‹ Histoire de la langue musicale (volume 3)Chapitre 27 sur 38 · TOS · texte numérisé non relu

TOS

pû-e

-pi

^*)i ^ y r Tp 0'ii •• y *-

'^' Ji^^ffUj^M.Mfi

fi-ii-is hémi-'

Ce n'est point là une étude d'archéologie pure' : aujourd'hui encore, dans le diocèse de Milan, où le rite ambrosien est jalousement conservé, l'écriture neumatique sur portée, telle qu'elle était pratiquée aux xi* et XII* siècles, est d'usage courant. La ligne du fa est restée rouge. Les Milanais ne peuvent se décider à renoncer aux signes et aux couleurs dont les musiciens du Moyen Age avaient réglé l'emploi !

Aussi bien la notation adoptée pour l'Edition Vaticane est elle-même une résurrection de la séméiographie médiévale : les neumes s'y présentent sous la forme la plus récente que l'usage de la portée leur ai fait prendre. Les notes sont des carrés ou des losanges (243) ; leur forme, subordonnée aux convenances de la plume, est sans effet

1 Pour plus de détails, voyez Neumenkunde du D"" Peter Wagner, et Origines du chant romain, de Gastoué.

LA NOTATION aai

sur les durées : les losanges ont la même valeur que les carrés. Les allongements sont produits par des raisons verbales, qui ont été dites plus haut.

Certaines écoles ajoutent aux neumes-accents des signes spéciaux qui, pour la plupart, ne sont pas des signes rythmiques, mais influent plus ou moins sur le débit du chanteur : ce sont des nuances de mouvements. Il reste à examiner les principaux d'entre eux.

Lettres significatives et signes additionnels. — Seront présentés seulement quelques-uns de ceux que les moines de Saint-Gall employèrent et qu'ils appliquaient à leur chant, « très dissemblable de celui qu'on entend à Rome » . Cette déclaration de l'un d'eux est faite pour restreindre la portée de telles additions séméiographiques, puisqu'elles ne s'appliquent qu'à une manière vocale localisée. Quelques-unes en outre, si l'on observe avec soin leur rôle, se réduisent à n'être que des éclaircissements de la sténographie. 11 importe donc de distinguer celles qui sont vraiment modificatrices du texte soit dans ses durées, soit dans son allure, de celles qui se contentent d'attirer l'attention du chanteur sur telle ou telle particularité de l'exécution.

Les lettres et signes modificateurs relevés sur la figure (278) sont, entre autres :

(i) c = [celeriter, citius] rapidement^ plus vite. Mais le sens peut être aussi : ne traînez pas^ ne ralentissez pas ; dans ce cas la lettre n'est plus modificatrice.

(2) t = [trahendo] en retardant.

(3) œ = [exspecta] suspendez, mais plus fréquemment X marque une coupure ou une respiration.

(4) st = [stando] en s arrêtant, en retenant. Indications assez imprécises, on le voit. En revanche,

le petit trait imposé à la tête de la virga en double la

aaa

durée,

et Ton a :

Fig. a77.

Le petit trait surmontant une clwis (6) est un simple allongement de ce groupe, un léger ralentissement des deux sons qui le constituent.

Les lettres purement indicatives les plus usitées sont :

(7) e = [aequaliter] à l'unisson^ c'est-à-dire : conservez le même degré que précédemment.

(8) a = [altius] plus haut. Gela signifie : faites attention, il y a un intervalle ascendant.

(9) i= [iusum*] plus bas. Inverse du précédent.

(10) /", cf= [cum Cragore] avec force.

L'interprétation de tous ces termes est donnée ici d'après Gastoué, qui a réussi à établir, par un examen impartial des textes, — que certains théoriciens sollicitent — , le sens le plus probable des lettres surajoutées aux signes neumatiques. La transcription (278), qui lui est due, éclairera le lecteur sur les additions principales que fournit la notation sangallienne. L'exemple est tiré du manuscrit SSg de Saint-Gall [ix" siècle], l'un des plus anciens livres notés connus. Les signes ont été ramenés aux types moyens des neumes présentés plus haut et l'on a ajouté quelques traits de « doublement » à des vir^a que d'autres manuscrits de Saint-Gall présentent sous cette forme.

L'exemple (278) réalise autant que possible une coïncidence verticale entre les quatre notations superposées :

1° Neumes du ix' siècle. Ils ont été condamnés ici, artificiellement, à un alignement horizontal. En réalité, ils se

*■ Néologisme de basse latinité, qu'on trouve employé par les Pères de l'Église.

présentent sur le manuscrit à des hauteurs difTérentes, parfois significatives, et qui révèlent une tendance à la figuration des distances séparatrices des sons, autrement dit à la notation diastématique.

