‹ Histoire de la langue musicale (volume 2)Chapitre 19 sur 39 · HARMONIES · texte numérisé non relu

HARMONIES

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GROUPE PBRTGIO-LTDIEN EXOTIQUE

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11 suffit de lire ce tableau pour saisir sur le vif Tassujettissement des Harmonies non helléniques au Grand Système Parfait, lequel s'appliquait en principe à l'Harmonie nationale : il y a là l'aboutissement d'un régime où la fusion des divers modes s'est faite à la longue. Il serait dangereux d'affirmer que cet ensemble, symétriquement disposé en deux groupes, eût été ainsi constitué au vi* et au V* siècle, belle époque de l'art grec. Au temps d'Eschyle et de Pindare, les Harmonies non helléniques avaient gardé une part de leur autonomie et n'avaient pas encore été adaptées, au prix de leur indépendance, aux formules doriennes. Le schème (122) (122 bis) n'est donc qu'un moyen de se représenter ce que furent, après leur enrôlement parmi les Harmonies de l'Hellade continentale, les Harmonies asiates. Son avantage est de fixer dans le souvenir, par des raisons empruntées aux conceptions

LES HARMONIES BARBARES io3

modernes, les différences organiques qui subsistèrent, après le triomphe de la Doristi, entre celle-ci et les Harmonies suffragantes.

On peut y voir aussi, avec Gevaert, comme l'annonce lointaine de la réduction des Harmonies aux deux modes dont se contentent les Modernes d'Occident : le Majeur et le Mineur*. Et l'on peut dire que chacune des paires modales, installées sur chaque son du tétracorde des Moyennes, annonce plus ou moins l'échelle moderne correspondante :

Ce n'est toutefois qu'une vague tendance. H est très remarquable que les seules fondamentales agréées par les Grecs soient la, sol, fa, Mi. Ni Hé ni ut, — sans parler de si dont la quinte est fausse, — n'ont été admis à l'honneur de porter Harmonie ; de sorte que des quatre bases modales est exclu le degré sur lequel la Tonalité moderne s'est assise. Car la Tonalité n'est autre que l'ensemble des phénomènes musicaux organisés autour du mode d'uT, qui est le Majeur, par excellence.

Ce Majeur tonal ne prendra rang à côté des autres échelles que par leur lente déformation, et il lui faudra plus de mille ans pour détrôner le Mineur antique. Le Moyen Age recevra en direct héritage et jalousement conservera les fondamentales antiques la, sol, fa, Mi, à l'exclusion des autres, pendant de longs siècles.

* Le Mineur moderne, on le montrera plus loin, n'est qu'une apparence de Mode : c'est une simple altération du Majeur, sans autonomie véritable.

LA POLYPHONIE ANTIQIJK

En ce qui concerne les modes barbares, aucun monument ne met sous nos yeux une application des genres autres que le Diatonique. Il faut pourtant, si Ton veut se rendre un compte exact de la prodigieuse variété des échelles grecques, considérer cette application du Chromatique et de TEnharmonique à toutes les Harmonies comme une possibilité. Sans parler des Nuances [diatonique moye/i, amolli^ etc. ; chromatique tendu, mou, etc.), qui les détérioraient plus ou moins, et pouvaient aller jusqu'à les abolir. Du moins cette prolixité de formes mélodiques marque-t-elle en quel sens l'art des Anciens s'affinait. Leur musique était comparable à un lil, presque sans épaisseur; car l'harmonisation en resta, par nécessités organiques, imprécise : les échelles qui toléraient des sons extradiatoniques ne pouvaient porter des accords qu'ébauchés. Les Grecs se contentaient de jalonner leurs accompagnements par des Symphonies. Ils touchaient aux Diaphonies, en tant qu'intervalles « de passage », dans des contrepoints à deux parties, tout à fait rudimentaires {126) (127). On peut se faire une idée du rôle d'un cithariste accompagnateur en mettant à sa disposition les accords incomplets, privés

loS

de tierce, fournies par les Symphonies du cadre fixe, en Doristi*. L'accord complet de III sons est impossible :

Doubles cordes

Cordes multiples

"^^=ff==

§^ wl w i

Vig. ia4.

Quant aux instruments appelés improprement flûtes doubles, — puisque Tébranlement vibratoire s'y faisait au moyen d'anches, — ils fournissaient les intervalles inclus dans l'octave ou la neuvième, sans plus ; l'un des tuyaux étant chargé de l'accompagnement, l'autre émettant le chant, le c melos ». Si le mécanisme de cet instrument implique une polyphonie continue à deux parties, celle-ci reste bien courte, puisque chacun des deux tuyaux parait être confiné dans l'étendue de la quinte.

L'exemple suivant, hypothétique, peut donner une idée du jeu de ïaulos double. Il est dû à Gevaert, et il fut exécuté dans un a concert antique », offert par le directeur du Conservatoire royal de Bruxelles, le 25 mai 189G, à la Société Philologique et Historique. Vaulos double, qui servit à l'interprète, avait été construit sur des données soigneusement établies : tout n'est donc pas conjectural dans cette petite pièce*.

EcUleaadale

T^frr

Fig. laS.

'' Voir (171) UD essai d harmonisation, par les Symphonies, d'un des hymnes delphiques.

* Je dois à la bienveillance de Gevaert, dont je m'honore d'être l'élère, U communication de ce précieux essai du noble artiste, qui eut de U musique des Anciens un sens si profond.

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STNAULIE EN PHRYGI8TI POUR ÀVLOS DOUBLE lltconctilution hjpotlMHIqiM par P.- A. Gm^êert

Hg. i%6.

J'emprunterai encore à Gevaert [Problèmes (TAristote^ p. 245-6) une autre synaulie pour deux hautbois antiques, construite sur les indications d'Aristoxène : c'est une courte pièce en Doristi I, avec emploi du télracorde des conjoints. Le rythme, spondaîque (137) est emprunté à un chœur des Oiseaux.

SYNAULIE EN DORISTI POUR DEUX AVLOI (L'aoloa d'accompagnement est à l'aign.)

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