‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 99 sur 248 · Conform.y p · texte numérisé non relu

Conform.y p

2. \\ est curieux cependuiil qu'on puisse lui*mème le prendi*e en fla^içrant délit d'italianisme. Ne donne-t-il pas dans la Precellence, parmi les synonymes d'aaare qu'il entasse pour prouver la richesse du français, le mol de racledenare ; racler est français, mais denare n'a-t-il pas été influencée par l'italien denaro?

3. Le litre exact porte: Proiecl du Hure intitulé De la precellence du langage François: Paris, Mamert Pâtisson, imprimeur du Roy, 1579. Cf. l'épistre au R«)y, début.

i. « La lanfTue italienne a deux souueraines içraces. L'vne, de quoy son vsape est assif^é en vn certain quartier du pays : ou les femmes et les enfans, les ^ens de ville cl de villafîc, les scauans et les igrnorans parlent cffalement, et de rondeur de bouche :

Mais Henri Estienne va plus loin : il ne se défend plus, il attaque, et prétend démontrer à Thonneur et au « proufit de sa nation, que la langue franvoise surmonte toutes les vulgaires, et pourtant mérite le titre de precellence ». Je renvoie le lecteur curieux de connaître son argumentation à son livre même, devenu, grâce à deux éditions modernes, tout à fait commun *.

Dans Tensemble, elle est telle qu'on pouvait l'attendre, c'est-àdire vaine au fond, les langues ne pouvant être estimées d'après une mesure commune. Elle est aussi telle qu'Es tienne pouvait la faire, riche en observations justes, mais en même temps semée d'erreurs, qui proviennent des défauts de la méthode philologique du XVI** siècle, comme aussi bien de la passion et du parti pris de l'auteur.

Dès le début, après s'être appuvé (16) * sur le témoignage de Brunetto Latino, que j'ai cité moi-même , il allègue en faveur de sa thèse ces deux raisons singulières que « nous auons nos langues plus a deliure que les Italiens pour prononcer les mots grecs et latins que nous empruntons, sans les deprauer »>, puis que « nous auons vn langage qui n'est point subiect a tels changemens qu'on voit auenir au leur, et a vne telle incertitude » (18 et s.). On ne saurait guère aller plus loin dans le paradoxe. Et cependant Tauteur se surpasse aussitôt, quand il aborde les points essentiels du débat. Il veut examiner successivement lequel des deux langages est le plus grave, lequel est le plus gentil et de meilleure grâce, lequel est le plus riche (37). Et, comme il prétend ne rien céder sur aucun point, il conteste à l'italien des avantages incontestables. Pour trouver l'équivalent de l'accent mobile, il va chercher les différences de quantité, qui sont entre des mots comme race et grâce ^ matin et matin. Le français, affirme-t-il, se prête aux vers mesurés ; du reste, les atones qui suivent l'accent dans les mots italiens sont une gêne, une cause d'irrégularité et de pesanteur, non un élément de gravité (38-46). Sur le chapitre de la gentillesse, mêmes prétentions /6o-10i). Les finales sonores en

sans dilTereiici*. L'autre gracc est, dequoy les mieux aprins du pays, et le> plus grands personnages en scauoir luy ont fait l'honneur de la coucher sur le papier... de sorte que si elle se veull contenter de rcjralité, nous luy accctrderons tresvolôtiers : si elle veut passer oultre. et auoir le pardessus, il faut aduiser a ses raisons. Et si elle nous presentoit pour ses tenans Machiauel, messire P. Bembe. cardinal, Halthasard de Chastillon, l'Ariosle. lean Boccace. François Pétrarque, et le Dantes. il seroit besoing d'auoir la voix bonne et forte, et les reins fermes pour sf>ustenir conli'e eux ») (Denis (i:>72) 1 V, 2 r" .

1. Voir l'édition de Feu jçère, Paris, 1850, et celle de E. Muguet. Paris. IH96.

Page 1