt de ton front seigneurie. 3. « Usesdonque hardiment de l'adiectif substantiuc, comme le liquide des eaux, le vaide de Tatr, le fraiz des umbres, l'epes des foreslz, Venrouê des cimhalles, pourueu que telle manière de parler adioute quelque grâce et véhémence, et non pas, le chault du feu, le froid de la glace, le dur du fer, et leurs semblables » (Du Bel., Def., 1. II, ch. 9, éd. Ch. p. 284 et n. 3).

D: DU THÈME VERBAL .apprcsl, Charriere, Ncgoc. de la Fr. dans le Leuant, I, 195, H. D. T. ; clame, Farel, Herm., C, II, 374-375; débauche, Calv., Instr, chr,, L. ; empesche, Coll., 209; entretien, Amyot, Eum., 6, H. D. T.; dispute, Id., Nicias, i2, ib,\ piaffe, Brant.,111, 286.

Tous ces mots sont probablement plus anciens, quoiqu'on ne les ait notés jusqu'ici qu'au xvi® siècle.

2° Dérivation propre * .

A) SUBSTANTIFS : en âge : bigotage, Gring., I, 76; esclauage, Vigenere, H. D. T.; fleurage, Baïf, Po,, 87, Nagel ; larcinage, Gring., I, 257; nauigage, J. Lem., G.; ondage, Baïf, Œuvres, 87 r", 1573, G. ; — en aille: creuailles, Rab., V, 69, J.; garsaille, Meschinot, Lunettes, 35 v®. G.; marmaille, H. Est., Nouv, lang. itaL, 375, L.; menusaille, Brant., II, 250; prestraille, Chans. hug., I, 123; repaissaille, Rab., IV, 148, J. ; soudardaille, Brant., IX, 433 2 ; — en ois {ais) : beguois, Des Per., Nouv,, XLV ; largonnoys, Rab., III, 93, J. ; pensaroys (penser en), Id., IV, 122, ibid.; — en aison^ : enragézon, Baïf, II, 136, Bl. ; trenchaison, Bel., La Recon,, a. \, A. th, fr,, IV, 3i2; — en ance^ : suruiuance, Cari., V, 29, L. ; clairuoyance, Mont., II, 12, H. D. T. ; — en ard : brauard, Coll., Sat,, Œuv,, 13; cafard, Thénaud, H. D, T.; caignard, Pass., Œuv., I, 8; rithmart, N. du Fail, I, 122; poignard (au lieu de poignal), Brant., III, 328; — en aud : Dindenault, Rab., IV, 46, J.; Grippeminaud , Id., V, 44, ib:d,\ mauricaud, Brant., Cap, fr,, II, 59, L. ; pataud, Cord., Corr. serm, em,, 433 B. : iste grossus patodus; — en ée : iouée = giffle, Cord., Corr. serm, em,, 212 B. ; veillée. Mont., 1. II, ch. 12, t. IV, p. 100, 1595; — en elle : sautelle, Gring., I, 162; — en ement : assomme me nt , Rons., IV, 300, BI. ; coulement, Rab., V, 163, J. ; desgoutement. Mont., Ess,, I. I, 54, G. ; embarrasse ment, Lett. miss, de H. IV, t. III, 515; hanicrochement (de Targot hanicroche), Rab., II, 68, J. ; — en esse : brutesse, Rons., II, 180, Bl. ; délicatesse, Pasquier, H. D. T.;

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