‹ Histoire de la langue musicale (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · PARFAIT · texte numérisé non relu

PARFAIT

De très bonne heure il s'enrichit d'un cinquième tétracorde, modulant, selon nos idées modernes, et dont l'adjonction pourtant, par une véritable antinomie, valut au système agrandi l'étiquette de Système immuable ou Système a non modulant » !

Le cinquième tétracorde s'appuyait sur la mèse et supprimait la disjonction; il devenait donc conjoint au tétracorde des Moyennes. De là son nom: T. des Conjointes. Le schème ci-dessous rend compte de son insertion :

Fi? 85.

:^êg^

La mèse la, Yut et le ré du médium figurent dans le Système Immuable à un double titi*e : ils font partie de deux tétracordes distincts, dans lesquels ils portent des numéros d'ordre différents.

* La Mèse est la moyenne par excellence.

En réalité, le tétracorde des ConjointeH n'e»t autre que celui des Moyennes transjioHé d'une quarte : c-'ent

Vig. 86.

une niodiilaliiJiî à la sous-dominante, si Ion parle le langage moderne. Pour les Grecs, ce n'était rien qu'une extension de l'écheUe dans un ton tellement voisin, qu'il était considéré comme partie intégrante du ton principal. Les Modernes disent de la modulation à la sous-dominante qu'elle est « fade » : de là certaines prescriptions et proscriptions dans son emploi. Les Grec» jugeaient qu'elle est « nulle ». et qu'une pointe poussée vers le ton situé une quarte plus haut n'entraînait aucune déformation du Système Parfait. Par là celui-ci se trouvait complété et atteignait le nec plus ultra de la richesse et de l'indépendance. Mais aussi n'avait-il plus le droit de se donner d'autres licences : répitiiètc oc immuable » l'implique.

Comparaison de f Octave Dorienne et de notre octave type. — Notre gamme type, enfermée dans les limites d'une octave et qui renaît, pareille à elle-même, de huit en huit degrés, peut être utilement comparée à l'octave dorienne extraite du Grand Système Parfait. Si l'on superpose les deux formules, on reconnaît à première vue, comme Riemannla indiqué, qu'elles sont a semblables », mais inverses :

Octave type des Anciens

Octave type des Modernes

Fig. 87'.

1 Qu'il soit permis de renvoyer encore le lecteur au chapitre iv du Traité de la Musique Grecque, dans l'Encyclopédie de la Musique, où les notions d'acoustique pythagoricienne sont exposées.

L' « HARMONIE » HELLÉMQUl- 79

Cette superposition n'est possible que si le réglage de 1 échelle moderne se fait par le procédé mécanique dû aux Pythagoriciens, et qui consiste, on le sait, à calibrer les intervalles par le seul moyen des Symphonies ou Consonances Parfaites.

De même qu'on tire le mode de m de la série des quintes descendantes,

Fig. 88.

on peut construire le mode d'iT avec la série ascendante

fi» —

Fig. 8y.

Les intervalles diatoniques résultants sont dans ce cas rigoureusement superposables (87). Et ce rapprochement est légitime ; car ce fut sous la forme pythagoricienne que le mode d'uT apparut dans l'histoire musicale |Gf. chap. m]. Seront signalées en temps voulu les modifications qui se produisent dans la constitution organique de son échelle, lorsque le réglage de ses sons se fait par le ministère des tierces en même temps que par celui des quintes.

La Quinte et la Quarte. La Fondamentale. — Le rôle de la quinte et de la quarte dans l'Art Moderne a été défini plus haut [p. 33 à 37] ; ces intervalles sont non seulement, sous leurs formes consonantes, les étalons de la justesse, mais, parleurs formes dissonantes, les caractéristiques du ton : la fonction de la Sensible est engendrée par la tendance de la quinte mineure [ou diminuée! et de la quarte majeure [ou augmentée] à se résoudi'e sur l'accord parfait de la Tonique.

6o ANTIQUITÉ

Cliez les Anciens, la quinte el la quarte consonantes sont aussi les a^^ents de In justesse, mais les tendances résolutives de la quinte et de lu (juarte disnoiiantes «ont insoupçonnées. Cela tient ù ce que l'Accord de III nons, que l'on trouve cependant à l'état d'arpège mélodique dans les monuments conservés, mais qui n'a jamais été pratiqué en tant que groupement harmonique, n'est point le repos vers lequel tend le discours musical. La Tonalité n'inflige pas alors aux échelles les contraintes que les modernes lui permettront d'imposer; la ToniquCt, telle que npujs l'eûleiidona, Jié iie Irouvç pas dans l'Art Antique.