2° Notation alphabétique des x^-xi' siècles, d'après l'Antiphonaire de Montpellier (233) ;

3° Notation quadr angulaire du xiii* siècle ;

4° Notation moderne^ en clef de ténor [Ricordi] , ce qui implique qu'il faut lire une octave plus bas qu'avec la clef de sol ordinaire. Les groupements de notes par des traits correspondent, autant que faire se peut, aux groupes de la notation quadrangulaire. Certaines liaisons, qui ont pour effet d'empêcher deux mêmes notes consécutives de se répéter, doivent être considérées comme des simplifications : l'émission exacte supposait de très légères articulations, quelquefois trémulantes, dont la pratique moderne peut — doit — faire abstraction. Même remarque en ce qui concerne la condensation de deux ou trois croches en noires. 11 fallait autrefois différencier individuellement les unités constitutives par des moyens très délicats réservés aux seuls virtuoses. Les astérisques de la transcription moderne correspondent aux sons exharmoniques [r h] exprimés sur l'Antiphonaire de Montpellier, dans sa partie la plus ancienne.

Si Ton compare la transcription quadrangulaire de ce fragment avec le texte de l'édition vaticane [1908] on relèvera quelques différences. La traduction en écriture musicale moderne marque pratiquement les « coups d'archet vocaux » et les « tenues ». Tenir compte de ce qui a été dit plus haut à propos de celles-ci. On peut, par cet exemple, apprécier les services que rend la graphie du xiii^ siècle. 11 est difficile de trouver, dans nos signes modernes, son équivalent : ils sont moins capables qu'elle d'imposer aux yeux le respect des groupes.

aa4

Cf X c

Sn — ant géo tes qu6ni am né men

/ ^ .rit dcceler.

h g / h gfg igh h g i ht r i'g gf F hf g h k k h h g h g F g hk/ k hF gF

■-^^ |,ruN"=&t^>']*,p' *J^ f^fi

v/ .-/ t/ ' . /7„/?y^/ /^ . / o'^ > ' » ;t/^ ry?. ,^

fg dF3 f hkgf fdffgcFgdeddc c dF g h 3 h kk hkgf fdgefghg

ghHf gfe h khg hFd f f gf f fd

Fig. 278.

LA NOTATION aa5

Parmi les neumes-accents de la précédente figure il en est deux ou trois nouveaux pour le lecteur. A Texception du pressas qui termine les deux dernières périodes — et qui est fréquent à la fin d'une distinction, et dans les formes conclusives, — les autres sont facilement comparables aux types déjà connus.

Les durées syllahiques et V Accent. — Tant que les poètes latins, comme avaient fait les poètes grecs, construisirent leurs vers avec des « durées syllahiques », l'établissement du rythme eut pour hase la distinction fondamentale de la syllahe longue et de la syllahe hrève ; celle-ci était Tunité \y = croché\. La longue [ — = noire\ en était le douhle. Cette distinction n'était précise que dans la poésie ; la langue courante ne s'y astreignait pas avec rigueur. Tout de même elle n'y répugnait point : les Athéniens et les Romains, qui s'enivraient de chant et de récitation dramatique, entendaient à merveille ces combinaisons de Longues et de Brèves, Même les prosateurs comptaient que leurs lecteurs ne seraient point indifférents à certains arrangements de durées syllahiques. Aristote prenait soin, à l'occasion, de commencer et de finir ses phrases par des groupes de valeurs systématiquement disposées. Exemple tiré de la Politique, XXXIV, 3. On peut rythmer :

Fig. 279.

La phase continue, amorphe, mais la fin en est

Pig. a8o.

n-vi)iv«iifl8n xiii-po-TD-v'âv rnv ô-Ai-yïi)-;;i-3n'.,

LA RYTHMIQUE ET LES FORMES aï7

La recherche d'un arrangement des durées, en prose, est ici évidente.

L. Havet, qui cite cet exemple de « prose métrique », rappelle que les orateurs romains ont des formules privilégiées, pour clore leurs périodes, et qu'elles se spécifient par la manière d'y répartir les Longues et les Brèves. Le fameux esse videatur de Gicéron est le résultat d'une de ces manies rhétoriciennes. A la basse époque, les prosateurs latins s'entichent de cette rythmique et l'appliquent à leurs phrases, plus ronflantes par les mots que pleines par le sens. Cela dure jusqu'au v* siècle.

Les invasions des Germains n'eurent pas seulement pour effet de culbuter l'administration romaine ; elles tuèrent le latin littéraire au profit du latin vulgaire, lequel n'avait jamais eu haute déférence à l'égard des '■ longues )> et des c( brèves », familières aux lettrés. Au contact des divers dialectes allemands [gothique, burgonde, francique, etc.], qui infusèrent au nouveau langage nombre de mots durement charpentés, celui-ci perdit vite toute trace et de l'accent mélodique et de la « quantité ou durée des syllabes, et des différences de durée entre les syllabes. La langue vulgaire ne chanta plus les mots; les poètes ne soupesèrent plus la longueur ni la brièveté des éléments verbaux.

