oir Conformité, Prcf., p. 28 ctsuiv
3. Le titre exact des Dialogues est: Deux dialogues du nouueau langage François, italianizéy et autrement desguizé, principalement entre les courtisans de ce temps: De plusieurs nouueautez, ai ont accompagné ceste nouueauté de langage : De quelques courtisanismes modernes, et de queUgues singularités courtisanesques.
t. *i Vax bonnes ïambes (de quoy Dieu soit ringratié), mais i'ay batu la strade desia tout ce matin, et n'csloit cela il me basleret l'anime «l'accompagner vostre sei^çneurie partout ou elle voudret... Sa maison est fort discoste. principalement pour vn homme qui est desia vn peu slraque, comme ie vous ay dicl que i'estes. Toutesfois ie necrain pas tant la fatigue du chemin, comme i'ay peur que nous ne le trouuions pas in case. Mais ;pour iouer au plus seur) i'enuoiray mon ragasch, pour en sçauoir des nouuellcs... Pi*enons vn autiv chemin, de grâce. Car ce seret vne discortesie de passer par la conlrade ou est la case des dames que sçaucz, sans y faire vne petite stanse, et toutesfois. ie ne suis pas maintenant bien accouche pour comparoir deuant elles » Dial., t. l. p. W.êdit. Liseux .
EMPRUNTS AUX AUTRES LAxNGUKS 203
de Philausone connu, quitte cette manière de railler, renouvelée de Técolier limousin; il prend un à un les mots, les prononciations, les expressions de la cour, tous les barbarismes des « Homipètes », les ana y se, et les examine avec une inlassable sévérité.
La verve ne manque pas dans les ripostes, ni Tesprit dans la discussion, mais celle-ci eût certainement gagné à être plus serrée. Le XVI* siècle ne craignait pas les gros livres. Estienne a abusé ici de cette indulgence ; h chaque instant, il s'égare volontairement dans des digressions et des redites ; il semble moins que jamais se douter qu'il ferait plus piquant en faisant plus court. Singulier défaut chez un homme que des travaux écrasants laissaient à peine respirer : il écrit comme on flâne !
Sa science se trompe aussi parfois. On pourrait discuter avec lui si certains mots, qu'il considère comme des italianismes, Aa/, coyon. ne sont pas anciens (hms le français, ou ne lui viennent pas de ses dialectes ; si vocable est italien ou latin ; il est certain que liste est allemand, et que seule la réapparition de s peut être imputée à l'italien lisla, (|ue corporal n'est qu'une corruption de caporal, et 'non une forme antérieure , etc. Mais, en général, Estienne, qui possédait à fond l'italien ', voit juste et clair * : son livre — quoi(|u'il faille se défier de l'imagination créatrice de Fauteur — demeure aujourd'hui encore le relevé le meilleur des farcissures dont la mode de ce temps avait bigarré le langage.
I^ Precellence n'est que le projet d'une œuvre plus vaste, que le roi Henri III avait demandée à Henri Estienne, revenu en France, et qui ^^ne parut jamais ^, Ce livre ne répète nullement le précédent ; il le continue, encore bien différemment. Considérant en effet que l'engouement des « gaste-françois » venait en dernière analyse d'une admiration plus ou moins consciente professée pour la langue italienne elle-même, Henri Estienne voulut ruiner cette superstition. Jusque-là les Italiens Lavaient entretenue; les Français, sans la subir tous, n'avaient guère osé revendiquer que Légalité avec eux. C'est encore le point où se tient Mathieu'*.