Celui-ci est homophonie; le nôtre est polyphonie. Notre Tonique est le centre harmonique du régime musical nouveau, lequel s'appuie sur la tierce. L'Art Antique n'a pas de tonique fixe. Chaque échelle a un degré principal qu'on peut appeler la Fondamentale du mode, mais qui ne doit pas être assimilée à une tonique. Et cela est si vrai que l'Harmonie Doristi, le Mode de mi conducteur, oscille entre deux fondamentales : la et mi.

Sur ce principal degré les Anciens installaient la Quinte Modale ; la mobilité du support pouvait donc, en mode dorien, faire occuper à cette quinte les deux positions suivantes :

fondamentale mi /L " * ■oTT'g'^^ doristi i fondamentale la Z-" * ■'o^' .^^ doristi ii

Remarquer que la tierce incluse est mineure dans les deux cas, et que la seconde forme a une réelle analogie avec notre Mineur sans note sensible. Mais comme la finale mélodique est, pour les deux Doristi, le mi^ on

L' a HARMONIE » HELLÉNIQUE 8,

devine quelles différences d'aspect mélodique séparent les cantilènes en Doristi-Za des nôtres en la mineur. Celles-ci concluent sur le la [tonique] ; celles-là sur le mi^ ([ui est dans ce cas une pseudo-dominante. Quant à la Doristi-il//, elle n'est comparable nia notre mi mineur^ ni à notre la mineur.

Ainsi ces Fondamentales, qui participent en quelque mesure aux fonctions de notre tonique, — puis<{ue la quinte modale détermine une pseudo-dominante avec médiante incluse, — gardent une imprécision systématique. 11 y a là une source de fonctions inconnues à notre art et qui sont issues de ces ambiguïtés, riches de surprises : I^Jieauté de l'art antique est liée à l'incertitude de ses échelles. Le tyran m fut bon prince.

Les divers Genres de V Harmonie. — Cette incertitude organique est plus apparente encore dans les autres genres que l'Harmonie comporte. Ce qui a été dit précédemment s'applique au genre diatonique le plus répandu, qui procède par tons et demi-tons, et a été établi au moyen d'un mécanisme dont la quinte, consonance féconde ', est l'unique facteur (77). Les Grecs, dont le langage sonore fut surtout un dessin au trait et qui ne pouvaient comme nous le colorer diversement par les moyens de la polyphonie harmonique, s'évertuèrent à trouver des variantes à la formule diatonique. La foule illettrée chantait « mi ré ut si la sol fa mi », comme nous chantons « ut ré mi fa sol la si ut ». Il fallait que les variantes de la gamme-type en respectassent les cadres et les allures de manière à ce que, sous les déformations voulues, la vieille et simple série se retrouvât. Et en effet rien, dans les « genres » nouveaux, ne contrevient à l'ossature du Dia-

^ On trouve la quinte à la base de tous les systèmes musicaux, en tous temps et en tous pays.

8a ANTIQUITÉ

tuni({ue. De plus, ces types artiliciel» vont nou» renseigner utilement sur cette « pente » de l'échelle, déjà signalée (87).

Il a été montré que dans lu Doristi diatonique tous les tétracordes sont semblables. Chacun d'eux a le même dispositif que celui des Moyennes, le principal,

tétracorde diatoriquk ffïrF^'^^y FIf. 9'-

parce qu'il renferme la Mèse, degré central de léchcllc. Les Grecs créèrent, à côté du Diatonique, des variétés tétracordales qui constituèrent autant de « genres ». La première fut déterminée par la suppression du deuxième degré à partir de l'aigu :

tétracorde tJ«BABif0.iiQUE ^^^f^^^^^^ [bsbamiosiquï tocai]

Fig. 9a.

La seconde par déplacement du deuxième degré [.so/j vers la base [mil du tétracorde :

tétracorde chbomatiqoe

Fig. 95.

La troisième par déplacement du deuxième degré [sol] vers le sommet [la] du tétracorde :

tétracorde néo-ch&omatique ^ fL m »!■ -^ [=■ tétracorde oubstal]

-ffi ^* "^

Fig. 94.

Ce qui est commun à ces types divers c'est la formule (92), le « tricorde » enharmonique : on peut en conclure que le mi exerce une attraction permanente sur le /a, que celui-ci est une manière de Sensible, caractéristique

* Etiquette, proposée par Gevaert.

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