La syllabe accentuée passa de l'acuité à la force. La prosodie ' des voyelles fit place à l'intensité, sans que d'ailleurs l'accent ainsi modifié changeât de place. « Dans un même mot, c'est la syllabe aiguë du temps de Virgile qui était forte au temps de Glaudien' » déjà, au iv" siècle de notre ère.

Un fait aussi considérable réagit profondément sur la

1 Tcpoj({io(a = accentus [ad, cantus] le chant qui s'ajoute à la prononciation ordinaire de la voyelle. Voir Louis Havet, Métrique, 3® édition, p. -i-xi. ^ L. Havet, ibidem, p. l'ii.

formation de notre langue, et il faudra bientôt s'y référer pour expliquer le rythme spécial au plain chant. L'accent dynamique ou tonique était devenu en effet le centre vital du mot, à 1 époque où l'évolution transforma le latin en français. Autour de la syllabe « forte » se produisirent des condensations, comme si une attraction puissante, émanant d'elle, s'exerçait sur les syllabes voisines. Décima devient dîme, ôrganum orgue, partie us porche, septimàna semaine, hôspitale hôtel, etc. Et, par une sorte d'antinomie, c'est au moment où ces métamorphoses verbales dues à l'accent dynamique s'établiront, que les musiciens médiévaux organiseront une séméiographie fondée sur les antiques propriétés de l'accent « prosodie )^ qui était chanté et non appuyé.

Le latin ecclésiastique, mélange à dosages inégaux de latin littéraire et de latin vulgaire, consacra la scission entre l'antique et la neuve façon de prononcer les mots. Dans les plus anciens chants syllabiques de la liturgie chrétienne, ceux dans lesquelles à chaque syllabe correspond un seul son, toute trace de « longues » et de « brèves » a disparu. En même temps, à l'imitation de ce qui se passe dans les idiomes issus du latin populaire et qui vont diverger, — l'italien, l'espagnol, le portugais, la langue d'oc, — l'usage donne à l'une des voyelles de tout mot, et précisément à celle qui portait jadis l'accent mélodique, la préséance sur les autres, au moyen de l'intensité; l'accent devient dynamique :

terra pax ho -mi -ni -bts

C'est là un fait si général à cette époque, [iv* siècle] que la langue grecque elle-même, prosodique par essence, s'adapte à ce nouveau régime : les prosateurs byzantins se mettent à compter les syllabes séparatrices des accents

LA RYTHMIQUE ET LES FORMES aag

à la fin de leurs phrases. Entre les deux derniers accents ils exigent deux, quatre syllabes atones ou plus : le nombre trois est prohibé.

Le père Bouvy, qui a étudié le premier cette prose « accentuée » byzantine et a dépouillé les écrits de saint Sophrone, Patriarche de Jérusalem, montre que cet écrivain s'interdit d'intercaler entre les deux derniers accents de ses phrases plus ou moins de deux syllabes atones. Si l'on représente les syllabes par des croches, bien qu'elles ne fussent pas chantées, on aura :

*■«• "- Ui't n

Ce rythme se trouve, aux homélies de saint Sophrone, appliqué à toutes les parties ■ oratoires > du texte, à l'exclusion des parties didactiques, des citations de l'Écriture et de « la doxologie qui termine le discours et dont la formule avait été fixée par la tradition ' « Ainsi les intentions sont manifestes et localisées. Cette prose veut avoir ses régions lyriques et elle impose à toutes les terminaisons de leurs périodes le schème ci-dessus.

A Rome, vers l'an iioo, les Papes, dans leurs bulles, s'astreignent à faire un choix entre trois types de fin de phrase, caractérisés chacun par l'arrangement des syllabes autour des deux dernières explosions de l'accent : c'est le cursus^.

Il était « rapide » lorsque le dernier mot, de quatre syllabes, était accentué sur l'avant-dernière, le précédent mot portant l'accent sur l'avant-avant-dernière :

yr^cuastan-ci -as ln-tu-«-"-

Le cursus était « lent » lorsque le dernier mot, tétra-

1 Bouvy, Poètes et Mélodes, 1886, p. 19^ et suiv. * L. Havet, Métrique, chapitre xvi.

syllabique comme dans le premier cas, était accentué sur l'avant-avant-dernière syllabe, le précédent mot portant Taccent sur l'avant-dernière :

Fig. 284. l t i ^ t i ti t ^

mo-dB-ra-ti -o-iK pal-ra-ve-rrt

Enfin le cursus planus répartissait les^deux accents terminaux comme ci-dessous, le dernier mot étant^un trisyllabe :

Page 1