LES FORMES DAJNS LES MOTETS
La variété des formes, dans les motets à plusieurs voix, n'apparaîtra en pleine lumière que lorsque toutes les pièces polyphones manuscrites seront publiées et transcrites. Dès aujourd'hui pourtant Thabileté des constructeurs s'impose à notre curiosité.
Us sont les créateurs de la Variation, plus ou moins enveloppée, et ils lui ont donné souvent une charpente superbe. Que le remplissage harmonique de cette charpente soit intolérable pour nous, il n'est que trop vrai : c'est un étonnement de penser que nos pères aient pu se délecter de tels ensembles. Du moins les plans de ces motets valent d'être étudiés.
Assez rarement se trouve réalisée la construction « par succession », du type A -hB-l-C-f-D-f-EH-... [qu'il vaut mieux représenter par des minuscules a -f- b -f- c Hd -f~ e -h..., lorsque la composition est tirée d'une période unique tronçonnée en membres d'étendue restreinte]. On en trouve des exemples dans le manuscrit de Montpellier, fol. 8 1 [Cousaemaker, Art harmonû/ue, ivj^où la Communion de \aMissa motiva de sancta Maria a Pentecoste usque ad Adventum sert de Ténor à un trio vocal :
lé-a-Uvi&cc ~ p» 'Mariae i\r — gt'ms.qoéyirU »t — rurt
a«Ur — w w — bufi-n — ma d
Fig. 377.
JM
Cette monodie continue est coupée de »ilencc8, par l'auteur du motet polyphone :
T.Wior
Fig. 378.
Elle se poursuit jusqu'au bout, plus ou moins tronçonnée par la fantaisiedu musicien. Elle est ici a bassedonnée », ou a chant donné », comme on voudra ; les fonctions harmoniques n!étant pas encore nettement définies. Les parties supérieures ou adjacentes s'amalgament sans retours périodiques, à cette cantilène liturgique, qui poursuit son cours. C'est là un plan si simple qu'on pourrait presque arguer d'une absence de plan : le Ténor n'est que le décalque d'une courte mélopée.
Plus fréquents sont les motets dont le Ténor présente ses périodes sous la forme itérative de la construction « par répétition ». Le Ténor Aptatur^ cher aux compositeurs polyphonistes, apparaît, dans le manuscrit de Montpellier, comme il suit* [Coussemaker, xviii] :
^ Aussi couvient-il qu'une œuvre de ce genre soit figurée par un schème tel que le thème initial et ses transformations successives soient apparentes. Le motet (38o) sera figuré par :
A -|- A' ou a -\- a'
La persistance de la lettre montre que le thème, dont elle est le symbole, reste la « matière » de la seconde pai'tie.
Si les divisions sont plus nombreuses, le thème A demeurant le soubassement répété, le nombre des accents indique celui des variations créées par la polyphonie :
et l'on voit la Variation sortir de la répétition, où eUe introduit la succession.
LES FORMES DANS LES MOTETS 3i5
Vig. Uo.
Cette répétition produit en réalité une variation : car si le ténor réitère identiquement son thème, les parties qui le flanquent brodent sur lui toujours du nouveau. Elles affectent de ne point faire coïncider la tin de leurs périodes avec celles des divisions principales du Ténor. Delà l'enchevètement plus haut signalé des diverses voix, dont l'effet est de masquer la rigidité du cantus firnius.
Ainsi le Moyen Age a créé la Variation polyphonique, le mot étant pris dans le sens spécifié. On trouve aux vieux motets déjà le mécanisme de la Passacaille[p. 5o3]. Ils sont ancêtres de ces compositions modernes, voire contemporaines, où le musicien se délecte à tisser de neufs dessins sur une trame unique.
Dans le Ms. de Montpellier, aux folios 196, 809, 819, [Coussemaker, xxvi, xvi, xii], on relève les triptyques :
Fig. 38i. A + A' + A".
Certains Ténors usent plus largement de la répétition : il en est qui rééditent jusqu'à [douze fois le même thème. Fréquemment la dernière réitération est tronquée; ou bien une clausule tout à fait différente, qu'on ne peut guère appeler un second thème, intervient. On a ainsi :
A -f A' + A" + A'" 4- A"" + . . . A tronqué Fif. 38a.
ou encore :
A + A' + A" 4- A'" + A"" + . . . B. Fig. 383.
La triade de Stésichore [type : A -f- A + B] est rare. Exemple tiré du manuscrit de Bamberg, fol. 55 ", où
3i6 MUYL.N A'jIî m
Vhec dies, graduel pascal,
Fif. 314.
est traité comme il suit : la strophe et Tantistrophc [= A -h A] empruntent leur thème aux douze premières notes quadrangulaires. L'épode est construite sur une modification rythmique de A. La fin de l'intonation s'y trouve altérée '. La transcription ci-dessous groupe les éléments rythmiques de manière à mettre la construction strophique en évidence :
r ' î jî
Fig. 385.
^ Cette Gn n'est pas la même dans le Graduale que dans le motet du manuscrit de Bamberg.