Voir Ane. Th. franc., Jannet, 1855, IV
4. Sur toute celte campag:nc, voir Clément, ff. Est., 323 et suiv.
5. « Car tout-ainsi que quand vne dame auroit acquis la réputation d'cstre pcrfaicte et accomplie en tout ce qu'on appelle bonne grâce, celle qui approcheroit le plus près de ses façons auroit le second lieu: ainsi, ayant tenu pour confessé que la langue grecque est la plus gentile et de meilleure grâce qu'aucune autre, et puis ayant monstre que le langaj^c François ensuit les iolies, gentiles et gaillardes façons Grecques de plus près qu'aucun autre : il me sembloit que ie ponuois faire seurement ma conclusion qu'il meritoit de tenir le second lieu entre tous les langage»* qui ont iamais esté, et le premier entre ceu.x qui sont auiourd'huy » ^Precet., édil. Iluguct, 3i!.
trouueroyent chez eux, s'ils vouloyent prendre la peine de le cereher* ».
La sortie est très vive, et Tindignation d*Estienne bien grande: car, mêlant une question de patriotisme au débat, il met déjà en avant ce mauvais argument, qu'à voir les courtisans « emprunter d'Italie leurs termes de guerre, laissans leurs propres et anciens », on en viendra à penser « que la France ait appris Tart de la guerre en Teschole de Tltalie ^ ». Dès ce moment, on sent à Tâpreté de son ironie, à la violence de ses reproches, que si <* personne de meilleur loisir » ne s y applique, il reviendra à ce propos.
Et en effet, après une période de douze ans, il lança coup sur coup les Deux dialogues du nouueau langage françom iialianizé et autrement desguizé (1578), et la Precellence du langage français 1579) *. Le premier de ces livres s'attaque aux courtisans écorcheurs d'italien. Mélange hétérogène de doctrine et de satire, de pédantisme et d'esprit, comme presque tous les livres français d'Hstienne, coupant la dispute philologique d'une anecdote, et appuyant la moquerie de considérations grammaticales, il peint, conte, caricature, invective, discute, et argumente tour à tour. On cite toujours l'amusante parodie du langage italianisé dans laquelle Jean Franchet, dit Philausone, gentilhomme Courtisanopolitois, expose aux lecteurs tutti quanti la rencontre dont le récit fait l'objet du livre, 11 y a, au début, nombre d'autres morceaux de ce style '•. Mais bientôt le ton change. Estienne, une fois le langage
1. «Encore», s'écrie-t-il, faisons-nous souuent bien pis, quand nous laissons, sans sçauoir pourquoy. les mots qui sont de nostre creu, et que nous auons en main, pour nous seruir de ceux que nous auons ramassez d'ailleurs. le m'en rapporte a manquer et a son fils manquement^ a baster et a sa fîUe bastance, et a ces autres beaux mots, a rimprouiste^ la première volte, grosse intrade^ vn grand escorne. Car qui nous meut a dire manquer et manquement, plustost que défaillir et defauU ? baster et bantance, plustost que suffire et suffisance ? Pourquoi trouuons-nous plus beau a Vimprouiste, que au despourueu ? la première volte, que la première fois? grosse intrade, que gros reuenu ? Qui fait que nous prenons plus de plaisir a dire : il a receu vn grand escorne, qu'a dire il a receu, vne grande honte ou diffame ou ignominie ou vitupère, ou opprobre ? » {Conf., 22 .